Les goûts et les couleuvres

Un article un peu particulier pour vous aujourd’hui.

A la recherche d’informations pertinentes sur la bouteille.

Un article qui n’aurait sans doute pas vu le jour sans les nombreux débats qui ont animé la communauté du rhum ces derniers temps. Les détracteurs et les défenseurs s’en donnant à cœur joie. La passion a été au centre de ces échanges parfois… “animés”.

Et je dois vous avouer ne pas savoir par quel bout aborder le sujet alors que je commence à écrire ces lignes.
L’objet de ce débat est la marque Don Papa.
Plusieurs articles, meilleurs que celui que je suis en train d’écrire, existent déjà sur le sujet :
– celui de Cyril “Durhum”, que l’on ne présente plus, par-là
– la note de dégustation de Henrik “Rum Corner”, en anglais dans le texte, : ici-même
Quand je dis ne pas savoir par où commencer c’est surtout parce que plein de critiques ont été formulées à l’encontre de cette boisson (j’évite le mot “rhum” à dessin). Je vais commencer par parler des deux principales.
Justement pour débuter :
Ce n’est pas du rhum
Souvent formulé par “C’est du sirop contre la toux”. Il est vrai que gustativement on est assez loin d’un rhum et plus proche d’un liqueur d’orange à la vanille par exemple.
Cet alcool a le mot “rum” écrit sur la bouteille, est-ce justifié ? Dur à dire… La législation sur le rhum est large et énormément de produits très différents peuvent s’appeler ainsi. On pourrait s’arrêter là et donc ne pas penser plus loin ; je comprends que certains le fassent. Mais il me semble judicieux de se demander qu’est-ce qui fait d’un rhum… un rhum. Peut-on y ajouter tout ce qu’on veut sans en changer la nature même ? Peut-on en altérer le goût à l’extrême et toujours apposer le nom rhum sur la bouteille ?
Bien sûr il n’est pas facile de savoir ce qui est ajouté quand il n’y a aucune obligation de l’indiquer sur l’étiquette.
Et c’est là une autre critique dirigée contre le Don Papa.
Plus d’info intéressantes ici ? Non.

Il n’y a aucune transparence

Là, pas vraiment de débat, c’est vrai, il n’y a que trop peu d’informations à son sujet. On parvient à trouver la distillerie des Philippines dont il est issu ainsi que des données relatives au traitement des fûts dans lequel il est vieilli (a priori 7 ans) mais c’est à peu près tout.
A nouveau, la législation n’oblige en rien le producteur à indiquer ce qu’il ajoute dans son rhum, ce qui fait que certains ne se privent pas.

Ce problème ne concerne malheureusement pas que ce rhum et énormément de marques profitent de cette absence de réglementations (ou pour être plus précis de la non application des règles existantes, ce qui revient certes à la même chose in fine mais ce qui veut aussi dire qu’il y a déjà des textes) pour s’en donner à cœur joie et ajouter, par exemple, beaucoup de sucre voire de glycérine pour rendre leur produit plus flatteur.
Des analyses en laboratoire ont été réalisées afin d’en savoir plus sur sa composition, elles montrent, entre autre, la présence des deux éléments cités plus haut.
D’autres analyses sont brandies par les défenseurs de la marque, la plupart travaillant pour le distributeur français, Dugas. Les résultats de celles-ci montreraient, à l’inverse, qu’aucun n’ajout de glycérol n’a été détecté.

Afin de répondre à ces arguments, les défenseurs du breuvage ne sont pas en reste et y vont leur propre plaidoyer.

Ce rhum permet à de nombreux cavistes de vivre
Il est indiscutable que cette boisson se vend très bien et rapporte donc aux vendeurs. De là à dire que cela les fait vivre, c’est différent – les cavistes étaient quand même là avant son apparition. Mais oui ils ne doivent pas s’en plaindre.

Peut-être là alors ? Hmmm, non toujours pas.

En revanche ce qui m’ennuie personnellement, ce sont les cavistes qui essayent de le refourguer à tout va. Quand mon oncle explique à son caviste qu’il cherche un rhum pour son neveu qui est amateur et connaisseur et que celui-ci lui sort immédiatement un Don Papa, ben je trouve que c’est du foutage de gueule.

Ce rhum permet à de nombreuses personnes de mettre un pied dans cet univers
C’est en partie vrai. Ce qui est sûr c’est pas mal de monde ne connait pas le rhum (ou tout autre spiritueux) ou alors l’associe à de mauvais rhums blancs, tout sauf sucrés. Du coup quand ils trempent les lèvres dans cet alcool sirupeux et très porté sur l’orange, et qu’ils voient cette bouteille si séduisante, leur cerveau ne fait qu’un tour : c’est bon.
Maintenant, j’ai moi aussi mis un pied dans le rhum par l’entremise d’un rhum sucré, l’El Dorado 12 ans et j’ai ensuite évolué au fil du temps vers autre chose. Alors oui, cela peut permettre à certains de se frotter au Rhum et c’est pas mal. Mais il y en a aussi beaucoup d’autres qui pourraient remplir la même fonction (et qui auraient une goût de rhum).

Quelques rhums de qualité. Selon mes critères en tout cas, dont certains moins chers que le Don Papa.

S’il n’était pas bon, il n’aurait pas autant de succès
Ça se saurait si succès était synonyme de qualité.
Le problème ici est la notion de “qualité” justement ; comment la définir ? S’agit-il principalement de la matière première utilisée, du processus d’élaboration (fermentation, distillation…), de l’utilisation la plus réduite possible de machines, de non ajouts quels qu’ils soient, du type de culture : raisonnée voire bio ou encore simplement du goût ?
Je ne vais pas me risquer à tenter de répondre à cette question mais ce que l’on peut voir c’est sa complexité et ses nombreuses ramifications. Il semble évident que choisir un unique élément pour définir la qualité est simpliste.

Dernière tentative : un chien-rat… bon tant pis.

Pour faire un parallèle – qui a ses limites – McDo a beaucoup de succès mais tout le monde s’accorde à dire qu’il ne s’agit pas de nourriture de qualité.

La douceur de certains rhums peut provenir des fûts utilisés
Oui, la douceur de certains rhums peut provenir des fûts utilisés (comprenez des fûts qui ont contenu précédemment un alcool qui pourrait adoucir le rhum durant son vieillissement). Mais soyons sérieux, ce n’est pas le cas ici présent. Et ce n’est d’ailleurs pas ce que disent les défenseurs du Don Papa. Ce breuvage est bien trop sucré pour que seuls les fûts utilisés expliquent ce côté liqueur.
Il est important de se poser la question : “Est-ce mal d’ajouter du sucre à un rhum ?”. Je pense que la réponse est non, bien que personnellement je n’apprécie plus les rhums sucrés, qui ne sont plus à mon goût (la plupart du temps). Je pense que ce n’est pas un problème en ce sens qu’un certain public apprécie ces alcools très sucrés, mais alors il faut clairement le dire, l’indiquer, l’écrire !
Je ne pense pas être un défenseur intégriste de la transparence mais là quand même, indiquer ce qui est ingéré me semble tout simplement être du bon sens.

Je n’ai certainement pas fait le tour de la question; je n’ai que couché sur le papier les quelques pensées qui me trottaient dans la tête.

Vous aurez compris – j’imagine – que je ne suis pas un grand fan de cette marque et je pense que vous savez également que cela ne va rien changer à son succès.
Cependant, cet article me permet aussi de saluer les efforts de plus en plus nombreux d’un certain nombre d’acteurs du monde du rhum, qui tentent tant bien que mal d’encourager une plus grande transparence de la part des producteurs ainsi qu’une prise de conscience et un désir critique de la part des consommateurs.
L’écho trouvé est encore limité mais, pour le bien du Rhum, je souhaite sincèrement que producteurs et consommateurs prennent conscience de l’importance d’une plus grande clarté.

One thought on “Les goûts et les couleuvres

  1. Pingback: Mon Rhum Fest 2017 – partie 2 | Les rhums de l'homme à la poussette

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