Je n’allais pas rester sur “l’échec” de la dégustation précédente. Il me fallait me remettre les papilles d’aplomb en frappant un grand coup. Rien de tel que de se plonger dans les années 80, pas forcément les plus connues parmi ces sorties Velier, ou en tout cas, pas les plus dégustées, les années 90 remportant aisément la palme.
Pour cette session, l’Albion 1983, que j’avais goûté il y a très longtemps et le Blairmont 1982 dont j’avais récupéré un sample il y a plusieurs années mais que je n’avais encore jamais dégusté. Voyons voir si ces deux vieux vont pouvoir me réconcilier avec les demerara Velier.
Velier Demerara – Albion 1983 (25 ans) – 46.4 %

Léger en alcool ? Peut-être. Léger en intensité aromatique ? Sûrement pas ! C’est d’abord la noix de coco qui se ressent, qui, alliée à d’autres notes gourmandes de vanille et plus généralement de bourbon et de pâtisserie, rendent ce nez très attractif. Et puis viennent des représentants de la fraicheur, avec des agrumes et un air floral. Les minutes s’égrainant, des notes plus profondes de tabac, de bois et de mélasse font leur apparition. L’ensemble se fait très avenant, rond, complexe et semble produire une légère acidité.
Ce sont ces dernières impressions du nez qui ressortent sur l’attaque, avec cette acidité boisée et des arômes sombres, de tabac et de mélasse toujours, mais aussi de caoutchouc. Le coco grillé et les agrumes ne sont pas bien loin pour former une identité particulière et réussie. Il est fréquent que l’on souhaite qu’un spiritueux soit moins réduit pour lui donner plus de relief et d’intensité, je n’ai pas eu ce sentiment ici, ni en puissance, ni en texture.
La finale déroule un long moment, en commençant par les notes de coco et d’agrumes (l’acidité est toujours présente, est-ce que ce ne serait même pas plutôt acidulé maintenant ?), avant de progressivement laisser la place à son profil plus noir : mélasse, boisé, caoutchouc et toujours une pointe de coco grillé.
C’est délicieux. Je craignais que mon sample soit trop vieux, que nenni. Peut-être a-t-il changé un peu, entre autres en développant sa trame coco, mais l’intensité, la complexité et le plaisir sont toujours au rendez-vous !
Velier Demerara – Blairmont 1982 (29 ans) – 60.4 %

Passer après l’Albion 1983 le dessert sans doute un peu. Le précédent était totalement ouvert et offert, rendant rapidement ses arômes disponibles et accessibles. Ici, la puissance alcoolique parait les bloquer un peu au fond du verre. Attention, il a quand même bien des choses à offrir mais on le sent puissant et massif. La première impression est très concentrée, dans un style balsamique mais en faisant la part belle à des arômes gourmands de coco (oui encore, il y en a très souvent sur les Demerara au vieillissement tropical), de fruits secs et de caramel. Parallèlement, c’est un boisé aux accents mélassés et torréfiés qui se développe. Il se « détend » avec plus de repos, et tous ces acteurs jouent ensemble et offrent un sacré spectacle à nos narines.
Puissance et concentration se confirment dès qu’il percute la langue. Cette substance épaisse et structurée dévoile les mêmes arômes que sur le nez (avec une montée du café) ; on les retrouve tous, ce qui en fait une bouche à la fois : intense, gourmande, profonde, complexe, massive et ô combien jouissive !
Surprise (ou pas), ce Blairmont 1982 se fait très persistant. On démarre sur le coco et les fruits secs, avant que le tabac n’arrive, puis que le bois se rende maître de cette finale, avec une touche d’amertume.
Je ne crois pas avoir déjà goûté ce rhum, et il était temps ! Là où certains Demerara Velier sont très agréables mais menés par la gourmandise seule, celui-ci propose différents niveaux de lecture et bénéficie d’une palette plus large. Pour les flemmards : c’est très très bon.
Je me doutais que j’allais en prendre plein les papilles, et je n’avais que peu de doute quant à la capacité de ces deux licornes à me remettre sur le droit chemin.
Je suis fin prêt pour attaquer mes deux derniers Guyana Velier, qui, comme moi, sont nés dans les seventies 😉
Demerara par Velier – Partie 1 : Uitvlugt 1996, Diamond and Versailles 1996 et Diamond 1999
Demerara par Velier – Partie 2 : UF30E 1985, Diamond 1996 (16 ans) et Port Mourant 1997
Demerara par Velier – Partie 3 : Enmore 1988, Uitvlugt 1990 et Enmore 1998










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