La Perle Ardente du Minuit Tricentenaire

Vendredi 24 février 2017, soirée chez Christian de Montaguère où Yves Assier de Pompignan est là pour nous parler de ses rhums.

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Gamme A1710 – Il faut l’avouer, ça a plutôt de la gueule

On commence à avoir vu pas mal de choses au sujet de cette nouvelle distillerie de Martinique, nommée A1710. Ces derniers jours ont fleuri des articles, qu’il s’agisse de notes de dégustations ou d’interviews (ici, , de ce côté-ci ou encore de ce côté-là). Avec tous ces articles, je me suis rendu compte que presque tout avait été dit ; du coup, je n’ai plus rien de nouveau à vous en dire. Mais en fait, je m’en tamponne et je vais vous raconter, un peu dans le désordre, ce qui m’a intéressé durant cette soirée 🙂

Commençons pas la marque et la distillerie. Il s’agit donc d’une nouvelle distillerie en Martinique (sur l’habitation du Simon), ce qui en soit est un évènement, puisque depuis quelques années il n’y en a plus que sept (et que leur nombre n’a eu de cesse de décroître), alors qu’il y en a eu sur l’île jusqu’à 300. Contrairement aux sept autres distilleries, celle-ci ne produit pas de rhums AOC. Cela étant dû à de plusieurs particularités d’élaboration (pour les blancs) et d’assemblage (pour les vieux) de ces rhums.

La volonté du créateur de la marque est de renouer avec certaines anciennes méthodes de fabrication. Pour ceux qui n’ont vraiment rien suivi, les trois premiers rhums que cette nouvelle marque a proposés sont trois vieux, sur lesquels nous allons revenir. Ils ont été suivis par un rhum blanc (avant qu’un deuxième ne voit prochainement le jour), pur jus de canne et distillé sur alambic charentais. Ces techniques d’antan, telles que la distillation sur alambic ou les assemblages, sont au cœur de cette aventure.

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Bon, là tout de suite, on ne se marrait pas trop 😀

Parlons tout de suite de ce qui fâche (un peu) et de ce qui a fait le buzz dans le landerneau rhumesque : la stratégie marketing de la marque. L’association de différents éléments de cette stratégie a été, selon moi, préjudiciable à A1710 : la mention “rhum extraordinaire” inscrite sur chaque bouteille, le nom des cuvées de rhums vieux (Soleil de Minuit ou encore Nuée Ardente), les prix élevés des vieux (entre 150€ et 250€ si ma mémoire est bonne), le design haut-de-gamme des bouteilles ou encore la relative transparence sur l’origine des rhums… Tout ça a fait lever des sourcils et a même engendré un franc a priori négatif sur la marque de la part du petit monde des amateurs éclairés. Je n’ai pas été le dernier à être pour le moins… dubitatif. Des explications d’Yves Assier de Pompignan aident à y voir plus clair et à relativiser. Il faudra retenir que cette entreprise est à très petite échelle, on pourrait presque parler d’artisanat et contrairement à la majeure partie des distilleries de Martinique, il n’y a pas de groupe financier derrière celle-ci.

La clientèle visée à l’origine était composée de collectionneurs, d’amateurs curieux (ayant les moyens) et de riches étrangers plus intéressés par le côté rare et joli que par la qualité du produit. Mais finalement le marché local s’avère être le plus enthousiaste et fait main basse sur une bonne partie des bouteilles.

Pour finir, le serpent présent sur le logo représente, entre autres, la peine et la douleur nécessaires à la production d’une bouteille de rhum (celle des coupeurs de canne).

Parlons un peu technique maintenant, avec les vieux pour commencer. Ils sont tous issus du résultat d’assemblages entre des rhums AOC Martinique et de rhums de Guadeloupe (pur jus ou mélasse). Après avoir été sélectionnés dans différentes distilleries tenues secrètes (à la demande ces distilleries), les rhums vont vieillir entre 2 et 4 ans supplémentaires dans les chais A1710. C’est à l’issue de ces quelques années qu’ils vont être assemblés (un travail de plusieurs mois) pour obtenir les résultats voulus. Ils ont tous trois rhums en commun (cette base représente entre 40% et 55% du résultat final), puis 2 à 4 autres rhums y sont ajoutés, qui vont leur donner leurs particularités. Le chai est placé et construit de telle manière que sur une journée l’amplitude thermique peut aller jusqu’à 20°C et la part des anges est de 11% par an.

Le rhum blanc, produit à la distillerie et appelé “La Perle”, est un rhum pur jus de canne ; jus qui est mis à fermenter pendant 5 jours (à une température contrôlée de 22°C) avec des levures boulangères, puis qui est distillé sur un alambic charentais en cuivre. Il en sort à 69%, puis va être réduit sur une durée de cinq mois jusqu’à ses 54.5%. Les cannes utilisées sont sur ce millésime 2017 la canne bleue et la canne cristalline mais d’autres cannes (dont la canne rouge) sont également cultivées et devraient rentrer dans la composition des prochains rhums blancs de la distillerie.

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Les différences de couleur viennent des photos, en réalité, leurs teintes sont très proches.

Je vais aborder rapidement la dégustation des quatre rhums de la gamme, car d’autres s’y sont déjà longuement penchés.

La Perle (le blanc) est, selon moi, moyennement réussi. Le nez est très intéressant et agréable – c’est clairement son point fort – et alors que la bouche est correcte, la finale est trop portée sur des notes métalliques et une certaine amertume. Attention, celle finale est très longue (malheureusement d’une certaine manière ^^) et peut troubler les dégustations suivantes. Je dois dire (après avoir fait marrer mes collègues de dégustation) avoir trouvé un goût de moule d’Espagne crue sur cette finale, ce que j’aime bien par ailleurs, mais pas là :/

On passe aux vieux avec le Tricentenaire (43.9%). Il est relativement “doux” et classique avec sa vanille, sa pomme, son orange et son boisé. Il manque de relief. La bouche confirme cette impression et il se montre un peu plat. La finale est moyennement longue. Comme je le disais plus haut, attention à cette Perle, qui ne vous lâche pas et qui aura ici “pollué” la finale.

La Nuée ardente (44.7%), le plus cher des trois, est un assemblage de sept rhums. Il est plus frais, plus vif et plus Martinique que le précédent, que ce soit au nez ou en bouche. Il est également plus long, et c’est sur cette étape finale où selon moi, on sent ses partielles ascendances guadeloupéennes. Il est bon 🙂 J’avais pu y goûter à Spa lors du Salon du Rhum et j’avais pu le déguster dans de meilleurs conditions (principalement le temps que j’avais pu lui accorder) et il m’avait fait une très bonne impression (j’étais d’ailleurs un des rares à l’avoir apprécié).

Le Soleil de Minuit (46.4%) enfin, le seul de ces rhums à accueillir un rhum de mélasse dans son assemblage (presque à hauteur de 50%), m’intriguait. Au nez, il est très gourmand sur les fruits confits, le miel et des touches torréfiées. L’attaque en bouche est relativement sèche puis le côté gourmand revient avec entre autres l’amande. L’alcool est un peu trop présent je pense, et la bouche est un peu asséchée. La finale est très longue et la mélasse est ici évidente.

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La Perle – Tricentenaire – Soleil de Minuit – Nuée Ardente

Voilà voilà. Une soirée riche en informations et en échanges, sans oublier la dégustation. Au final, après m’être frotté à l’intégralité de la gamme, je confirme qu’il n’y a pas de raté. J’ai perdu une bonne partie de mes a priori mais il reste malgré tout un point noir : le prix de ces rhums…

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