Distilia : Enmore 28 ans, Versailles 36 ans et Caroni 24 ans

En fin d’année dernière, je vous proposais un article dans lequel je dégustais mes premières sélections par Distilia : The Golden Age of Piracy. Le niveau était globalement très élevé, aussi étais-je assez excité à l’idée de me frotter à d’autres références, encore plus prestigieuses.

C’est ce que je vous présente ici, trois rhums d’exception (oui, les prix sont à l’avenant). Mais bien que ce soit le cas sur le papier (Enmore 1994, Versailles 1985 et Caroni 1998), cela va-t-il est confirmé à la dégustation ?

Distilia Enmore 1994-2023 REV – Victoria Amazonica (28 ans) – 51.8 %

Distilia Enmore 1994-2023 REV - Victoria Amazonica (28 ans) – 51.8 %
Distilia Enmore 1994-2023 REV – Victoria Amazonica (28 ans) – 51.8 %

Dès le nez à quelques centimètres du verre, je sais que je me trouve face à un Guyana tel que je les aime. Très expressif mais surtout sombre et gluant. Aromatiquement, il évolue sur une trame bien « dark », une mixture où la mélasse réglissée, le tabac, le cuir, le café et un caramel bien poussé s’associent. Et puis, une facette plus fraiche, herbacée et presque médicinale, vient lui donner juste ce qu’il faut de mordant. Le repos ne change pas grand-chose, réglisse et torréfaction étant toujours aux avant-postes ; il peut faire craindre un boisé trop marqué en bouche. Le second nez fait justement ressortir le boisé au travers de la taille de crayon, ce qui peut s’avérer être synonyme d’une extraction trop importante. Cependant, les autres protagonistes sont toujours là et la noix – brûlée – montre le bout de sa coquille. On va voir ; en tout cas, il est exceptionnellement expressif.
L’intensité dès l’attaque ne surprend ni ne déçoit et les papilles se resserrent légèrement. L’écueil boisé est évité, bien que son caractère sombre et profond domine. Il n’est pas exempt d’une certaine rondeur chaleureuse et chocolatée, qui marche drôlement bien.
La finale est longue, le palais durablement marqué par la réglisse, le boisé à tendance taille de crayon et des notes empyreumatiques diverses et variées.

Punaise, c’était bon ! Les craintes sur le deuxième nez se sont avérées infondées, du coup, il n’y a pas grand-chose à redire.

Distilia Versailles 1985-2022 Enmore MEV – Greenheart Collection (36 ans) – 50.4 %

Distilia Versailles 1985-2022 Enmore MEV - Greenheart Collection (36 ans) – 50.4 %
Distilia Versailles 1985-2022 Enmore MEV – Greenheart Collection (36 ans) – 50.4 %

Absolument rien à voir avec le précédent. Plus fin sans être timide pour autant, le fût a marqué le liquide de manière bien différente, avec de la taille de crayon, de l’eucalyptus et quelque chose qui rappelle un polycopié. La (relative) gourmandise provient d’un étonnant mélange sucré/salé, de sauce soja et de vanille ; pourquoi pas. Encore sur la réserve, on va lui donner plus de temps. La maîtrise de l’alcool permet d’y plonger le nez et de passer outre le bois, pour y trouver du zeste d’orange, une feuille de menthe et une demi olive. Il se passe pas mal de choses mais cet écran boisé est un peu trop massif pour moi. Une fois le liquide étalé sur les parois du verre, la vivacité monte d’un cran sans déranger et, alors que le bois ne recule pas, c’est la fraicheur herbacée et agrumée qui monte d’un cran. Il devient alors plus aimable et plus équilibré, sans me convaincre tout à fait.
Franchement déstabilisant ! La texture et l’alcool sont parfaits mais les arômes – très complexes et inattendus – laissent un peu bête. Nos agrumes, la taille de crayon, du goudron (ah oui ?), la menthe, de la réglisse… Pas simple à décortiquer mais je dois admettre que ça fonctionne. La fin de bouche, chaleureuse, est même très agréable une fois le liquide avalé.
La finale est très longue, empyreumatique, médicinale, boisée, réglissée.

Cet ancêtre a quelques arguments à faire valoir, mais il reste, selon moi, plus un rhum d’analyse que de plaisir.

Distilia Caroni 1998-2022 – Cask #1 Lion’s Whisky (24 ans) – 61.6 %

Distilia Caroni 1998-2022 - Cask #1 Lion’s Whisky (24 ans) – 61.6 %
Distilia Caroni 1998-2022 – Cask #1 Lion’s Whisky (24 ans) – 61.6 %

On retombe sur un profil bien « heavy » avec ce troisième rhum. Tropical, humide, lourd et tellement captivant, il nous attire à grands renforts d’hydrocarbures, de cuir, de vanille bien grasse, de tabac à chiquer (je ne suis pas sûr d’en avoir déjà senti mais c’est l’idée que je m’en fais) et de pâtisserie cramée sur les bords mais à la pâte encore crue au centre. Les minutes défilant, ce Caroni conserve tout son attrait. De nouveaux arômes tentent de se faire une petite place : l’olive, le zeste d’orange et une impression vinique, comme on pourrait avoir dans un verre de vin rouge vide.
La puissance est très joliment maitrisée, il n’agresse pas sur l’attaque et peut être gardé en bouche (à condition de ne pas en prendre trop). Outre la typicité Caroni marquée, c’est alors le praliné qui se remarque – j’adore le praliné – mais auquel on aurait adjoint un peu de saumure d’olive (ils sont fous chez Caroni). Quoi qu’il en soit, ce joli bazar est délicieux.
Comme prévu, la finale est interminable sur une association caronesque (fumée, goudron, cendres) et beurrée. Miam.

Encore une superbe sélection, un Caroni sale et gourmand.

Cette nouvelle dégustation confirme tout le bien que j’avais pensé des embouteillages Distilia suite à ma découverte des Golden Age of Piracy. Vivement la suite !

Leave a comment