1998, des rhums champions du monde ? – 2ème partie

Et voilà, c’est reparti pour un tour en compagnie des rhums de Martinique distillés en 1998, grande année pour les rhums agricoles des Antilles françaises.

Nous allons faire un long arrêt au sud de l’île pour cette seconde partie et ne parler que de deux marques mais d’une seule distillerie (en tout cas aujourd’hui). Pour ceux qui n’auraient pas encore compris, nous allons nous pencher sur deux rhums de chez La Mauny et deux rhums de chez Trois Rivières. Ces deux marques, qui appartiennent au groupe Chevrillon depuis 2012, ont vu leur gamme repensée il y a 2 ans pour Trois Rivières et l’année dernière pour La Mauny.

La Mauny a sorti deux millésimes 1998, le dernier peut encore se trouver ; pour l’ancien ça va être plus compliqué. Trois Rivières a commercialisé de multiples single casks de ce millésime (au moins 6) en plus d’une version embouteillée par les belges de La Maison du Rhum.

La Mauny me voici !

Faisons les choses dans l’ordre et débutons par la première version.

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La Mauny 1998 (ancienne version) – Crédit : Référence Rhum

Au nez, il débute sur les épices et le bois. C’est fin et à la fois comme poli par les années. Nous ne sommes pas sur un rhum qui explose, un rhum qui éblouit, mais sur un rhum qui vous conquiert par la finesse et la retenue. Le bois se fait précieux et les épices poivrées. Une impression végétale est également présente. Après un peu plus de temps passé dans le verre, l’orange apparait. Ce n’est pas mal et franchement intéressant, mais voilà, tout est comme en sourdine ou dans du coton et sans doute un peu trop épicé pour mon goût.

En bouche, un peu la même impression qu’au nez avec un rhum où tout est très bien intégré, les différents arômes sont bien assemblés les uns aux autres. Il n’y a pas de fausse note mais pas non plus tellement de relief.

La finale est longue sur le bois et les épices et pas grand-chose d’autre. Une légère impression poudrée reste en bouche. Là aussi c’est équilibré avec une impression de fraîcheur.

Un rhum bien fait, pas désagréable mais qui, pour moi, manque d’émotion. Pas de défaut à proprement parler, mais pas vraiment d’accroche non plus. Légèrement perplexe je suis.

On reste chez La Mauny pour la version récente de ce 1998, que je soupçonne d’être très proche de l’ancienne ; voyons voir ça…

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La Mauny 1998 – Crédit : Référence Rhum

Au nez, il est d’emblée plus fruité que l’ancienne version, avec la pomme et l’orange. Il est également un peu plus gourmand, bien qu’ayant des accents végétaux et réglissés. Les épices et les fleurs séchées apportent encore plus de complexité. Le côté frais et végétal est accentué par des notes de menthe. Le bois, lui, est très discret. L’ensemble est fin même s’il manque un peu de chaleur à mon goût. Intéressant de constater les différences manifestes avec l’ancienne version de ce millésime. Cette dernière étant pour moi un peu en dessous de la récente.

En bouche, l’attaque est poivrée et douce à la fois. Le fût fait son apparition et se place à côté de ses vieilles amies les épices. On distingue une pointe de miel et l’alcool est mesuré.

La finale est sans doute là où les deux versions sont les plus proches avec leur profil épicé et boisé et leur longueur comparable. Il y a de fugaces passages de fruits à coque.

Je m’attendais à trouver deux rhums plus proches que ça. Cette version récente est un peu plus dans l’originalité et je lui trouve une identité plus forte. Alors oui, le nez est très frais et végétal, sans doute un peu trop, en ce sens que je préfère avoir un rhum chaleureux aux notes de fraicheur plutôt que l’inverse, comme ici. Malgré tout, j’ai pris du plaisir ici sur un de ces rares millésimes 1998 à être sous-estimés.

On passe chez Trois-Rivières, qui historiquement, propose régulièrement des millésimes, bien plus que La Mauny (sans parler de leurs single casks). On peut par exemple évoquer le 1995 sorti il y a deux ou trois ans, qui est vraiment très réussi. Pour en revenir à l’année qui nous intéresse, comme je vous le disais quelques lignes plus haut, au moins 6 single cask sont sortis en France (merci Référence Rhum pour l’info ;)), nous allons nous pencher sur le fût n°51 pour commencer avant de déguster, ce que l’on appelle la version belge de ce rhum.

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Trois Rivières 1998 Missouri Cask – fût 51

Au nez, avant tout, il est primordial de le laisser reposer dans le verre, un looooonnnnnggg moment, sans quoi vous aurez un rhum où le fût écrase tout le reste. Après plus d’une heure, il reste hyper concentré mais plus sur les épices que sur le bois. Il mérite que l’on insiste pour trouver ce qui se passe derrière cet écran épicé. S’y cachent des pommes, des zests d’orange, du tabac, de la vanille et du cuir. Une vraie complexité mais un certain déséquilibre.

En bouche, les épices (y compris le poivre) sont intenses et l’alcool apporte puissance et relief. Des notes fruitées arrivent ensuite, avec entre autres l’orange et peut-être un timide ananas.

La finale est longue et très boisée. Les épices (dont encore une fois le poivre) ne sont pas loin derrière.

Un rhum qui m’a laissé un peu perplexe (oui encore un ^^). C’est bon et il se passe pas mal de choses (surtout au nez, en insistant un peu), mais la prédominance sans partage des épices boisées (ou du bois épicé :P) déséquilibre la dégustation.

Allez, direction la Belgique ! J’ai longtemps entendu parler de ce Trois Rivières embouteillé par La Maison du Rhum, toujours en bien, voire en très bien. Lors de mon passage à Spa pour le Salon du Rhum, j’ai enfin eu l’occasion de me confronter à ce breuvage. Voilà ce que j’en avais alors écrit.

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Trois Rivières 1998 (La Maison du Rhum) – Crédit : référence Rhum

Au nez, il est “chaud” et gourmand, tout en étant complexe. Les fruits à coque, les fruits secs, les épices, le caramel, des notes torréfiées… Vraiment un nez superbe, qui allie tous les éléments qui font un rhum exceptionnel. Tout simplement un de ces nez qui a marqué le dégustateur que je suis.

La bouche est étonnamment vive et fraiche. Elle est marquée par l’orange, les épices et le bois. Elle est globalement plus sèche que ce à quoi je m’attendais et pas aussi gourmande que le nez (et aussi moins fruitée).

La finale est longue, sur le tabac et le menthol. Malheureusement (à mon avis), le bois mouillé fait son apparition un peu plus tard.

Il était dur pour ce rhum de continuer sur la lancée du nez, tant il était impressionnant de maîtrise, de complexité et de plaisir. Je profite de cette occasion, que je me donne à moi-même, pour réitérer le fait que tout ceci est très subjectif et entièrement personnel. Je sais que beaucoup de personnes adorent ce rhum, donc s’il vous plait, ne prenez rien de ce que je dis pour argent comptant et faites-vous votre propre idée sur celui-ci et sur les autres 😉 J’ajouterais que j’ai toujours raison ! 😀

 

Et par ici c’est la première partie.

2 thoughts on “1998, des rhums champions du monde ? – 2ème partie

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