Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum

Oui, je vous parle régulièrement de Maison Ferroni ; plusieurs raisons à cela : une grosse actualité et des produits originaux et bons ! C’est aussi simple que ça. Guillaume Ferroni et son équipe sont d’un abord facile et sont de vrais passionnés, ce qui ne gâte rien.
Parmi les dernières nouveautés, on peut trouver toute ribambelle série de rhums blancs d’origines diverses et variées. Leurs points communs ? Etre proposés à 57%, être mono-provenance et bien sûr reposer en dames jeannes ouvertes quelques semaines (voire – bien – plus) avant leur mise en bouteille. C’est de là que cette série de rhums non vieillis tire son nom. La gamme existe depuis plusieurs années et comptait déjà quatre références mais s’est tout à coup vue tripler de taille avec l’arrivée de pas moins de huit nouveaux flacons ! Ces eaux-de-vie de canne nous font voyager de l’Atlantique, aux Caraïbes, en passant par l’Océan Indien et l’Amérique Latine.
Comme je n’aime pas faire dans la demi-mesure, j’ai tout goûté. Vous êtes chanceux, je vais partager avec vous mes observations 🙂

C’est parti pour ce marathon de rhums blancs (avec des photos qui viennent de chez Excellence Rhum) !

Maison Ferroni – Dame Jeanne 5 Thaïlande – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 5 Thaïlande – 57%

On démarre par une curiosité : un rhum de Thaïlande à plus de 40%. Afin d’atteindre les 57%, Maison Ferroni a redistillé en Provence le rhum réceptionné d’Issan. Ce rhum pur jus de canne est donc le fruit d’une double distillation en pot still.
Sur le 1er nez, on découvre la canne fraiche et on retrouve la particularité veloutée d’Issan mais qui se fait plus discrète que sur la version classique à 40%. La canne n’est pas seule, puisque le citron vert et une pointe de banane se font remarquer, ainsi qu’une légère touche herbacée. Avec du repos, le côté sec et incisif de la distillation pot still se fait sentir. Le 2ème nez est très équilibré sur une canne multifacettes, à la fois fraiche, fruitée, herbacée et toujours cette signature Issan qui ne nous quitte pas (qui d’après moi vient vraisemblablement des cannes pelées). La touche métallique est presque inexistante et le tout est intense. En bouche, la texture est suave, avec une attaque sur la canne fraiche fruitée et gorgée de sucre, puis cette identité Issan refait surface, comme quelque chose de huileux. La finale est à mi-chemin entre les deux trames : canne fraiche, fruitée et tonique et cette canne pelée, « cireuse » et rassurante.
Guillaume Ferroni est parvenu à garder l’identité Issan tout en y ajoutant plus d’intensité et de fraicheur et le résultat est vraiment réussi.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 6 Maurice (repos extrême) – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 6 Maurice (repos extrême) – 57%

Premier arrêt à l’Île Maurice (un second viendra plus tard) pour ce rhum pur jus qui a connu un repos de 7 ans (!), là où les autres rhums de la série ne passent que quelques mois en dame jeanne – voyons-voir si ce repos extrême a eu un impact sensible.
Son 1er nez n’est pas trop expressif et c’est la poire qui se fait remarquer. Sa nature “agricole” est très difficilement perceptible, si ce n’est indétectable. Une pincée de poivre et une touche végétale accompagnent la poire mais le profil, ici, reste très doux et duveteux (oui c’est le terme qui m’est venu même si dans ce contexte ça ne veut pas dire grand chose). Le second nez change la donne avec plus d’intensité et d’alcool (jusque là très discret) et une poire qui se fait concurrencer par une note florale et la montée en puissance de son côté végétal (le tour de moulin à poivre se fait toujours sentir). Dès l’attaque, la texture se fait remarquer : épaisse et soyeuse, très agréable. Malheureusement il y a autre chose qui saute aux papilles, l’alcool. Il m’a surpris et laisse son empreinte durablement. La légère sucrosité ne suffit clairement pas à atténuer le feu, qui m’aura empêché de le garder en bouche afin d’y déceler les saveurs, même s’il offre plus de fraicheur qu’au nez. Sur la finale – toujours marquée par l’alcool pendant un bon moment – on a un trio végétal/floral/fruité qui réussit plutôt bien.
Un profil surprenant pour un pur jus de canne, mais – et je ne sais pas si ça peut venir de ce repos extrêmement long – la puissance alcoolique est trop forte et m’a vraiment troublé, dommage.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 7 Panama – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 7 Panama – 57%

On change de continent mais aussi de matière première, puisque nous sommes ici sur de la mélasse (distillée en colonne).
Je n’ai pas trouvé le 1er super engageant avec un côté un peu vodka, qui se voit accompagné d’un peu citron et de réglisse. Le 2ème nez est bien plus expressif et attrayant sur une grosse mélasse bien noire et réglissée et même une petite pointe fumée. La bouche révèle une surprenante sucrosité et tant mieux parce que c’est puissant. Cette puissance porte une certaine fraicheur qui équilibre partiellement la sombre mélasse. La finale nous fait rester sur cette réglisse un très très long moment.
Intéressant, oui, agréable à mon palais, pas vraiment. Ce n’est pas un style que j’affectionne, bien qu’il soit intriguant de découvrir un produit qui s’éloigne tellement de l’image que l’on a des rhums du Panama.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 8 Guadeloupe – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 8 Guadeloupe – 57%

Retour en territoire (plus) connu avec un rhum pur jus de canne rouge de chez Longueteau en Guadeloupe. Rappelons que la Dame-Jeanne 3 était déjà un canne rouge mais à la double provenance de Guadeloupe (Longueteau déjà) et de l’Île Maurice (Chamarel).
Le 1er nez nous amène sur une canne sucrée et gourmande, ainsi qu’un petit quelque chose de beurré ; ça commence bien. Le 2ème nez nous rappelle le premier mais tout est accentué, ce qui le rend vraiment agréable, entre canne fruitée et brioche ; une double touche florale/framboise fait son apparition. En bouche, on se rend compte que l’alcool est bien dosé et on retrouve notre canne mâtinée de framboise, ainsi qu’une touche poivrée. Gourmandise et intensité sont au rendez-vous. La finale, moyennement longue, reste sur cette colonne vertébrale canne et framboise avant de devenir un peu plus végétale et sèche.
Beaucoup de gourmandise sur cette canne rouge de Longueteau, avec une surprenante framboise, qui complète très bien la canne fraiche. J’y retrouve ce qui avait pu me plaire sur les premiers batchs des parcelles 1 et 9.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 9 Jamaïque – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 9 Jamaïque – 57%

On reste aux Caraïbes mais en Jamaïque, pour le second rhum de cette série qui est distillé à partir de mélasse, sur pot still cette fois.
Le 1er nez apparait fruité avec surtout de la banane et l’acidité de l’ananas. Des fleurs capiteuses et un léger solvant complètent cette première impression. Sur le 2ème nez, on garde bien les fruits mais la fraicheur remplace les fleurs, pour une grosse intensité. En bouche, il offre une grosse présence (et une grosse puissance) ; il explose même littéralement en bouche, avec les mêmes marqueurs qu’au nez : fruits et fraicheur. La finale est très longue, à la mode jamaïcaine.
Mieux que le Panama à mon goût, certes, mais sans doute pas à boire pur malgré tout. Pas fan tel quel, c’est sans doute une bombe en cocktails.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 10 Maurice – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 10 Maurice – 57%

On poursuit notre voyage dans l’Océan Indien avec ce rhum qui nous vient de l’Île Maurice et qui est issu d’une double distillation de jus de canne sur pot still.
Le 1er nez se place sur la canne, la fraicheur, les agrumes, un léger solvant et, avec du repos, un petit peu de légume bouilli. Le second nez fait littéralement exploser la fraicheur, qui est ici plus végétale que sur les agrumes. Apparait aussi une amande discrète. La bouche est tout à fait en adéquation avec le nez : très frais, avec un alcool (légèrement marqué) qui accentue encore cette sensation de fraicheur végétale. Par ailleurs, il se caractérise par une légère sucrosité et la texture est agréable. La finale débute sur cette puissance de l’alcool qui reste un peu sur la langue et les gencives. Elle est un peu plus longue que celles des précédents, toujours dominée par sa nature végétale et toujours cette fraicheur.
Voilà une identité intéressante et assez rare, une belle sélection/trouvaille, avec cette fraicheur conquérante qui se remarque.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 11 Cabo Verde – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 11 Cabo Verde – 57%

De la même manière que le Issan, ce “rhum” pur jus de canne a d’abord été distillé au Cap Vert avant d’être redistillé dans le sud de la France.
Le 1er nez est déjà bien concentré avec une belle fraicheur végétale, des arômes d’anis très présents, de la canne et du citron. Avec du repos apparait une légère acidité métallique (pas dérangeante et typique des rhums du Cap Vert). Sur le 2ème nez, comme avec le Dame Jeanne 10, la fraicheur explose, même si ici elle est plus anisée. Une facette fruitée se fait sentir mais un peu en retrait. La bouche est très fraiche, très anisée et très “grogue”. Alors que l’alcool est bien dosé, une légère sucrosité est bienvenue. La finale est très longue et reste fraiche pendant le longues minutes de manière assez remarquable (anis toujours là et par moment épaulé par un léger menthol). La distillation pot still redevient évidente les minutes passant avec le retour de la note métallique.
Encore une réussite ? Oui, sans aucun doute. J’aimerais le comparer au Grogue de Old Brothers/Ferroni/Bar dans les Arbres dont j’ai un très bon souvenir de ma dégustation au Rhum Society.

Maison Ferroni – Dame Jeanne 12 Guyane – 57%

Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum – Dame Jeanne 12 Guyane – 57%

On termine avec un ultime rhum élaboré à base de jus de canne et lui aussi distillé une première fois en Guyane Française avant de l’être une seconde fois en Provence.
Le 1er nez est dominé par la canne et la mangue. Plaisant, il associe bien des notes végétales et fruitées, puis avec de repos apparaissent apparait une touche florale. Le second nez est synonyme d’intensité accrue, et l’alcool – jusqu’alors très discret – ressort. A peine étalé le rhum sur le verre, la mangue prend en puissance et puis les secondes passant, elle décroit et est remplacée par les fleurs et un profil moins sympa. On remarque également une pointe d’anis. La bouche est puissante (un peu pimentée) et légèrement sucrée, on y retrouve la mangue et la canne qui forment vraiment un joli duo. Plaisante que cette bouche même si un peu forte. La finale est moyennement longue, la puissance reste un moment, et alors qu’elle commence dans la lignée de la bouche, elle évolue assez rapidement sur des notes plus végétales et florales.
Décidément que ce soit sur le Toucan classique, sur la cuvée de la Confrérie du Rhum ou ce Ferroni, les rhums de Guyane Française ont toujours de la mangue au nez, qui malheureusement a tendance à s’estomper avec le temps et qu’il faut raviver en agitant le verre.

Je suis vraiment content d’avoir pu déguster l’intégralité de cette gamme ! Quelle variété et quelles identités ! Alors certes, pour moi ce sont les pur jus qui se distinguent et qui me plaisent le plus, mais dans son ensemble la série complète vaut le détour, avec quelques perles, comme le Cap Vert, le Issan ou encore le Maurice (le n°10).

One thought on “Les Dames Jeannes de Ferroni, un tour du monde du rhum

  1. Pingback: Rhum Society 2021 – partie 1 | Les rhums de l'homme à la poussette

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