Planteray Jamaica 1984

Il y en a de jolies choses dans les chais de Planteray (anciennement Plantation). Énormément de provenances, des comptes d’âge variés et quelques curiosités. Parmi les origines les plus représentées, on trouve notamment la Barbade et la Jamaïque. Rien d’étonnant, puisque Maison Ferrand possède sa propre distillerie barbadienne, la West Indies Rum Distillery (WIRD pour les intimes) mais aussi des parts dans deux distilleries jamaïcaines : Long Pond (sans doute ma distillerie favorite de l’île) et Clarendon (souvent appelée Monymusk, surtout chez les embouteilleurs indépendants). C’est sur un rhum de cette dernière que nous allons nous attarder aujourd’hui, et pas n’importe lequel, puisqu’il s’agit du rhum le plus vieux jamais embouteillé par Planteray.

J’ai eu la chance de déguster cette rareté mais encore davantage de le faire sur le Barge 166 (péniche amarrée à Issy-Les-Moulineaux) en compagnie d’une partie de l’équipe Ferrand, dont le grand patron, Alexandre Gabriel. C’est toujours un plaisir de l’écouter partager ses connaissances au travers d’anecdotes. Nous avons ainsi pu en apprendre plus sur nombre de ses rencontres dans le monde du rhum et des relations qu’il a tissées au fil de sa carrière, aux Antilles et pas seulement.

Planteray Clarendon 1984 - Alexandre Gabriel sur la Barge 166
Planteray Clarendon 1984 – Alexandre Gabriel

Il nous a aussi exposé son point de vue sur la “répartition des savoirs” par spiritueux. Riche de son expérience dans la production de plusieurs alcools, il a observé que chaque eau-de-vie a une dominante de savoir dans une étape d’élaboration. Dans le Cognac, ce sera l’élevage, tandis que pour les rhums des Antilles, la fermentation (et les levures) constitue le cœur de la connaissance.
Je ne sais pas si on peut étendre cette observation à tous les autres spiritueux mais c’est une pensée intéressante.

Revenons-en à notre rhum jamaïcain.
Planteray a décidé de mettre en bouteille un ancêtre, un distillat qui aura passé 40 ans au contact du chêne ; américain d’abord, pendant les premières 35 années de vieillissement, sur place en Jamaïque, en ex-fût de bourbon, puis 5 ans de plus en Charente. Cette seconde phase d’élevage, conduite dans des fûts roux ayant contenu du cognac, avait pour but d’aérer et de micro-oxygéner le liquide, qui s’était considérablement chargé en tannins avant son arrivée du côté de Cognac.
Notons que pendant son vieillissement, la part des anges annuelle (8 % sous les tropiques, puis environ 2.5 % en métropole) s’est révélée considérable, puisque sur les 150 fûts d’origine, il n’en reste que huit, 40 ans plus tard. J’ai en outre appris qu’un ouillage tous les trois ans (au minimum) est obligatoire en Jamaïque.

Pour les plus attentifs, un Clarendon 1984 avait déjà été embouteillé par Plantation (à l’époque) dans la série Extrême IV ; il était alors plus jeune de quelques années – logique. Autre différence de taille, le précédent avoisinait les 75 %. Je vous parlais des huit rhums composant cette gamme dans cette publication.

Passons à la dégustation !

Planteray Clarendon 1984 - Certificate of Authenticity
Planteray Clarendon 1984 – Certificate of Authenticity

Planteray Rum Jamaica 1984 Clarendon – 40 years MMW (pour Monymusk Wedderburn) – 57,2 %

Fruits secs (figue, raisin, abricots, pruneaux), torréfié, fruits exotiques acides, sucrés et collants. Le boisé est là, de manière indirecte, au travers d’arômes « secondaires ». Très grosse concentration. Fruits à coque avec la noix et un peu d’amande.
La bouche offre une intensité remarquable, le bois est un peu plus direct et les autres arômes n’en sont pas estompés pour autant. Encore beaucoup de peps. Le menthol et le médicinal arrivent, la réglisse et des épices aussi, qui restent en fin de bouche. Même un côté floral et café sur la finale.
Évolutif que ce rhum, les tannins ont tendance à se dissiper mais il faut lui donner du temps. Cette évolution se traduit entre autres par une bouffée vanillée à l’entrée de bouche, qui n’apparaît qu’après une heure dans le verre.
Le bois et les tannins se manifestent sur l’amertume, pas sur l’astringence.

Un rhum qui a des choses à raconter et que prend son temps pour le faire. On est vraiment très loin d’un “silent rum“, qualificatif jamaïcain donné aux rhums aromatiquement trop proches de la neutralité.

Outre le magnifique coffret (qui contient un échantillon du rhum), le bouchon du flacon incorpore un morceau de douelle du fût dont est issu le précieux liquide. Détail certes mais détail fort sympathique.

Voilà, vous savez tout, ou presque. Il y a 317 bouteilles et son prix est de 1999 €. Maintenant, vous savez tout !

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