Mon Whisky Live 2019 – partie 2

Bon allez, on va se faire une cure de mélasse maintenant ! Des trucs lourds, des trucs extrêmes, des trucs parfois limites… Bref, il va y en avoir pour tous les goûts. Et on commence heavy avec Velier qui proposait énormément de choses à déguster, que ce soit sur son stand ou dans la partie VIP.

Velier

Whisky Live 2019 – Stand Velier

Nous allons faire un arrêt relativement long en Jamaïque, avec pour commencer la distillerie Clarendon et donc Monymusk. Une des surprises chez l’embouteilleur dépendant (comme dit Luca Gargano) cette année était un “joint bottling” avec E.A. Scheer. Je vous déjà occasionnellement parlé de cette entreprise qui n’est autre que LE broker européen en termes de rhum. Basée à Amsterdam (entre autres), c’est la firme qui possède un éventail de rhums parmi lequel la vaste majeure partie des embouteilleurs indépendants va se fournir ; presque tout ce que vous trouverez chez les IB provient de chez Scheer et de leur immense portfolio. Le patron charismatique de l’entreprise italienne a eu l’idée de proposer deux paires de rhums du même âge et du même mark, l’un vieilli sous climat continental et l’autre dans un climat tropical afin de voir et de comparer les différences organoleptiques entre les lieux de vieillissement. A noter que les versions tropicales ont environ 5% de plus (on se rapproche des 70 degrés quand même) que les continentales. Etonnante et intéressante collaboration mais que permet-elle de mettre en lumière ?

MMW

Whisky Live 2019 – Monymusk 11 ans continental et tropical

Commençons par les deux rhums les plus jeunes (11 ans) au mark MMW, et par le continental. Un nez doux et crémeux où épices et banane dominent au côté de notes végétales. La bouche évolue sur un profil bien différent : sec, fort, toujours des épices et une légère poudre à canon ; bien plus rude. La finale est longue, typique des jamaïcains continentaux avec ses accents empyreumatiques et poivrés. Pas franchement transcendant. Le tropical maintenant sur un nez plus opulent et plus intense où les fruits apparaissent mais où les épices et un côté végétal (dont résineux) sont également au rendez-vous. La suite est logique, avec une bouche intense, végétale et résineuse et une finale longue où l’on peut faire un parallèle avec la version précédente. Franchement je m’attendais à une différence plus marquée mais surtout à avoir un faible pour le second. Eh bien non, pas vraiment, les deux ne sont pas à mon goût.

EMB

Whisky Live 2019 – Monymusk 14 ans continental et tropical

Aller, on passe au 14 ans (EMB), toujours de la même origine. On garde le même modus operandi et on attaque par le rhum de chez Scheer. Au nez, c’est relativement léger, doux, presque soyeux sur des arômes végétaux et une belle amande. La bouche est relativement équilibrée mais reste végétale tandis que la finale, “comme d’hab” est longue, empyreumatique et végétale. Là encore le nez n’est pas mal, mais après ce n’est pas vraiment ça. Et on enchaine donc avec le vieillissement en Jamaïque, qui cette fois-ci nous offre un nez sur les fruits tropicaux, la vanille et qui se fait plus opulent, plus ensoleillé que son frère hollandais. Mais voilà, là encore en bouche, ça part un peu en vrille : on perd les fruits pour ne garder qu’un rhum sec, voire astringent et végétal. La finale vous la connaissez…
Bon… Enfin nan, pas très bon en fait :/ Certes il y a bien des différences selon le lieu de vieillissement, en ça, peut-être l’expérience est-elle réussie, mais aucun des quatre n’a retenu mon attention malheureusement.

Cette excursion jamaïcaine ne commence pas très bien, mais on va perséverer.

Long Pond & Monymusk

Whisky Live 2019 – Long Pond 2007 et Monymusk 2010

Justement deux autres nouveautés dans la gamme Jamaican Stills, un Long Pond (comme les quatre premiers de cette collection) et un Monymusk (j’ai espéré très fort qu’il soit meilleur que les quatre dégustés juste avant). Attaquons-nous à ce dernier, qui est un 9 ans à 63%. Dès l’approche du nez, on se rend compte qu’il n’a rien à voir avec les précédents ; il apparait moins agressif et mieux fait, gourmand et même pâtissier. Profil que l’on garde en bouche, ce qui est bien agréable. Seul bémol : on est un peu loin de la Jamaïque et on se rapprocherait même du Guyana et de la Barbade. Pour finir, la finale est longue mais un peu plate. Grosse gourmandise que ce 2010 malgré tout.

Passons chez Long Pond, qui se trouve être ma distillerie jamaïcaine favorite ces derniers temps, pour déguster un 12 ans à 62 degrés. Nous sommes de retour sur l’île de Bob Marley, avec ses esters, sa banane, de la gourmandise et des notes végétales. En bouche aussi on retrouve nos marques (ou devrais-je dire nos marks :P) avec une acidité fruitée forte, comme si les fruits avaient commencé à fermenter. Et décidément, une finale végétale et empyreumatique.

Paradisetto

Whisky Live 2019 – Velier – Villa Paradisetto Savanna 1999 et Monymusk 1995

Bon ça vous dit un dernier Monymusk pour la route ? On change de niveau avec un 1999 qui a vieilli 24 ans proposé à 67%. Un nez gourmand, végétal et fruité (amande et fruits exotiques). On garde ces fruits en bouche, qui sont accompagnés par le duo sucre/puissance. La finale détonne un peu puisqu’elle est étonnamment sèche (et longue).
On s’éloigne de la Jamaïque, pour se rendre à La Réunion avec un Savanna, lui aussi mis en bouteille par Velier et qui fait partie de la même collection que le Monymusk. Une collection – qui sera prochainement étoffée – en l’honneur de la Villa Paradisetto, siège de la firme italienne, qui sera bientôt délaissée au profit d’une autre villa, toujours à Gênes. Ce rhum de 20 ans (1999-2019) serait un high ester (même si la dégustation n’est pas vraiment probante à mon avis) à 57 degrés. Je vous la fais courte car je n’ai pas été fan, malgré un nez très porté sur les fruits hyper mûrs. Vient malheureusement s’y adjoindre une note de “plastique brulé”, que je trouve parfois sur des rhums de La Réunion. Note qui ne me quittera plus jusqu’à la fin de la dégustation 😦

Caroni

Whisky Live 2019 – Velier Caroni The Last et Tasting Gang

Moyennement enthousiasmé par tout ça, voyons si les caronis vont “sauver” Velier sur ce cru 2019.
Les deux nouveaux blends étaient les stars de la catégorie et les caronis les plus attendus (tous deux de 1996 et vieillis 23 ans sous des latitudes tropicales). J’avais déjà pu vous dire quelques mots de The Last, qui m’avait laissé une impression mitigée mais je m’y suis frotté à nouveau. Le second, qui répond au doux nom de Tasting Gang (avec une super photo dessus !), était en revanche une nouveauté pour moi. C’est justement par celui-ci que j’ai débuté. Ce caroni Tasting Gang est donc un blend proposé à 63.5%. Au nez, l’alcool est là mais sans excès et l’impression générale est assez équilibrée. Les arômes sont plus pâtissiers que typiquement caroni (ne vous inquiétez pas, vous avez quand même quelques notes d’hydrocarbures et de caoutchouc) et les fruits sont bien en retrait avec une timide orange. En bouche, l’alcool est traitre, on se demanderait presque où il est passé. Là encore, c’est un équilibre gourmand qui prime, allié à une sensation sucrée et aux notes caroniennes bien discrètes. La finale est dans la même veine gourmande, mais le manque de fraicheur se fait sentir et la sensation sucrée perdure et devient même un peu écœurante. Un caroni pas très caroni, sympa et assez facile mais qui manque un peu de relief et de fruits en ce qui me concerne.
On va changer de registre avec The Last (61.9%). Je l’ai trouvé plus sévère et plus intense que le précédent, avec ses notes d’hydrocarbures plus marquées, son bois bien plus présent et ses fruits plus exubérants. Vraiment une autre extrémité du spectre caroni, pas mal non plus. En bouche malheureusement, l’alcool est moins bien intégré et le bois tend à se faire trop remarquer à en devenir asséchant. La vanille et des notes de rose complètent cette bouche. La finale, très longue, reste sur ce boisé sec à vous faire saliver mais est rejoint par ces notes caroniennes habituelles. Oui il est plus intense que le Tasting Gang, ce qui est bien, mais aussi trop sévère à mon goût.

Carini employees

Whisky Live 2019 – Velier Caroni Employees Kevon “Slippery” Moreno et David “Sarge” Charran

Deux autres caronis étaient à déguster sur la mezzanine VIP, ceux de la seconde fournée de la série Employee. Mes notes ne furent que très succinctes mais voici mes impressions générales. Un Kevon « Slippery » Moreno très orienté vanille et à l’alcool trop puissant ; sans doute le moins bon des quatre à mon goût. David « Sarge » Charran se développe sur un profil très différent et c’est sans doute le plus équilibré et complet de ce line-up du jour. Il dispose de tous les éléments signature d’un caroni réussi : hydrocarbures, fruits, vanille, bois. Bien content d’avoir pu y goûter, je suis.

Caroni Taiwan

Whisky Live 2019 – Caroni 1997 Spirits Shop’Selection

Voilà pour Velier mais pas pour Caroni puisque sur le stand juste à côté était disponible, outre de nombreux whiskys, un rhum de Trinidad chez Spirit Shop Collection, embouteilleur indépendant taiwanais si je ne m’abuse. J’avais déjà pu déguster une de leurs sélections il y a deux ans et il n’avait pas été sans intérêt. Celui-ci est un 1997-2018 à 63.8%. Eh bien, il n’est pas sans me rappeler celui que j’avais goûté au Whisky Live 2017, avec son nez intense aux accents fermiers et vanillés. En bouche, il est assez gourmand (avec un alcool marqué tout de même) mais manque de fruits et la finale est longue sur les mêmes marqueurs.

Worthy Park

Whisky Live 2019 – Worthy Park collection

Retour en Jamaïque – qui, vous l’aurez compris, était très représentée à ce whisky Live 2019 – avec la plus ancienne distillerie encore en activité (malgré une pause vers la fin du 20ème siècle) au monde : Worthy Park. J’avais loupé le développement de leur gamme l’année dernière, je n’allais pas manquer l’occasion de me mettre à jour. Pour ce faire, dégustation de 6 rhums, rien que ça et en compagnie de Zan Kong, le très visible sur les réseaux sociaux et très sympathique export manager de la marque !
Pour se remettre le profil de la maison en tête, on démarre avec le Single Estate qui est le vieux « basique » de la distillerie. Après les monstres dégustés plus tôt, ses 45% semblent très doux et très fruités (amande et banane) pour un nez « net ». Nous sommes en bouche sur un profil bien sec – plus que l’on aurait pu le penser – mais un peu faible, et la finale signe l’arrivée des notes empyreumatiques.
Trois finishs ensuite, avec pour commencer le Madeira, qui a vieilli 4 ans en fût de bourbon puis un an en ex-fût de vin de Madeire. Cette dernière année apporte vraiment quelque chose, on sent bien cette finition, avec en bouche un peu de poudre à canon, une légère sucrosité et toujours la banane, le tout avec un alcool mesuré. La finale garde des traces de sucre et apparaissent de discrets fruits rouges. Pas mal, pas mal. Le Sherry ensuite, avec encore 4 années en fût de bourbon, puis 50% du rhum vieilli un an en fût de Pedro Jimenez et les autres 50% en fût d’Oloroso, avant d’être assemblés. Le nez est assagi sur des arômes d’amande, d’épices et de poudre à canon. La bouche est plus sèche et on garde bien le profil jamaïcain et la finale est moyennement longue.

Worthy Park 2

Whisky Live 2019 – Worthy Park avec Guillaume Leblanc derrière le stand

On monte en gamme avec le Porto finish, un rhum vieilli 9 ans dans des fûts de bourbon avant de passer son ultime année de vieillissement en fût de… Porto ; et ouais, d’où le nom 😛 Son nez est vraiment agréable avec ses arômes boisé, fruité, vanillé et sur les fruits à coque – un nez rond et gourmand. En bouche, l’alcool est plus présent et il devient plus sec mais garde toujours ses fruits. La longue finale tente de faire une synthèse aux accents secs, boisés mais où une relative verdeur assez étonnante se remarque. Loin d’être inintéressant ce 10 ans. Pour finir, le 12 ans intégralement vieilli en fût de bourbon. Un nez gourmand où le boisé vanillé partage la première place avec la banane. Il n’est pas dénué de fraicheur entre autres grâce aux notes de zest d’orange. La bouche est vive, équilibrée et gourmande ; ou pour résumer : bonne tout simplement. La finale est longue entre banane et notes empyreumatiques. Ce 12 ans est une franche réussite !
Et on va achever cette dégustation Worthy Park avec le High Ester à 67%. Boom ! Un aller simple pour la Jamaïque, cette Jamaïque qui explose et on repart sur la définition d’un high ester, qui plus est à haut degré alcoolique. Et en plus il est gourmand. La bouche est puissante, autant en arômes qu’en alcool et acide ; la finale, interminable.
Pour résumer, on a une gamme variée mais qui garde une unité entre chacun des rhums qui la compose. Je suis bien content d’avoir pu rattraper mon retard de dégustation de cette distillerie. Je ne suis pas repassé par les blancs, le connaissant déjà, mais eux aussi valent le détour.

WP New Yarmouth

Whisky Live 2019 – Wild Parrot New Yarmouth 2005

Restons en Jamaïque un moment pour aller déguster un rhum, qui lui aussi aura pas mal fait parler – en bien – lors de ce Whisky Live 2019, Le Wild Parrot New Yarmouth, un 14 ans à 66.6% (un pourcentage démoniaque !). Vous avez pu déjà voir à quoi ressemble cette distillerie chez d’autres embouteilleurs indépendants, comme Compagnie des Indes ou encore SBS. Ici, nous sommes dans l’extrême avec un nez extrêmement intense, extrêmement âcre et acide, aux arômes d’ananas pourri et de vanille etrêmes. On reste dans les extrêmes sur la bouche, puisqu’elle est, elle aussi, extrêmement intense, acide sur l’ananas qui a attendu trop longtemps dans son coin et qui fermente, astringente et etrêm… heu légèrement sucrée. La finale, en plus d’être très longue, déboussole un peu puisqu’outre l’acidité qui demeure et des notes empyreumatiques qui arrivent, elle offre une sensation crémeuse. Quelle expérience ! Clairement pas pour les cœurs fragiles, ce que je dois avoir, parce que c’est quand même drôlement (trop) intense, même s’il parvient à exprimer une gourmandise certaine.

Rum Nation

Whisky Live 2019 – Rum Nation collection

Vous pensiez en avoir fini avec les rhums jamaïcains ? Eh bien non ! Je me suis arrêté chez Rum Nation – ça faisait un moment que je ne m’étais pas intéressé à ce qu’ils font et j’ai justement commencé par leur Jamaica 5 ans. Au nez, pas de doute sur la provenance de ce rhum : banane, dissolvant, le tout soupoudré de poudre à canon. C’est cette dernière qui domine en bouche avec un peu de sucre ; on se perd un peu. Et on reste sur ces deux éléments sur la finale, malheureusement. Un nez pas trop mal mais après ça part un peu en vrille.
Comme ça vous avait manqué, j’ai ensuite dégusté leur… caroni ! 🙂 Celui-ci est clairement sur le profil gourmand vanille aux tendances hydrocarburées. La bouche est plus sèche que prévu mais reste gourmande et devient fumée, et la finale est, caroni oblige, loooonnngguuuee. Pas mauvais, mais un peu simple et manquant de fruité.

Black Tot

Whisky Live 2019 – Black Tot

On termine ce tour dans les anciennes colonies anglaises par un blend de Jamaïque (5%), Guyane (60%) et Barbade (35%). Ce nouveau Black Tot n’a pas grand-chose à voir avec l’ancien, surtout pas son prix et c’est tant mieux. Il est présenté comme n’ayant subi aucun ajout et titre à 46.2% pour un vieillissement entre 3 et 5 ans selon les éléments qui le composent. Le nez est crémeux, torréfié, aux arômes estérisés et mielleux. La bouche est relativement sèche et sombre mais les esters sont toujours là et le peps est bien dosé. La finale est longue et intense principalement sur des notes empyreumatiques, mais elle devient presque trop sèche. Un “petit” rhum qui, ma foi, se défend plutôt bien.

 

Et c’est là-dessus que cette seconde partie s’achève 🙂

 

Retrouvez la première partie de mes aventures au Whisky Live Paris 2019.

One thought on “Mon Whisky Live 2019 – partie 2

  1. Pingback: Mon Whisky Live 2019 – partie 3 | Les rhums de l'homme à la poussette

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