"Tâter le cul des vaches" au Salon de l’Agriculture

Aujourd’hui s’achève la je-ne-sais-combientième édition du Salon de l’Agriculture qui se tient Porte de Versailles à Paris.
Et pour la première fois cette année, j’y suis allé, ma présence devenant un événement majeur de cette manifestation d’envergure 😉
En plus, non pas une mais deux fois !
Le mercredi, en famille, principalement pour aller voir les animaux, titiller les lapins avec de la paille, s’extasier devant des bœufs de plus de deux tonnes (oh, la belle bête) ou encore se pâmer devant les bébés cochons parce que, quand même, c’est drôlement mignon des bébés cochons.
Je dis “principalement” du fait que quelques ti punchs et autres planteurs y sont passés, il ne faut quand même pas déconner 🙂
Mais ce qui m’amène à écrire cet article c’est mon expérience de la veille, le mardi 24, au matin.
En effet, deux mois plus tôt, j’avais décidé de tenter ma chance pour faire partie du jury du Concours Général Agricole. Vous savez, ces gens qui mangent de l’andouillette, du fromage de tête voire des tripouillettes (mot totalement inventé par moi mais je voulais un mot de trois syllabes se finissant en “ette” :P) et qui décernent des médailles aux meilleurs de ces produits.
Et bien ces gens font la même chose avec le rhum, et là ça m’intéresse tout de suite beaucoup plus (attention j’aime beaucoup l’andouillette aussi !).
J’ai donc dû remplir un formulaire de candidature dans lequel j’ai fait tout mon possible pour me vendre :
“Je suis passionné… J’ai plein de bouteilles… J’ai un blog…” Tout ça, tout ça.
Après quelques jours d’attente, je reçois un email : vous avez été retenus pour être juré au concours Rhums et Punchs du mardi 24 février à 9h30. Alors oui, ça peut sembler un peu tôt pour boire du rhum mais en fait ça ne passe pas trop mal et comme on dit “Si tu bois du rhum le matin, tu n’es pas un alcoolique, tu es un pirate”.
Et plus sérieusement les papilles sont plus vierges et pas influencées par les différents aliments ingurgités tout au long de la journée (même si manger un petit quelque chose au petit déjeuner est grandement recommandé avant d’entreprendre une telle dégustation !).
Fermés
Quoi qu’il en soit, je suis bien content de pouvoir découvrir quelque chose d’inédit.
Après plusieurs semaines d’attente et un jour de congé posé, me voilà fin prêt à participer à l’événement.
J’ai de la chance, j’habite à cinq minutes à pieds du centre des expositions ; je m’y rends donc tranquillement, direction le Hall numéro 2 où tout va se passer.
A peine arrivé, je reconnais plusieurs confrères et on se rassemble naturellement pour papoter tout en faisant la queue pour recevoir notre badge et quelques petits cadeaux.
C’est avec une enveloppe pleine de petites choses sympathiques en main que nous attendons le début des hostilités. Il y a, entre autre, le badge qui permet d’accéder à l’espace de dégustation sur lequel est indiqué le numéro de la table à laquelle chacun est assigné, et qui déterminera donc le type de produit à tester, mais je vais y revenir.
Ouverts
Après quelques minutes, mouvement de foule : les portes sont ouvertes. On y va !
Je découvre l’espace dédié et me fraye un chemin entre les tables où différents pâtés et rillettes s’exposent fièrement (il n’y a pas que le rhum qui sera jugé ce matin) et arrive en vue de tables recouvertes de bouteilles toutes identiques par la forme mais certaines remplies de rhum blancs, d’autres de rhums vieux ou encore de rhums arrangés/punchs.
Je peux vous dire qu’à ce moment-là, je n’espère pas me retrouver à devoir goûter des punchs. Ce n’est pas que je n’aime pas ça mais cela m’enthousiasme clairement moins que le rhum et devoir tester entre cinq et huit produits sucrés (voire hyper sucrés) ne m’emballe pas outre mesure.
Bref, je pars en repérage afin de trouver ma table, la RHU-18. Je ne tarde pas à tomber dessus et ai la bonne surprise de me trouver devant des rhums blancs (j’étais tout aussi intéressé par tester des rhums blancs que des rhums vieux). En revanche il n’y a que quatre bouteilles, alors que la plupart des tables alentour en ont plus, jusqu’à une dizaine dans certains cas.
Je regarde les bouteilles de plus prêt et peux y lire, outre le numéro de la table et le code d’identification de la bouteille, la catégorie à laquelle ces rhums appartiennent : “Rhum blanc agricole avec indication géographique de 59°”. Ah !
Les concurrents dans les starting blocks !
Qu’avons-nous en face de nous ? Premièrement, comme je l’ai dit, un rhum blanc. Ensuite, et heureusement pour moi, c’est un agricole, les blancs de mélasse étant rarement très intéressants (même s’il y a des exceptions). Pour ce qui est de la mention “indication géographique”, j’imagine qu’il s’agit de rhums tous issus de la même région. Et enfin, ils titrent à 59° d’alcool. Là immédiatement je pense Marie Galante ; c’est à ma connaissance le seul endroit où sont produits des rhums de ce degré. Problème : il n’y a que trois distilleries sur l’île, et nous avons quatre bouteilles sur la table, étrange.
Je pose mes affaires et vais faire un tour des tables pour voir là où mes connaissances sont assignées. Il y a un peu de tout : rhums blancs non agricoles, rhums blancs agricoles AOC, rhums vieux agricoles de plus de 4 ans, punchs ananas, shrubbs… Il y en a pour tous les goûts.
Je retourne à ma place (non sans m’être moqué du confrère, qui va devoir goûter sept rhums arrangés d’affilée :P) et je vois que ça s’est rempli : mes cinq co-jurés sont arrivés.
Afin de briser la glace, nous faisons un tour de table des présentations et je me rends compte que nous avons un panel très varié et à la fois très complet : trois amateurs avertis (dont moi), un connaisseur en armagnac et en pelardon (si je me souviens bien) – oui le fromage – une spécialiste des rhums français de par son poste au sein d’un organisme étatique dédié aux DOM TOM et enfin un expert ayant un rapport encore plus direct avec le rhum du fait de son implication directe avec l’AOC Martinique.
On parle, on parle, un des commissaires du concours passe à notre table et nous rappelle comment la dégustation va se passer ; on parle, on parle, toutes les autres tables entament leurs premières bouteilles et nous… on parle 😀
Ce n’est encore que quelques minutes plus tard que nous allons finalement nous atteler à notre tâche. Et justement cette tâche, en quoi consiste-t-elle ? Chacun des rhums va être testé et évalué par chacun des jurés sur cinq critères : couleur, limpidité, impression olfactive, impression gustative (1ère impression), impression gustative (longueur). Chacune de ces caractéristiques se verra attribué une “note” sur cinq (de insuffisant à excellent) et le rhum recevra une note globale sur vingt. Ces notes sont individuelles, chaque juré décidant selon ses propres goûts, expérience et préférences de l’évaluation à donner.
J’insiste sur la notion d’évaluation personnelle. Il est extrêmement difficile de ne pas se laisser influencer par les commentaires des autres sans même nécessairement s’en rendre compte. Un peu à la manière d’un arôme que l’on détecte (ou que l’on croit détecter) uniquement parce que quelqu’un l’a mentionné. Un tel “phénomène” aurait la fâcheuse conséquence d’uniformiser les appréciations et notations des uns et des autres.
Il est à noter que déguster des rhums “sérieusement” est nettement plus compliqué, quand au même endroit, il y a aussi une dégustation de saucisse de Morteau. Parce que c’est bon la saucisse de Morteau mais ça sent drôlement fort le fumé… ^^
Gros plan sur les étiquettes (et des arrangés dans le fond)
Une fois les quatre rhums dégustés (nous avons de l’eau, du pain et des crachoirs pour aider nos papilles), le président de la table, désigné au préalable de manière collégiale, va recueillir les notes sur 20 et faire une moyenne. Nous voilà donc avec un classement. Nous pouvons alors décider si nous souhaitons donner une médaille (ou plusieurs mais la limite est normalement fixée à 30% du nombre de bouteilles en lice, dans notre cas, nous ne pouvions donc donner qu’une médaille) ainsi que son métal. Il est donc tout à fait possible de ne pas attribuer de médailles si le jury estime qu’aucun des produits ne le mérite.
Une fois ce choix difficile effectué (toute la table doit être d’accord), le président recueille et synthétise les commentaires des uns et des autres afin de donner un feedback au producteur.
C’est avec le sentiment de devoir accompli que nous nous séparons, non sans de chaleureuses poignées de main et que nous partons chacun de notre côté retrouver nos connaissances afin de recueillir leurs impressions et ainsi rendre cette matinée encore plus enrichissante 🙂

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