Les rhums Trois Rivières des années 70

Trois Rivières, ce seul nom a longtemps été pour moi LE synonyme de rhum des Antilles Françaises. Leur classique 5 ans a été un de mes premiers agricoles vieux et leur 355 reste un de mes blancs favoris. J’ai également été très agréablement surpris par le classique 50% ramené de Martinique et leur 1995 est une perle ! Et bien que j’ai eu la chance de déguster deux millésimes 1980 (version officielle et celle embouteillée par Chantal Comte), je ne suis pas vraiment au point sur les rhums Trois Rivières encore plus anciens. Qu’à cela ne tienne, j’ai pu au fil du temps mettre de côté et accumuler des échantillons de millésimes des années 70 ; c’était donc l’occasion de me frotter à ces rhums d’un autre temps.
Comme vous allez le voir, ne figure pas le 1979 dont j’ai pourtant un sample mais que je garde pour une autre dégustation 😉 Je l’ai donc “remplacé” par le 1969 – c’est presque les années 70 après tout et puis, je vous le rappelle, je fais ce que je veux !


Trois Rivières 1969 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1969 (photo : Rumauctioneer.com)

Le nez est expressif et chaleureux, on y trouve des épices douces, de la vanille et un boisé qui donne envie de s’installer au coin du feu. Une facette beurrée accentue sa gourmandise et va doucement se muer en noix fraiche. Le second nez se fait encore plus intense mais aux accents plus noirs, avec un boisé qui laisserait à penser que le fût a été bien bousiné, et il va même évoluer vers un tabac bien noir. On en vient même à y trouver des notes légèrement cendrées, accompagnées par un caramel dont la cuisson a été arrêtée juste à temps et une noix bien torréfiée. Les épices tiennent leur place et ne semblent pas vouloir s’effacer. Ce nez – surtout le second – est atypique et réussi, avec son profil très sombre mais non dénué de gourmandise. Avec plus de repos, la vanille reprend du poil de la bête et l’ensemble devient plus pâtissier.
La bouche, la surprise est de taille, il se fait un peu piquant et bien austère, très loin de ce nez multifacette. Toute notion pâtissière a disparu et on reste face à des notes boisées (encore ce fût qui a dû être cramé) alors que la vanille et la noix torréfiée sont très loin derrière. L’intensité en revanche est saisissante, dommage que ce ne soit pas pour mettre en avant un profil plus agréable.
La finale est longue, mais malheureusement plus sur ce qui caractérise la bouche que le nez. Un peu moins austère malgré tout, ce rhum va vous accompagner un long moment.
Ça partait vraiment bien, ce nez en avait sous le capot, avec beaucoup de choses à offrir mais cela n’a fait qu’accentuer la chute. Bref, un rhum à garder dans le verre et à humer.

Trois Rivières 1970 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1970 (photo : Rumauctioneer.com)

Le nez de ce millésime 1970 est un peu en retrait par rapport à son aîné. On y retrouve partiellement les mêmes arômes mais le beurre a été remplacé par une touche mentholée, ce qui finalement les éloigne l’un de l’autre. Le liquide étalé sur les parois du verre ne va malheureusement pas vraiment faire ressortir les arômes mais plutôt l’alcool. Si ce n’est une touche de cacao et un zest d’orange discret, le maitre mot ici n’est pas le plaisir (pas le mien en tout cas), le boisé se fait un peu piquant et un peu mouillé et la pointe mentholée n’a pas tendance à équilibrer l’ensemble. Mouais, pas convaincu. Ce n’est qu’après bien plus de repos qu’il semble enfin se trouver et les différents éléments se mettent en place. Les agrumes sont rejoints par les fruits jaunes (pèche surtout) et les épices douces, avec même un voile de vanille. Il faut vraiment leur laisser du temps à ces ancêtres.
La bouche est là aussi d’une surprenante intensité et on y trouve heureusement le bois (toujours un peu piquant malgré tout), la pèche, les épices douces – bien marquées – et un tour de moulin à poivre. Pas mal.
La finale est dominée par la muscade et la cannelle ; une chaleur agréable vous envahit. Le boisé est toujours bien en place mais toujours un peu piquant, ce qui est accentué par une impression pimentée sur la langue.
En demi-teinte que ce millésime 1970. Un nez qui part bien mal mais que le repos va assagir et transformer de belle manière. Une bouche plus agréable et une finale moyenne pour un rhum qui a des arguments mais aussi des défauts (dont ce boisé piquant qui ne nous quitte jamais vraiment).

Trois Rivières 1974 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1974 (photo : Excellence Rhum)

Le nez nous offre une vivacité accrue par rapport au précédent pour nous laisser penser qu’il est peut-être plus équilibré. C’est aussi celui qui se rapproche le plus des profiles plus récents, entre autres du fait de la présence (timide) de fruits exotiques. Le second nez confirme l’équilibre et d’une certaine manière, on a dans le verre une synthèse des deux précédents, avec un boisé chaud, des épices douces, un zest d’orange, la vanille et même une pointe cendrée (et comme représentant des fruits à coque, l’amande). Le repos, en revanche, a tendance à le rendre plus simple et clairement dominé par son côté le plus sombre et on perd ainsi son équilibre, et disons-le, une partie de son intérêt. Comme sur le 1970, plus de repos va remettre les choses en place pour un résultat plus gourmand.
La bouche, dès l’attaque ressort comme la plus mesurée et équilibrée des trois premiers. On retrouve les acteurs habituels avec épices douces et boisé mais ils sont rejoints par le caramel – invité surprise – et un quelque chose d’amer. Cette amertume surprend un peu mais n’est pas désagréable.
La finale est longue et encore plus chaleureuse que celle du précédent, avec là aussi une belle présence des épices douces, mâtinée de cette amertume qui demeure.
Dans l’ensemble, c’est jusque-là, le millésime qui m’aura le plus convaincu, là où les 1969 et 1970 manquent de stabilité et de continuité sur les différentes étapes de la dégustation, ce 1974 n’a pas vraiment de défaut, sans être exceptionnel pour autant.

Trois Rivières 1975 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1975 (photo : The Lone Caner)

Le nez de ce Trois Rivières d’antan se fait charmeur dès le premier contact. Sa force semble résider en un bel équilibre gourmand, entre notes fruitées, boisées et légèrement pâtissières. Je croise les doigts pour que la suite de la dégustation soit au niveau… Le second nez confirme notre première impression, les fruits sont représentés par une orange bien juteuse, le bois tend vers le tabac et les notes pâtissières évoluent vers la noix, une noix légèrement torréfiée. Les épices douces (ici la cardamome) rejoignent leurs petits camarades et apportent la touche finale à ce nez vraiment agréable.
La bouche est vraiment intense et l’alcool bien dosé (mais étonnamment presqu’à la limite du trop). Elle confirme le bien que l’on en pensait, avec un côté confit et gourmand porté par les fruits, la vanille et l’apparition des notes torréfiées, cacao en tête. Ça fait plaisir, d’avoir sur ce 1975, une bouche aussi (ou presque) réussie que le nez ; pas de mauvaise surprise ici.
La finale est longue et c’est le boisé chaud, épaulé par le torréfié, qui va s’éterniser, pour notre plus grand plaisir.
Le meilleur pour l’instant, devant le 1974, qui menait par un manque réel de compétition.

Trois Rivières 1976 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1976 (photo : Excellence Rhum)

Le nez de ce 1976 est très différent du précédent, moins de fruits et moins de chaleur pour moins d’intensité et d’opulence, il n’est pas désagréable pour autant, avec plus d’épices, du bois et un peu de beurre. L’intérieur du verre enrobé du rhum n’apporte pas vraiment de nouveaux arômes mais magnifie ceux déjà présents, à l’exception des fruits à coque et d’une pointe miellée, qui apportent un peu de complexité et une dimension supplémentaire. Plutôt agréable que ce nez, même si un petit quelque chose nous fait nous demander s’il ne va pas être un peu piquant en bouche.
La bouche démarre de manière très agréable sur un bel équilibre bois, épices, fruits, avec tout de même une grosse présence orangée – et c’est tant mieux. La gourmandise est encore accentuée par des touches de caramel et de fruits à coque. Nos craintes sont dissipées, ouf !
La finale est chaude et boisée (comme sur plusieurs autres) et même si elle est moins longue que celle du 1975, elle nous fait plaisir un bon moment tout de même.
Voilà un autre sans faute et même s’il n’est pas au niveau du précédent, il se distingue et est niveau – et même peut-être légèrement au-dessus – du 1974.

Trois Rivières 1977 – 45%

Les rhums Trois Rivières des années 70 – Trois Rivières 1977 (photo : Excellence Rhum)

Le nez de celui-ci se démarque encore. Bien que les désormais habituelles épices douces soient encore de la partie, c’est le millésime qui se fait le plus végétal. Le fût lui donne des accents de bois précieux. Encore un nouveau profil que nous offre ce millésime 1977 ! Le second nez confirme la relative verdeur même si son visage végétal est un peu atténué. Comme sur plusieurs autres, le boisé devient plus sombre et développe des notes de tabac, et également comme sur d’autres, on se demande s’il ne sera pas un peu piquant en bouche, croisons les doigts que ce ne soit pas le cas.
La bouche est à l’intersection des fruits pas encore à maturité et des épices douces (encore elles !), c’est un peu déstabilisant. Ce sont un peu deux extrêmes qui s’associent mais sans que le mariage ne fonctionne tout à fait. Le bois essaye de les mettre d’accord mais n’y parvient pas.
La finale est moyennement longue et menée par le bois et les épices – son côté vert disparait mais c’est un peu simple.
Pas vraiment de défaut sur ce 1977 mais pas franchement de qualité non plus… Pas raté mais pas réussi, il ne se distingue pas vraiment.

Et voilà pour ce tour d’horizon des millésimes Trois Rivières des années 70. Quelques éléments m’ont marqué. Pour commencer, j’ai trouvé beaucoup d’intensité sur plusieurs d’entre eux, malgré leur grand âge et leur réduction alcoolique (même si 45% ce n’est pas si mal). Ensuite, il y a une grande diversité d’arômes entre ces différents rhums, et il a même été parfois compliqué de trouver un tronc commun. Et comme vous vous en êtes rendu compte, la qualité varie beaucoup de l’un à l’autre, certains s’en tirant avec une mention passable et puis il y a ce 1975.

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Google photo

You are commenting using your Google account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s