Il est temps de clore cette série d’article consacrés aux rhums de Demerara embouteillés par Velier dans les célèbres bouteilles noires. Et pourquoi ne pas le faire de belle manière, avec deux rhums distillés dans les années 70 ?
Je n’avais encore goûté ni l’un, ni l’autre mais des samples m’attendaient, samples achetés à Marc (qui d’autre aurait pu faire une chose pareille ? :D) il y a quelques temps de cela.
Velier Demerara – Port Mourant 1974 (34 ans) – 54.5 %

Notons tout de suite que ce 1974, ainsi que les deux autres Port Mourant sortis en 2008 (le 1972 et le 1975), ont une part de vieillissement continental (comme indiqué sur l’étiquette). Pas moyen en revanche de connaitre de ratio d’élevage sur place et en Grande Bretagne. Bref, place à la dégustation.
On se rend tout de suite compte qu’il n’est pas là pour rigoler. Il nous envoie des directs de noix, de raisins secs, de réglisse, de cuir, de torréfaction, de terre et de boisé légèrement piquant. Et puis il y a une autre famille aromatique, plus végétale et fruitée, avec de l’amande, une touche d’agrume et du kirsch. Sa nature PM-esque se détecte grâce au mélange entre cette eau-de-vie de cerise et le boisé piquant (heureusement pas de savon). Un nez massif et complexe, résolument situé sur un fil sombre.
Ouhla la concentration ! La texture épaisse nous donne l’impression d’être avec de la mélasse en bouche tant c’est riche et collant. Une mixture où auraient infusé trop longtemps du thé, des fruits secs, du cuir et un peu de tabac. Ce n’est pas trop boisé en soit, mais il y a tout un même quelque chose d’extrême dans la noirceur. Là où le nez gardait l’équilibre, la bouche le perd.
La finale est interminable sur cette partition boisée/mélassée/amère et discrètement salée. On croit avoir un dépôt partout en bouche, qui prolonge l’expérience.
C’est un monstre. L’intensité, la concentration et la longueur sont remarquables. La gourmandise et le plaisir qu’il procure le sont moins.
Velier Demerara – Skeldon 1973 (32 ans) – 60.5 %

Je m’attendais à ce que la différence entre ces deux antiquités soit minime, le bois prenant le dessus, il n’en est rien. Oui, il y a du bois, oui, il y a de la torréfaction, mais il y a (surtout) un côté fruits des bois que je n’attendais pas là. Il partirait presque sur une note bonbecs. Ça lui va drôlement bien, d’autant que tout s’équilibre à merveille. Le café, le sucre cuit, la mélasse, le tabac et le boisé se trouvent pepsés par cet arôme cassis/mûre, et, avec encore plus de repos, un voile coco/amande fait son apparition. J’aime beaucoup.
L’attaque est saisissante, très expressive et puissante (sans brûler ; l’alcool est peut-être mieux dosé que sur le PM 74). En revanche, la texture est plus fluide que sur le précédent, sans que ce soit vraiment gênant pour autant. La concentration aromatique est époustouflante ; on retrouve les belles associations du nez, entre sombre et frais, torréfié et fruité. La fin de bouche, à peine les quelques gouttes avalées, offre une bouffée intense et envoutante de tous les arômes entremêlés. Un vraie claque de plaisir.
Ce Skeldon ne veut pas nous laisser tranquille et compte bien faire durer la dégustation aussi longtemps que possible. La trame sombre prend progressivement le dessus, alors que les fruits secs et le coco reculent. C’est maintenant que le boisé se manifeste le plus franchement, accompagné d’une certaine amertume.
Je me souviendrai de ma première fois avec ce Skeldon 1973. Je l’attendais trop boisé (c’était ce que j’en avais entendu dire), naïf que j’étais, et je l’ai trouvé délicieux, tout simplement.
Je ne sais pas vous, mais moi je trouve que c’est une belle conclusion à ces dégustations Demerara par Velier. Bien sûr il y a beaucoup d’autres de ces rhums habillés d’une bouteille noire et je vous laisserai les découvrir sur d’autres sites, par exemple chez Olivier (dans cette série d’articles) ou, bien sûr, chez Cyril : filez sur la partie Guyana. Et si vous vous perdez sur mon blog, vous pourrez également en apprendre plus sur ces rhums, sur Velier, sur Luca Gargano mais surtout sur ma rencontre et ma passion pour ces expressions si spéciales : c’est par-ici.
Demerara par Velier – Partie 1 : Uitvlugt 1996, Diamond and Versailles 1996 et Diamond 1999
Demerara par Velier – Partie 2 : UF30E 1985, Diamond 1996 (16 ans) et Port Mourant 1997
Demerara par Velier – Partie 3 : Enmore 1988, Uitvlugt 1990 et Enmore 1998
Demerara par Velier – Partie 4 : Albion 1983 et Blairmont 1982










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