Six légendes des Antilles Françaises – Partie 2 : la Martinique

Nous avons commencé notre balade en Guadeloupe, avec trois rhums d’exception : le Damoiseau 1953 et les Courcelles 1972 et 1948. Dans l’ensemble ce fut une dégustation intéressante et même agréable (ce Courcelles 1948 a vraiment de beaux restes !).
Il est désormais temps de continuer notre découverte de vieux rhums légendaires en Martinique, avec deux rhums bien connus et un troisième un peu moins mais que j’ai souhaité intégrer à ce trio. Nous irons un peu partout sur l’île, en démarrant par le nord et la distillerie Depaz avec un millésime 1966. C’est au Gros Morne que le prochain échantillon nous emmènera, avec le fameux HSE 1960. Et nous terminerons notre périple au sud avec le vénérable millésime 1953 de Trois Rivières. N’ayant encore jamais goûté aucun de ces trois rhums, cela va donc être une totale découverte.

Depaz 1966 – 45%

Six légendes des Antilles Françaises – Partie 2 : la Martinique – Depaz 1966 – 45% (photo Marco)

Le premier nez est caractérisé par beaucoup de fraicheur (orange, jus et écorce) et de minéralité. Viennent ensuite des arômes plus gourmands, avec vanille, fruits à coque légers et quelques cerises à l’eau-de-vie. Il n’est pas sans me rappeler l’ancien XO de la maison (le rhum qui m’avait amené à l’agricole et dont je vous parlais dans cet article), dans un style très droit, sans fioritures mais qui parvient à être drôlement plaisant. Les minutes passant, il confirme sa fraicheur, un peu plus végétale et florale désormais, ainsi que la présence d’amande douce. Etaler le rhum sur les parois du verre revient à y lâcher une poignée d’épices douces, très (trop) envahissantes ; heureusement, les agrumes ressortent aussi et tout ça nous offre alors un profil bien plus chaleureux, avec même quelques touches torréfiées. Une fois les épices retombées, c’est l’orange qui prend la tête. Quel changement ! Deux facettes vraiment différentes sur ce nez, les deux réussies, si ce n’est ce passage vraiment trop épicé, mais de courte durée.
L’attaque manque un peu de texture – elle vire même côté aqueux – et ce Depaz est ici moins expressif. On retrouve l’amande, le boisé se fait plus présent pour une impression relativement « douce ». Il manque quelque chose, plusieurs choses pour être franc. On s’ennuie.
La finale baisse vite en intensité, on se retrouve avec un rhum herbacé, au boisé léger et à la vanille timide. Et à part ça ? C’est à peu près tout malheureusement, si ce n’est une touche de cacao quand on la cherche vraiment en rétro-olfaction.

Ce rhum est décevant, non seulement du fait des espoirs que je fondais en lui mais aussi de son nez étonnant et réussi, car après lui, il ne se passe plus grand-chose…
Olivier du blog Who Rhum the World y a également goûté très récemment et il a été encore plus déçu que moi ! Retrouvez son article ici.

HSE 1960 – 45%

Six légendes des Antilles Françaises – Partie 2 : la Martinique – HSE 1960 – 45% (photo Excellence Rhum)

Le premier nez de ce HSE 1960 est bien plus chaud et compoté que celui du Depaz. Son opulence vient de plusieurs arômes qui se mélangent : vanille, fruits secs, compote de pêche, cacao et un petit quelque chose de bonbon. Le fût a bien laissé son emprunte sans pour autant éteindre la fraicheur, représentée ici de petites touches de menthol, de poivre et d’agrumes. Jusque là tout va (très) bien. Sur le second nez, l’intensité augmente et le bois ressort encore plus, ainsi que le menthol. Mais à vrai dire, tout gagne en puissance, les fruits secs sont maintenant torréfiés (et sont rejoints par une noix, torréfiée elle aussi), du tabac apparait et le café coule dans la pièce voisine. Faisant de la résistance, nos fruits gorgés de sucre enrobent le tout et promettent une belle gourmandise juteuse. A noter, à de brefs moments, comme une lointaine parenté avec certains vieux rhums de mélasse de Guadeloupe. Nous continuons donc sur notre belle lancée.
L’attaque est aux antipodes de celle du Depaz : une belle présence qui envahit l’intégralité de la bouche et qui envoute les papilles. Et on retrouve avec plaisir cette douce chaleur et notre association entre boisé et fruité. Il nous offre ce qu’il avait promis : un vrai mariage d’amour comme seules les années peuvent révéler.
La finale fait définitivement la part belle au fût et à ses petits camarades : cacao, café, cuir, tabac et réglisse. Ce sont des notes très noires qui vont accompagner l’heureux dégustateur de longues minutes durant.

Voilà, j’ai enfin goûté à ce HSE 1960 ! Et je ne regrette rien, ici pas de déception par rapport à l’image fantasmée d’un rhum légendaire, il est vraiment très bon. Un bémol ? Peut-être cette finale dont le fruité disparait mais franchement, au vu de l’ensemble de la dégustation, c’est un détail.

Trois Rivières 1953 – 45%

Six légendes des Antilles Françaises – Partie 2 : la Martinique – Trois Rivières 1953 – 45% (photo Rhum Attitude)

Le premier nez a un peu de mal après le HSE, il est moins exubérant. C’est avant tout le boisé – un boisé grillé – qui domine même si des fruits difficilement identifiables ne sont pas bien loin ; peut-être une petite part de tarte aux pommes vanillée se balade dans les environs. Pas très complexe mais agréable, je vais lui laisser un peu plus de temps. Le caramel cuit se joint à la fête au bout d’un certain moment. Aérer ce rhum le rend plus équilibré (d’une certaine manière), complexe et expressif. Le bois est toujours bien présent mais se fait plus noir et les notes torréfiées s’intensifient ; fruits à coque grillés, presque brulés, café noir, fût carbonisé, vanille bien grasse, tout se concentre et s’assombrit. Mais voilà, une pointe de fraicheur, qui vient dont on ne sait où, évite au rhum de s’enfoncer trop profondément dans les abysses et offre un certain équilibre.
La bouche est un peu plus puissante que prévue sur l’attaque, ce qui n’est pas un mal. On retombe sur le boisé, acteur principal de la dégustation, soutenu par ses deux acolytes : grillé (surtout) et fruité (un peu moins).
La finale est longue et sans surprise… boisée. Toujours ce fût très toasté qui fait des siennes, avec cette fois-ci une pincée d’épices douces parsemée sur la peau d’alligator.

Pas mauvais ce Trois Rivières 1953. Un rhum d’un autre âge, sans être totalement aux antipodes de ce qui se fait aujourd’hui. C’est surtout ce deuxième nez que j’ai trouvé intéressant et plaisant sur sa palette très sombre.

Six légendes des Antilles Françaises – Partie 2 : la Martinique – Le Line-up

Et voilà, trois de plus ajoutés à ma bibliothèque olfactive !
Une claire déception sur le Depaz. Ce n’est pas la première fois que je suis déçu par un vieux millésime issu de cette distillerie, alors qu’il y a tellement de bouteilles que j’ai appréciées chez Depaz (les blancs et les anciennes versions VSOP et XO par exemple ou encore le millésime 2002). Le Trois Rivières 1953 s’en tire bien, surtout en comparaison de certains millésimes des années 70 de la maison (mais je vous en parlerai bientôt), plutôt une bonne surprise donc. Et enfin ce HSE (et les mystères qui l’entourent, entre autres sur son âge), qui est une franche réussite et sans conteste celui des trois que j’aurais préféré ; facile mais complexe, boisé mais fruité, opulent mais délicat… Il m’a conquis !

Retrouvez les trois légendes de Guadeloupe dans cet article.

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