Habitation Velier, qu’es acò ? – partie 1

En voilà une excellente question !
Peut-être est-ce une maison d’hôte à côté de la rivière Demerara ? Un élevage de cannes à sucre en Haïti ? Une fabrique de pains de Gênes à Gênes ? Un domaine de vins bio en Toscane ? Un entrepôt désaffecté à Trinidad ? Un château à Versailles ? Un cottage sur la perfide Albion ? L’échoppe d’un tailleur de diamants ? Une distillerie au nom et aux coordonnées improbables ?

Ou pas.

Ce qui va me permettre de partiellement répondre à ces interrogations, ce sont quelques heures passées, avec une poignée d’autres privilégiés, en compagnie de Luca Gargano.

“En quel honneur ?”, me direz-vous. Pour la meilleure raison qui soit : le lancement d’une nouvelle “gamme” de rhums de chez Velier, précisément sous ce nom d’Habitation Velier.
Rendez-vous est pris dans un restaurant du 17ème, non seulement pour ces nouveaux rhums mais aussi pour les clairins du batch 3 ainsi que le Caroni 17 ans. Je vous ai déjà parlé de ceux-ci lors de mon compte-rendu du dernier Whisky Live, je vais donc passer sous silence leur dégustation (en tout cas dans ce présent article).

A notre arrivée, une table sympathiquement “décorée” 😉

 

Bon nombre d’entre vous sont déjà au courant et doivent donc partager mon enthousiasme grandissant (le mot est faible, très faible) à l’idée de leur apparition sur les étagères des cavistes.
Pourquoi être aussi excité par ces nouveaux rhums à sortir ? Déjà parce que Gargano est derrière ; oui c’est déjà une excellente raison 😛 On sait que ça sera synonyme de qualité, mais regardons plus précisément les raisons de mon engouement (qui n’est pas que le mien).
Pour commencer, ce sont des pure single rums.
Première mise en carton de la bouteille !

Et là il est nécessaire de faire une parenthèse sur un sujet que j’ai déjà évoqué dans cet article, la classification Gargano.

Il s’agit d’une méthode de classification des rhums selon leur mode de distillation. Il propose de rassembler les rhums (quelle que soit leur origine) en quatre groupes.
– Pure single rum : 100% issu d’une double distillation sur alambic
– Single blended rum : un mélange de rhums distillés sur alambic et sur colonne traditionnelle (petite), mais d’une même distillerie (qui doit donc posséder alambic et colonne traditionnelle)
– Traditional rum : distillé sur colonne traditionnelle – on pensera notamment aux rhums de Martinique mais pas seulement
– Rums : tout le reste et donc principalement les rums distillés sur ces immenses colonnes qui font penser à des raffineries et dont le distillat est généralement très élevé en alcool (jusqu’à 95°) et donc très pauvre en éléments non-alcools, ces éléments qui donnent les arômes. Il faudra donc y ajouter du sucre, des arômes artificiels ou encore du glycérol pour obtenir un résultat qui flattera les papilles du consommateur.

Vous vous en doutez, il y a une notion qualitative sous-jacente. En ce qui me concerne, il y a les trois premières catégories, et il y a la quatrième, très loin derrière.

Continuons un moment sur cette parenthèse, qui en devient de moins en moins une. L’idée derrière cette méthode est d’offrir clarté et repères aux consommateurs et ainsi de permettre au R(h)um avec un grand “R” de s’épanouir.
Une biguine pour illustrer son arrivée en Martinique

En effet, sans points de repères, le consommateur lambda ne peut pas s’y retrouver et se dirigera vers des marques qui ont beaucoup investis en marketing, une belle bouteille, une publicité vue la veille, un gros chiffre devant refléter l’âge du contenu, un nom exotique… Vous vous en doutez, ces rhums ne sont pas forcément les meilleurs (euphémisme détecté) et leur achat se fait au détriment d’autres rhums, qui n’ont pas les mêmes moyens.

Pour s’y retrouver à l’heure actuelle et y comprendre quelque chose, il faut être intéressé par le sujet, se documenter, discuter avec d’autres amateurs éclairés, déguster… Une telle classification permettrait au plus grand nombre d’y voir plus clair.
C’est cette prise de conscience, qui permettra à l’industrie du rhum de suivre les traces du whisky. C’est d’ailleurs sur ce modèle que Luca Gargano a créé cette classification (pure single malt).
Vous trouverez également tout un tas d’informations dans cet article de DuRhum.
Bref, revenons-en à nos moutons. Vous l’aurez compris, l’appartenance à la famille des pure single rums est synonyme de qualité et d’authenticité.
C’est d’ailleurs toujours dans cette optique de clarté et de transparence que chaque bouteille arbore toutes les informations nécessaires à la compréhension du produit que l’on a en face de soi ; y compris un dessin de l’alambic sur lequel a été distillé chaque rhum (du plus bel effet).

Vous verrez à quel point c’est exceptionnel lorsque vous irez jeter un œil aux bouteilles chez votre caviste. En effet, la majeure partie des producteurs de rhums sont bien avares de ces informations, pourtant essentielles pour qui veut savoir ce qu’il achète et ce qu’il boit.

Pas Habitation Velier mais impatient aussi !

Ensuite, c’est le patron de Velier qui est lui-même allé dans les distilleries pour déguster et choisir, voire commander un rhum élaboré spécialement pour cette collection, mais j’y reviendrai.

La plupart des embouteilleurs indépendants ne vont pas dans les distilleries pour décider des rhums qu’ils vont embouteiller, ils passent par des intermédiaires, qui ont eux-mêmes achetés du rhum à ces distilleries sous forme de bulk (grosse quantité en “vrac”) et qui vont ensuite les revendre à leurs clients.
Je vous invite à lire cet excellent article (en anglais) pour en savoir plus. Attention, cela ne veut pas dire que ces rhums sont mauvais, loin de là. Cependant il y a chez Velier cette démarche qui tend vers l’authenticité maximale du produit et il parait logique d’aller sur place, là où le rhum est élaboré, de parler avec les gens qui travaillent à sa conception, de voir où il a été vieilli…
Le choix de ces distilleries (et des pays où elles se trouvent) a été primordial. On y trouve la Jamaïque (Worthy Park), la Barbades (Foursquare), La Guyane Anglaise (Port Mourant) et Marie-Galante (Bielle). Quatre distilleries (et/ou alambics) aux produits de qualité et surtout à l’identité forte.

A la dégustation, cela se confirme : nous avons affaire à des rhums très singuliers, reflétant des terroirs, des traditions et des distilleries, très marqués, extrêmement expressifs pour certains et tout simplement uniques.

Un retour sur ces dégustations à suivre…

 

3 thoughts on “Habitation Velier, qu’es acò ? – partie 1

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