Rhums Hampden des années 1990

Pour ceux qui me suivent ou qui m’ont récemment croisé en salon, vous vous êtes peut-être rendu compte que je commence à avoir du mal avec les rhums jamaïcains de la distillerie Hampden. Trop extrêmes, pas assez équilibrés, parfois sans grande gourmandise… Il n’y a pas si longtemps, j’étais pourtant assez féru de ces eaux-de-vie de canne si exubérantes et à l’identité tellement reconnaissable.

Je me suis demandé si cela venait des sorties plus récentes, ou si mon palais faisait une overdose de ce style. Une brillante idée (rien que ça) m’est donc venue à l’esprit : déguster des vieux Hampden d’embouteilleurs indépendants. Je me suis donc rendu dans ma caverne à samples et en suis ressorti avec quatre échantillons des années 1990 à des degrés variés ; deux Samaroli, un Silver Seal et un Rumclub Private Selection.
À noter qu’à l’époque, on ne voyait que très rarement des marks d’indiqués sur ces bouteilles. Par ailleurs, il s’agit de vieillissements continentaux. On va aller crescendo dans les pourcentages alcooliques.

Voyons voir ce que ça donne.

Samaroli Jamaica Rum 1993 fût 40 (22 ans) – 45 %

Samaroli 1993 cask no40 Jamaica
Samaroli 1993 cask n°40 Jamaica (photo : Uhrskov vine.dk)

Fraicheur et rondeur des fruits exotiques, ananas et banane. Le côté chimique (colle) est également présent, assagi par un boisé vanillé et l’amande. J’avais un peu peur de la dilution mais il propose une certaine vivacité, tout en restant équilibré. Le fût marque un peu plus la bouche, entre boisé et poivre. Fruits exotiques et colle sont toujours présents, sans mener. Relativement long en finale, c’est de nouveau le trio boisé, ananas et chimique qui nous accompagne.

Pas mal, sur l’équilibre et une réduction plutôt bien faite, tout en gardant l’ADN de la distillerie.
J’avais pu déguster un paquet de rhums Samaroli à Spa et je vous en parlais dans cet article.

Silver Seal Hampden 1993 (20 ans) – 50 %

Silver Seal Jamaica Hampden1993
Silver Seal Jamaica Hampden1993 (photo : Excellence Rhum)

Un peu plus expressif que le précédent, on retrouve cependant certains acteurs, comme l’ananas ou le côté chimique (plus solvant ici). L’amande est de nouveau de la partie et se taille même une belle part de ce nez. Les quelques pourcents en plus se sentent mais ne dérangent absolument pas, au contraire ; ce rhum se fait plus saisissant et dégage une légère âcreté/acidité typique de Hampden. Aromatiquement, on reste sur les mêmes arômes, avec un petit côté bonbon en prime. Il n’évolue pas sur la finale et tant mieux !

Je l’apprécie toujours autant, même si je n’ai pas retrouvé sa facette lactée qui m’avait marqué.
J’avais découvert ce rhum au salon de Louviers, il y a plus de 10 ans, et j’avais trouvé une bouteille chez un caviste breton à Dinard ; je vous en parlais dans cet article.

Rumclub Private Selection Jamaica 1990 Hampden C<>H (26 ans) – 60.4 %

Rumclub Private Selection - Treasure Cask Jamaica 1990
Rumclub Private Selection – Treasure Cask Jamaica 1990 (photo rums.cz)

Les degrés supplémentaires se remarquent sans vraiment gêner. Son âge plus vénérable apporte plus de bois, avec un peu de taille de crayon et un côté plus chaleureux. Le mélange fruits exotiques et notes chimiques s’associent une fois de plus pour beaucoup de concentration aromatique. Peut-être cela vient-il du vieillissement, mais il développe aussi une note empyreumatique, presque fumée (peut-être même de viande fumée), ainsi qu’une touche épicée. Entre la puissance et les arômes, il fait les papilles se resserrer ; il faudra être prudent. À petite dose (ce qui suffit de toute manière), il est tout à fait gérable et prendra possession du palais. Le boisé/toasté se remarque de nouveau, tout en étant très fondu à notre duo habituel : fruits exotiques et notes chimiques. La finale est sans conteste la plus longue pour l’instant.

Encore un qui se défend bien. Ses particularités lui donnent une identité unique.
Si cet embouteilleur allemand vous intrigue, je vous invite à lire cette dégustation.

Samaroli Jamaica 1993 (21 ans) – 65.6 %

Samaroli Jamaica 1993 Brut de Fût
Samaroli Jamaica 1993 Brut de Fût (photo : Excellence Rhum)

Bien qu’on retrouve les arômes habituels, il semble plus riche, plus profond. L’ananas et le solvant sont présents, mais les rejoignent des arômes crémeux de pâte d’amande, fumés (voire fermiers), végétaux et épicés. Un peu de saumure d’olive verte et une touche d’agrumes complètent ce nez. Oui, il est à plus de 65 %, ça se sent. Heureusement, comme avec le précédent, pas besoin d’en prendre beaucoup en bouche pour l’apprécier ; une goutte suffit pour coloniser la bouche. Très fruité (avec l’ananas au premier plan), l’olive – et sa salinité – gagne en puissance. L’ensemble est à la fois fougueux et lié pour un équilibre qui fonctionne. La finale est interminable et devient plus sombre, avec la note fermière, les épices et même un peu de cacao qui demeurent.

Ben c’est très bon. Je me rappelle m’être dit, lorsque je l’avais goûté la première fois, il y a quelques années, que je n’avais a priori pas été transporté comme d’autres dégustateurs, peut-être car depuis étaient sortis des vieillissements tropicaux, comme chez Habitation Velier par exemple (dont ce fameux HLCF que j’ai réellement apprécié).
La dégustation de ce rhum par le copain Olivier, c’est par-ici.

Alors… Pas concrètement de conclusion finalement. Je pourrais penser que les vieillissements continentaux ont ma préférence chez les Hampden, ou bien que la dégustation sur salon de ces rhums survitaminés ne me va pas…

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