Spiritori x Spirit Gallery

Si vous suivez de près la scène française des embouteilleurs indépendants, vous avez dû les voir passer. Ces sorties sont estampillées Spiritori et Spirit Gallery. Ces noms, derrière lesquels se cachent des passionnés, sont tout nouveaux dans le monde des spiritueux (Spirit Gallery nous avait sorti un joli Bélize brut de fût l’année dernière tout de même).

Notons que j’ai dégusté les trois derniers (ceux que Spirit Gallery) à l’aveugle, n’ayant eu qu’un chiffre sur chaque étiquette. Je vous indique cependant de quoi il s’agit en début de note de dégustation.

Voyons voir ce que ces cinq rhums (et ce cognac) ont sous le capot !

Spiritori #1 TDL 2008 Single Cask (15 ans) – 64.4 %

Spiritori #1 TDL 2008 Single Cask (15 ans) – 64.4 %
Spiritori #1 TDL 2008 Single Cask (15 ans) – 64.4 %

On retrouve bien TDL à peine les narines posées sur le verre (même un peu loin du verre à vrai dire). Deux trames évoluent en parallèle, avec, avant tout, la facette sombre, boisée et empyreumatique : cuir (beaucoup), torréfaction, caoutchouc, fumée, réglisse… Tout cela donne beaucoup de corps au rhum. Heureusement, l’équilibre (relatif) provient de son visage plus frais, mené par le cassis et des notes médicinales. Le deuxième nez intensifie non seulement les arômes mais surtout la puissance de l’alcool. Le caramel vient finalement arrondir l’ensemble.
En effet, il envoie, la goutte est de mise, heureusement, elle suffit à propager les arômes. Légère sucrosité, présence boisée et réglissée mais essentiellement un caramel qui a gagné en assurance. La vivacité est toujours représentée par le cassis (et l’alcool).
Sans appel, le profil sombre l’emporte, entre cuir, caramel, cendre, tabac et café. La fraicheur a disparu. Le sucre demeure malgré une amertume mesurée qui émerge. Un peu écœurante cette finale.
Un bon gros heavy TDL, puissant et expressif. Bémol avec cette finale qui ne m’a pas séduit.

Spiritori #2 Jamaica 2012 Single Cask (11 ans) – 57.5 %

Spiritori #2 Jamaica 2012 Single Cask (11 ans) – 57.5 %
Spiritori #2 Jamaica 2012 Single Cask (11 ans) – 57.5 %

On fait face à un Hampden très dessert. Son côté pâtissier et crémeux, ainsi que les fruits (banane, amande et pomme) forment une gourmandise. Le côté plus chimique de la distillerie émerge sur la colle. Le vieillissement, lui, se développe sur des notes de cuir, de taille de crayon et de fumée. L’ensemble fonctionne assez bien mais manque un peu de concentration tropicale. Le repos lui fait du bien et lui offre une certaine profondeur, comme de l’épaisseur.
La bouche, non dénuée d’une petite suavité, dévoile un alcool bien dosé (je déconseille la grosse gorgée tout de même). Aromatiquement, les différents acteurs sont toujours en place, avec une dominante gourmande, toujours cette association pâtissière/fruitée. Le côté crayon taillé ne compte pas se faire oublier pour autant et amène avec lui un peu de cacao amer.
Dès la fin de bouche, puis sur la finale, l’aspect doux devient salin. La longueur est marquée par les fruits.
Pas mal ce jeune Hampden. Certes j’apprécie plus d’exotisme « concentré et collant » mais dans son genre, celui-ci fonctionne bien.

Spiritori x Spirit Gallery Cognac Pasquet Lot n°73 Grande Champagne (49 ans) – 50.8 %

Il n’est pas encore sorti et je n’ai pas le visuel. Voilà.

Très expressif, le verre exhale ses parfums même placé au niveau de la poitrine. Parmi ces arômes qui remontent, on trouve les fruits confits, le pruneau, l’orange mais aussi des épices, un peu de cacao et des fruits secs. Le boisé se livre précieux et quelques abricots et pêches fraiches accentuent encore le profil dominé par les fruits. Le second nez fait la part belle au boisé, qui monte en puissance et qui se voit accompagné de notes torréfiées et même légèrement brûlées, avant que la noix n’apparaisse. Évolutif, c’est bien cette trame plus sombre qui va garder la main, tandis que les fruits ne se voient dans l’obligation de rester au second plan (si ce n’est cette noix qui ne souhaite pas faire de la figuration). Ce n’est qu’avec encore plus de temps passé dans le verre, qu’un statu quo s’instaure entre les différents protagonistes sur un bel équilibre.
Intensité et vivacité sont en rendez-vous sur l’attaque et perdurent tant qu’on garde le liquide en bouche. L’équilibre aromatique trouvé en nez perdure lui aussi et submerge nos récepteurs de fruits confits et de boisé multiforme. C’est presque trop riche.
La finale est totalement en accord avec le reste de la dégustation, confirmant la nature très homogène et fidèle à lui-même de ce spiritueux de haut niveau.
J’ai beaucoup apprécié le nez changeant et la façon dont le cognac, une fois en place, reste sur sa trame et son identité.

Spirit Gallery – Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %

Spirit Gallery – Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %
Spirit Gallery – Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %

Distillé trop haut. J’imagine Amérique Centrale. L’arôme principal est l’éthanol, puis le caramel avec une vague présence fruitée. Même constat avec du repos. Le second nez fait ressortir l’alcool et, heureusement, aussi un peu de gourmandise avec la noix de coco. Plus de repos confirme la présence marquée du coco grillé et l’apparition d’agrumes (orange et citron). C’est bien mieux qu’au départ mais sans devenir foufou pour autant.
C’est fort ! Je m’étais pourtant méfié. Le toucher est soyeux et l’impression suave, ce qui ne suffit pas tout à fait à contrebalancer la puissance. On reste sur notre duo coco/agrumes, arrosé de caramel. Aromatiquement c’est assez « fin », tout cela manque de profondeur et d’exotisme à mon goût.
On garde l’impression sucrée sur la finale, qui s’avère être relativement courte, toujours sur le coco et le caramel.
Je ne l’ai pas trop apprécié. On pourrait être sur un Bélize bien timide.

Spirit Gallery – Heavy Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %

Spirit Gallery – Heavy Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %
Spirit Gallery – Heavy Ron distillerie secrète 11 ans – 65 %

Ma première impression n’est pas flatteuse : soufre (autant dans la veine pierre à fusil que légume bouilli) et même un léger côté égout. Sous cette surface, un distillat qui me semble coulé assez haut également – et donc peu aromatique – et pas assez réduit – et donc très puissant. Ouhla. Le second nez fait émerger des notes plus aimables : vanille, fumée, légère olive. Là aussi, le repos fait beaucoup de bien. Alors que le côté silex chauffé demeure, légumes et égouts ont disparu, ouf !
La bouche est saisissante de puissance, alors que les arômes surprennent et déboussolent un peu. Vanille, saumure d’olive, impression sucrée salée, léger soufre. Pas inintéressant, mais pas vraiment plaisant non plus. L’alcool ne permet pas de le garder en bouche bien longtemps pour pousser l’analyse plus avant.
La finale est plus empyreumatique, presque un peu fumée ; et vanillée, de plus en plus vanillée.
Pas certain de son origine, peut-être encore en Amérique Centrale, genre Panama. En tout cas, il n’est pas franchement à mon goût, n’ayant donné que trop peu de plaisir, malgré un profil surprenant.

Spirit Gallery – TDL 2003 (21 ans) – 60 %

Spirit Gallery – TDL 2003 (21 ans) – 60 %
Spirit Gallery – TDL 2003 (21 ans) – 60 %

On change de registre – et tant mieux – avec un spiritueux qui offre immédiatement un profil expressif et plaisant. Je pencherais pour un TDL, avec ses baies noires fraiches légèrement mentholées et herbacées d’un côté et sa facette empyreumatique (cuir, fumée, cacao) de l’autre, avec du caramel pour faire le liant. Il offre une grosse intensité, comme les TDL peuvent le faire.
Certes, il est puissant aussi, mais comme il envoie également niveau arômes, c’est moins problématique. Bon, il est quand même puissant. Un peu plus boisé en bouche, il laisse tout de même encore beaucoup de place aux fruits. Ces derniers caractérisent d’ailleurs la fin de bouche avec une grosse bouffée de cassis et de pêche, très agréable.
La finale déroule un long moment, entre fruits – encore eux – et ses notes plus sombres trouvées au nez.
Ça fonctionne bien, rien à dire. C’est un bel exemple de TDL absolument caractéristique de sa provenance. Vous allez me trouver rabat-joie, mais ça commence à en faire beaucoup des rhums qui évoluent sur ce profil, peut-être commencè-je à m’en lasser quelque peu, ce qui n’enlève rien aux qualités de celui-ci. C’est ça de goûter trop de choses ^^

Vous l’aurez compris, ces deux rhums en provenance d’Amérique latine ne m’ont pas convaincu. En revanche, les deux TDL, le Hampden (oui, c’est un Hampden, mais chut) et le Cognac furent bien plus à mon goût.
Nous verrons ce que Spiritori et Spirit Gallery nous réservent par la suite, car n’en doutons pas, suite, il y aura.

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