Demerara par Velier – Partie 3 : Enmore 1988, Uitvlugt 1990 et Enmore 1998

Voici trois nouveaux rhums de Guyane Anglaise embouteillés en flacon noir chez Velier. Vous allez le voir, il y a comme un léger changement de vibe avec ces trois références, dont deux on bénéficié d’un vieillissement continental.

Velier Demerara – Enmore 1988 (20 ans) – 51.9 %

Velier - Enmore 1988 (photo Row Spirits)
Velier – Enmore 1988 (photo Row Spirits)

Sans réelle surprise, on change totalement de registre par rapport aux rhums dégustés dans les deux premiers articles. Le vieillissement continental a laissé son empreinte. Le liquide est bien moins chaleureux, profond et confit. À l’aveugle, on pourrait le confondre pour un rhum d’une autre origine (par exemple un Clarendon jamaïcain, lui aussi au vieillissement continental). Son identité est menée par l’amande, un côté chimique (colle), la pêche et un boisé assez discret (taille de crayon). Pris en tant que tel, ce n’est pas mal mais il supporte mal la comparaison avec ceux qui ont été élevés sous les tropiques. Cela manque cruellement de concentration et de gourmandise.
Plus vif que prévu, il faut se méfier de sa puissance ; heureusement la texture huileuse aide. Aromatiquement, on retrouve le même boisé (un peu plus expressif), la pêche et le mélange amande/colle. Cependant, apparait une note plus sombre, empyreumatique, presque brûlée, qui apporte quelque chose de nouveau et de bienvenu.
La finale, très longue, forme une sorte de medley de tous ces arômes pour un résultat pas si avenant, encore fois, la gourmandise lui fait défaut. Non, vraiment pas mon style.

Il faut que je vous raconte les conditions dans lesquelles j’ai ouvert et dégusté cette bouteille pour la première fois. Cela ne faisait pas si longtemps que je l’intéressais au rhum et j’avais découvert encore plus récemment les rhums Velier, grâce à des références, telles que l’UF30E, le Blairmont 1991 ou encore le Port Mourant 1997 ; mais aussi, et surtout, l’Enmore 1995 (dont j’ai vidé trois bouteilles depuis). Dans mon esprit, Enmore était donc synonyme de cette gourmandise concentrée si envoutante.
Lors d’un été en Italie, je m’étais mis à la recherche de bouteilles sélectionnées par Luca Gargano et j’avais eu la chance d’en trouver quelques-unes (je vous raconte tout dans une série de 4 articles sur le blog, voici le premier), dont un Enmore 1988 en double exemplaire (l’un des deux offert à Freddy de chez A’Rhûm pour le remercier de m’avoir si bien « éduqué » au monde du rhum).
En remontant d’Italie en voiture, on fait un arrêt en Bourgogne, dans la famille, et voulant faire plaisir à nos hôtes, je me dis « Ouvre donc ton Enmore 1988, il doit être encore meilleur et plus abordable que le 1995. » Et là, énorme déception, à la fois de proposer quelque chose d’assez sévère et en même temps de ne pas du tout retrouver cette identité que j’aime tant. Le flop.

Velier Demerara – Uitvlugt 1990 (17 ans) – 66 %

Velier - Uitvlugt 1990 (photo Row Spirits)
Velier – Uitvlugt 1990 (photo Row Spirits)

Pas de doute, nous voilà de nouveau face à un rhum qui aura passé le plus clair de son temps sous un climat continental. Il est cependant assez différent du précédent. Fleurs blanches, fruits jaunes, taille de crayon, une touche empyreumatique et, par moment, un peu de beurre. Certes, là encore, la gourmandise confite typique du Demerara tropical est absente mais on découvre un profil assez unique et pas sans intérêt.
Les 66 % d’alcool sont brutaux ! Même une goutte suffit à enflammer la bouche. Pas simple dans ces conditions d’en apprécier les arômes. On peut tout de même identifier la taille de crayon, les fruits jeunes, une peu d’amande et toujours une impression empyreumatique.
Heureusement, l’impression alcooleuse s’estompe rapidement sur la finale, qui par ailleurs prend son temps avant de s’éteindre, toujours sur les mêmes notes.

Bien qu’il ait été distillé sur l’alambic Port Mourant, on n’en identifie pas vraiment sa trame habituelle, tant mieux. Mais bon, l’expérience n’est pas franchement plaisante et le nez tire son épingle du jeu.

Velier Demerara – Enmore 1998 (9 ans) – 64.9 %

Velier - Enmore 1998 (photo Row Spirits)
Velier – Enmore 1998 (photo Row Spirits)

Retour au vieillissement tropical, yeah ! Mais sur un compte d’âge très bas, puisque ce rhum n’a que 9 ans. Il se dévoile plus aimable que les deux précédents, plus riche et chaleureux (mais rien à voir avec le 1995, ou les rhums dégustés dans l’article précédent), malgré une puissance alcoolique marquée. C’est étonnamment une facette végétale qui nous accueille, une sorte de verdeur médicinale, alliée à l’alcool, ça n’a pas grand-chose d’engageant. Heureusement, des notes – trop discrètes – d’orange et de framboise se manifestent.
L’attaque offre une certaine sucrosité, qui ne suffit malheureusement pas à compensez les 64.9 %. Ce premier contact laisse présager une bouche assez réussie, avec un peu de noix, de vanille et de la rondeur mais il s’arrête en chemin et nous ramène vers sa verdeur, mâtinée, ici, de mélasse.
La finale, plutôt longue, prend une direction empyreumatique, de tabac, de réglisse et quand même encore un peu de vanille. Exit les fruits et le début de gourmandise.

C’est à la dégustation que je me suis rappelé m’être déjà frotté à ce Enmore. Mes notes de dégustation sont vraiment très semblables à celles de cet article. Bref, je n’aime toujours pas.

Au cas où il était besoin de le démontrer : non, les Demerara embouteillés par Velier ne sont pas tous bons. Heureusement, ces embouteillages très jeunes ou au viellissement continental restent des exceptions. Le prochain article devrait le démontrer 🙂

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