En voilà un autre d’embouteilleur indépendant français multi-spiritueux qui ne chôme pas : Zero Nine Spirits. En début d’année, je vous en parlais déjà en vous présentant trois bouteilles (article précédent).
On passe la vitesse supérieure, avec pas moins de dix spiritueux dégustés pour ce nouvel article, histoire de se faire une idée plus précise de ce que les ariégeois de Zero Nine Spirits a à proposer.
Zero Nine Spirits – Rh13 Fiji 2015 – 60.9 %

Je l’imagine 100 % colonne et ce que je peux aimer sur ce genre de profil où le bois prend beaucoup de place n’est pas vraiment atteint. Il semble avoir été distillé trop haut et être (encore) trop jeune, bien que le coco soit là, ainsi qu’un peu de vanille et de caramel. Donnons-lui du temps. Il devient plus sombre et plus intéressant. Le tabac entre en jeu, ainsi des fruits : baies noires et agrumes, tandis que le coco s’intensifie. C’est un tout autre visage qu’il nous propose désormais ; tant mieux.
La bouche est à l’intersection du premier et du deuxième nez. Elle a des qualités mais on la voudrait plus tropicale et épaisse. L’alcool est présent sans être excessif pour autant. À noter la discrète présence d’agrumes et d’épices.
Il s’avère être moyennement long, sur les notes de coco, de bois épicé et d’une touche citronnée.
Il faut sans aucun doute lui laisser quelques minutes d’aération avant d’y plonger, il s’améliore alors grandement, mais sans devenir pour autant.
Zero Nine Spirits – Rh12 Blend TDL/Foursquare 2006 – 58.8 %

Plus de profondeur et une impression de yaourt aux fruits des bois, mûre et cassis peut-être. Présence plus chaude de chocolat au lait et de vanille. Jolie première impression. Le repos accentue la présence de bois, entre autres sous forme de tabac et de réglisse. L’évolution fonctionne.
Alors que l’attaque démarre doucement (autant en puissance qu’en arômes), le rhum va tranquillement s’imposer. Très homogène avec le nez, on retrouve les mêmes arômes (un peu plus de bois réglissé tout de même), ce qui fonctionne très bien.
La finale est assez longue et continue dans une logique implacable, bois et tabac prenant progressivement et lentement les rênes, pour une fraicheur qui disparait.
Un rhum qui se présente sans artifice et qui se tient à cette ligne directrice, avec beaucoup de succès.
Zero Nine Spirits – Rh14 Pur Jus de Canne Blanc – 61.1 %

Pur jus agrumé non dénué d’une petite note briochée et d’une touche saline. Sympa. Il lui manque peut-être d’un peu d’exotisme ou plutôt de gras, de corps mais il n’en demeure pas moins bien fait.
Net, frais, légèrement sucré, vif, il ne déçoit pas et livre ce qui avait été promis. L’alcool se remarque et on l’aimerait un peu plus aimable.
Cela se confirme sur la finale, qui prend des allures plus sèches et plus végétales.
Un rhum blanc pur jus de canne qui répond bien aux critères de la catégorie, qui souffre d’un petit déficit d’exubérance et de gourmandise.
Zero Nine Spirits – Rh15 Pur Jus de Canne (fût de Long Pond 10 mois) – 50.1 %

Ma première pensée a été de me dire : l’expérience n’est pas concluante. On perd le jus de canne sans vraiment gagner en gourmandise ou en funk. Pas très expressif, une note d’olive tente d’émerger. Pas folichon. Le pur jus ressort un peu sous un visage végétal après quelques minutes mais il a été sérieusement modifié par ces 10 mois en ex-fût de rhum jamaïcain. Un arôme médicinal arrive d’on ne sait où. Malgré tout cela, il devient tout de même un peu plus engageant.
La bouche ne modifie pas grand-chose, avec ses notes végétales, médicinales et de saumure d’olive (et un tout petit peu de canne).
La finale est relativement longue et confirme le profil de ce rhum.
Pas pour moi ce pur jus.
Zero Nine Spirits – Gin Underwater – 72.0 %

Gin classique, expressif, très porté sur la genièvre et l’alcool semble bien mesuré malgré les 72 %. Sans doute des racines et des agrumes également.
Gras, alcool maitrisé, un peu de sel (ou est-ce mon imagination ?), plus d’agrumes et un peu de fleur.
Un gin très séduisant, qui puisse son originalité dans sa texture et la touche salée.
Zero Nine Spirits – North British 1991 (33 ans) – 45.6 %

Voilà un whisky de grain, comprenez un whisky distillé sur colonne à haut degré. C’est donc naturellement le fût qui donne son profil aromatique au jus. Ici, les classiques coco et vanille. Oui, classique c’est le terme, on pourrait être sur un rhum.
La bouche est facile et on y retrouve les mêmes arômes.
La finale ? Pareil.
Ce n’est pas que ce soit mauvais, mais je m’ennuie ferme sur ces whiskies de grain, malgré leur gourmandise indéniable, comme sur ce 33 ans.
Zero Nine Spirits – Wh06 Armorik 2008 – 58.6 %

Il s’en passe des choses, des choses aguicheuses : des fruits, du cacao, du miel, de brioche et un boisé qui semble avoir été cramé en donnant une note fumée… Le tout sans occulter totalement la matière première. J’aime bien.
La note fumée gagne en présence sous le palais, après que le malt est fait une belle apparition sur l’attaque. Chaleureux, torréfié, épicé et « mûr », c’est une belle gourmandise.
Longue est la finale, sur la note fumée, qui prend des accents de cuir.
Le fût STR (shaved/toasted/re-charred) a bien dû donner. En tout cas, j’aime bien ce profil.
Zero Nine Spirits – Ar06 Domaine de Rounagle 2009 (Ténarèze) – 53.9 %

Pas simple de reconnaitre un armagnac (ce n’est pas la première fois que je me dis ça sur un Ténarèze). Il se dévoile à la fois profond, avec un boisé confit – sucre roux – et fruits à coque, mais aussi frais, sur des notes plus végétales et fruitées. Intéressant. Il fait plus que son âge.
Texturé et plus sombre en bouche, le boisé prend de l’ampleur et prend des airs réglissés. L’alcool, parfaitement dosé, porte bien les arômes de ce profil inédit.
La finale s’avère longue et boisée, avec un petit quelque chose de végétal.
Intriguant et réussi, même si j’aurais aimé lui trouver plus de fruits.
Zero Nine Spirits – Ar04 Domaine de Rounagle 1998 (Ténarèze) – 56.5 %

La concentration monte d’un cran, le bois aussi. Un côté boite à cigare est rejoint par les fruits à coque, noix en tête. Il y a aussi un quelque chose de fruit hyper mûr, voire séché, confit, puis remariné dans son jus, épais et collant.
Le boisé est massif, les papilles se resserrent légèrement devant les tannins. La réglisse fait à nouveau une entrée remarquée, alors que la puissance est bien dosée.
Le palais est marqué de façon durable par le bois et le cuir. Après quelques instants, une noix torréfiée s’installe.
Il flirte avec le trop de bois, limite. Manque de gourmandise pour moi.
Zero Nine Spirits – Ar08 Domaine de Rounagle 1986 (Ténarèze) – 51.5 %

Moins expressif que le précédent, il offre un boisé sombre, cendré ; il ferait même un peu penser à de la poudre de feu d’artifice. Réglisse et tabac sont aussi de la partie et tout ça nous fait nous demander s’il ne sera pas trop boisé par la suite. Facile de passer à côté d’une discrète trame exotique de fruits mûrs, ainsi que du curry.
Moins « violent » que prévu niveau bois, l’attaque est même très douce et l’alcool se fait complètement oublier. Aromatiquement, c’est tout de même bien le fût qui fait le gros du travail ; le boisé est très sombre, avec un peu de cuir, de tabac et de réglisse. Certes, d’autres arômes seraient les bienvenus mais il ne souffre pas d’astringence pour autant.
Longue et boisée est la finale (non, rien de surprenant).
J’avais un peu peur, mais finalement, ce 1986 contrôle mieux son boisé que le 1998, pour un résultat assez plaisant.
Quelle balade ! Encore une fois, il y en a pour tout le monde avec de telles sélections. Il n’est juste pas simple de s’y retrouver devant la pléthore de sorties. La multiplication des embouteilleurs indépendants multi-spiritueux décuple l’offre, il faut tenir le rythme.
Quoi qu’il en soit, il y a quelques jolies sélections sur cette série, qu’il s’agisse de rhum, de whisky ou d’armagnac.


