Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s

Il peut arriver qu’au fil des années, les échantillons s’accumulent sans que l’on trouve le temps ou l’occasion de les goûter. Et quand je dis qu’ils s’accumulent, c’est un euphémisme, même si j’ai beaucoup ralenti sur les nouvelles acquisitions. Finalement, quand on regarde ce qu’on a en magasin, il arrive qu’on souhaite simplement se faire plaisir, tout en explorant une catégorie particulière de rhums. C’est précisément ce que j’ai voulu faire pour cette dégustation. Merci aux sampleurs fous, que ce soit Pietro, Olivier ou encore Philippe 😉

Caroni 1983-2005 – 52%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1983-2005 – 52%
Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1983-2005 – 52% (merci Thomas)

Nez : pas de doute, c’est un Caroni (je sens que je vais écrire cette phrase à de nombreuses reprises lors de cette dégustation), mais un Caroni relativement doux et loin d’être explosif. Peu d’acteurs, avec dans les premiers rôles : hydrocarbures, vanille, bois et cuir. Une pointe acide et sucrée d’orange apporte un peu de fruité bienvenu. Plus de repos le classera définitivement dans la famille des Caroni vanillés, comme on a pu en voir pas mal chez certains embouteilleurs indépendants.
Bouche : la bouche est encore un cran en dessous, elle manque cruellement d’intensité et n’a à offrir que des hydrocarbures et du bois.
Finale : ce dernier va gagner en présence et va se faire amer.
Le nez pouvait encore laisser penser que nous étions face à un rhum simple mais efficace, eh bien même pas.

Caroni 1983-2008 – 55%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1983-2008 – 55%
Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1983-2008 – 55% (merci Olivier)

Nez : moins Caroni que le précédent, il se développe sur un profil plus chaud, avec un côté pâtissier. L’équilibre vient d’une facette végétale. Comme sur le premier, il est loin d’être exubérant. Son origine devient plus évidente avec du repos. Le second nez est une copie conforme du premier, avec un peu plus de puissance.
Bouche : les trois pour cents supplémentaires se sentent de trois façons : alcool limite, arômes plus explosifs et texture agréable.
Finale : beaucoup moins longue que ce à quoi je m’attendais, elle s’éteint rapidement sur des notes végétales et hydrocarburées.
Un peu mieux que le précédent mais il est loin de n’avoir que des qualités.

Caroni 1984-2008 – 58.3%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1984-2008 – 53.8%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1984-2008 – 53.8%
(merci Olivier)

Nez : on change totalement de registre et on rentre dans un royaume de la gourmandise ! Les fruits exotiques mûrs et sucrés sont servis en crumble bien beurré et même saupoudré de poudre de cacao. Grosse concentration poisseuse. L’identité de la distillerie est présente mais pas au premier rang. Après avoir étalé le liquide sur les parois du verre, la puissance croît (normal) et un boisé précieux se distingue après un fugace passage de bonbon anglais. La richesse gourmande demeure (j’aurais été bien triste dans le cas contraire).
Bouche : il ne déçoit pas. Le goudron chaud se distingue et s’insinue partout. Moins fruité à ce moment-là, d’autres acteurs entrent en jeu, avec le cuir et un boisé amer et réglissé.
Finale : longue, entre typicité Caroni, cuir et notes pâtissières.
Le nez était vraiment très à mon goût et bien que la bouche ne démérite pas, elle n’est pas au niveau, dommage. Tout de même nettement le meilleur de ces trois Caroni Velier.

Caroni 1984-2006 – 54.6%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1984-2006 – 54.6%
Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1984-2006 – 54.6% (photo : Velier)

Nez : dur de passer après le précédent, heureusement, il ne tente pas de le concurrencer sur son terrain. En effet, ce 1984 est plus frais (mentholé) et végétal. Il faut lui donner du temps pour que son visage plus aguicheur n’apparaisse au travers de notes beurrées et torréfiées. Du temps lui apportera quelques accents fruités, en revanche, il ne mettra pas en exergue son origine, qui est très discrète.
Bouche : l’intensité est là mais d’une manière tout à fait différente que ce à quoi on pouvait s’attendre. Bien plus épais, voire sucré (et toujours un peu fruité), il envoie le goudron à plein tube ! Un virage à 180° entre le nez et la bouche.
Finale : les hydrocarbures nous accompagnent un long moment et sont épaulées par un boisé bien carbonisé.
Un rhum en deux temps, qui va offrir deux visages bien différents. La bouche aura ma préférence.

Caroni 1985-2006 – 58.8%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1985-2006 – 58.8%
Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1985-2006 – 58.8% (merci Olivier)

Nez : me voilà sur un autre Caroni qui va me plaire. Les fruits exotiques sont bien en place mais travaillés, compotés, sucrés mais toujours un peu acides. Arrive ensuite un praliné très gourmand. L’intensité laisse penser qu’il va coller aux dents. Une pointe végétale apporte juste ce qu’il faut pour qu’il ne soit pas « trop ». Le deuxième nez confirme tout à fait ma première impression.
Bouche : l’attaque est géniale ! Ça vous tente un dessert dans lequel les fruits exotiques confits seraient enfermés dans une brioche aux pralines, le tout copieusement arrosé de bitume encore bouillant ? La texture est huileuse à souhait et l’alcool bien dosé pour une telle bête. Superbe !
Finale : encore une très longue finale, où l’asphalte va finir par mener les débats, non sans que l’impression pâtissière, sucrée et pralinée ne fasse de la résistance.
Quel plaisir… Je crois qu’on a là ce qui me plait le plus dans cette distillerie légendaire : des fruits exotiques, des notes beurrées, des fruits à coque et bien sûr la signature Caroni.

Caroni 1982-2006 – 58.3%

Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s - Caroni 1982-2006 – 58.3%
Caroni Velier, 6 embouteillages des 80s – Caroni 1982-2006 – 58.3% (merci Olivier)

Nez : moins de concentration et de richesse mais peut-être simplement un profil bien différent. Il est plus léger et plus « droit ». Il évolue sur une ligne constituée de menthol, de fruits à coque, de bois et de fruits rouges. Plus atypique, il n’en est pas moins très plaisant. Agiter le liquide va pousser quelques arômes en avant mais aussi « désorganiser » ce rhum. Il gagnera à reposer pour se caler et gagner en chaleur boisée et cacaotée.
Bouche : à nouveau une attaque sucrée du plus bel effet, puisque cette douceur est accompagnée de goudron, de fruits à coque et d’une discrète fraîcheur.
Finale : Cette dernière va totalement disparaître au profit d’une structure plus sombre et boisée. Les arômes deviennent torréfiés et enrobés de sucre roux vanillé. À noter que le boisé ne devient ni amer, ni astringent.
Encore une superbe Caroni par Velier, qui, tout en s’exprimant sur un registre partiellement différent, procure énormément de plaisir.

Eh bien voilà une dégustation qui a démarré doucement et a terminé sur les chapeaux de roue !
J’ai été toujours été plus attiré par les Demerara de chez Velier plutôt que les Caroni. Il y a bon nombre de ces derniers que je n’ai jamais goûtés et que je ne goûterai vraisemblablement jamais au train où vont les choses.
Quand je vois ce que ces Caroni 1985-2006 et Caroni 1982-2006, je regrette vraiment de ne pas m’être plus attardé sur la production de la distillerie disparue avant qu’il ne soit trop tard.

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