Il arrive qu’au fil des occasions et des échantillons achetés, on se retrouve avec un certain nombre de samples provenant d’une même distillerie. C’est exactement ce qui m’est arrivé avec les rhums de chez J.Bally ; des références millésimées s’étalant sur presque soixante-dix ans.
J’ai enfin pris le temps de déguster ces rhums, qui, comme on pouvait s’y attendre, proposent des profils très variés et je dois dire, plus ou moins réussis.
Remontons le temps, en partant par des références “récentes”, jusqu’aux vieilleries de la première moitié du 20ᵉ siècle, dans la seconde partie 🙂
J.Bally 1998 – 42 %

Moyennement expressif. Boisé humide, un peu renfermé, épices douces. Quelque chose ne va pas/ne me plait pas. C’est peut-être le bâton de réglisse qui me dérange, ou une note de cire. Dominante, elle déséquilibre l’ensemble. Le deuxième nez accentue la verdeur et il fait alors moins que son âge – on croirait davantage être sur un VO qu’un millésime. J’en viendrai presque à me demander s’il n’y a pas eu un souci de fût (trop vieux par exemple). Au bout d’un moment, les « défauts » disparaissent et il devient alors un peu passe-partout.
Même si l’intensité est correcte (l’alcool surprend même un peu) on retrouve ce boisé et cette verdeur qui m’ont déplu au nez. Pas mal d’épices aussi, dont du poivre.
Finale moyennement longue, boisé et miellée. Asséchante.
Moyen. Pas mon style, sans qu’il soit vraiment foiré pour autant.
J.Bally 1992 – 45 %

De surprenantes notes de champignon se situent au premier rang, ne laissant que peu de place aux arômes boisés, épicés et torréfiés. Cet arôme tertiaire est tellement présent, qu’il s’agit probablement d’un défaut de l’échantillon (sans que ce soit réellement désagréable). Le second nez confirme la présence champignonnée (ainsi que les épices), tout en faisant ressortir une touche mentholée. Très étrange. Le repos ne fait plus évoluer son profil “champignon au menthol”. Ai-je mentionné que c’était bizarre ?
L’attaque déçoit : fine, faible, aqueuse… Les arômes s’avèrent être assez plaisants (y compris le champignon) mais il apparait comme dilué, manquant cruellement de concentration. L’avantage : on peut le garder en bouche sans aucun problème afin de profiter des arômes.
La finale se trouve être l’étape la plus agréable. Longue, elle évolue sur une trame de bois, de fruits à coque et d’épices, y compris la vanille.
Sans doute un souci de sur-aération sur cet échantillon. Dommage.
J.Bally 1982 – 45 %

Moyennement expressif. Fruits confits, fruits au sirop, boisé épicé et vanillé. Il se fait de plus en plus frais et aérien, en parallèle à une montée des épices. Petite pointe savonneuse. Le repos le rendrait presque plus discret. Le second nez n’est pas sans rappeler celui du 1975 (vous allez voir), particulièrement sur ce boisé noir et piquant ; l’évolution n’est donc pas très heureuse. On détecte tout de même des fruits secs, pruneaux et figue. Quelques minutes plus tard, l’équilibre se crée entre les fruits, le bois toujours cramé et la vanille. Pas complètement réussi, il donne quand même du plaisir.
Texture et intensité correctes, il offre plus de fruits que les précédents même si le boisé est bien en place. L’ensemble est très agréable. La puissance est bien dosée. Fin de bouche gourmande.
La finale est dans la même veine, assez équilibrée, même si de plus en plus sombre (encore réglisse, tabac et boisé empyreumatique). Fin de dégustation sur la girofle.
Bien ce 1982. Le passage savon était très éphémère et finalement, contrairement à beaucoup de rhums, le nez était sans peut-être l’étape la moins réussie (sans être ratée).
J.Bally 1975 – 45 %

Moyennement expressif. Boisé, cerise, noyau, colle/peinture. Légers fruits à coque. Avec du repos, le côté colle devient en partie amande et la vanille fait surface, aux côtés du cacao. Encore plus de temps passé dans le verre et agiter le liquide va changer son profil. Plus épicé, plus sombre et presque porté par un boisé cendré et un peu piquant, il devient moins attirant et il faudra aller chercher la gourmandise au fond du verre. Cette dernière ressortira un peu, avant que le rhum ne se pose, perdant un peu de son expressivité.
Plus de concentration en bouche, c’est appréciable. Boisé piquant, comme au nez et toujours chaud, empyreumatique et torréfié. Quelques épices.
La finale reste intense un bon moment, essentiellement sur le bois et un peu de noix torréfiée. Réglisse et tabac sont aussi de la partie.
Moyen plus, il a certaines qualités (la concentration en bouche, l’amande du nez) mais aussi des défauts, avec ce boisé piquant.
Voilà pour ces quatre premiers J.Bally, il va falloir attendre un peu pour le second article et son lot de références encore plus anciennes !










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