Quatre rhums du Rumclub Private Selection

On fois n’est pas coutume, on file outre-Rhin pour faire connaissance avec un embouteilleur allemand au travers de quatre de ses sélections. Parfois appelé Rumclub Private Selection et parfois Spirit of Rum, ce n’est autre que Dirk Becker qui se cache derrière ces noms. L’expert allemand des eaux-de-vie de canne, également créateur du German Rum Fest et fondateur de Rum Depot, le Caviste spécialisé à Berlin (l’ayant visité, je vous en avais parlé sur ma page Facebook), sélectionne donc des rhums de toutes origines, pour une gamme qui compte déjà une trentaine de références.
Ce n’est autre que Benoit Bail-Danel – le berlinois d’adoption, en cheville avec Dirk ^^ – qui m’a envoyé les échantillons, merci encore 🙂

Rumclub Private Selection – Photo prise lors de ma visite à la boutique, il y a environ trois ans de cela. Vous pourrez remarquer quelques références alléchantes 😉

Un vrai casse-tête que de trouver un ordre pour ce line-up tant les profils sont variés et potentiellement extrêmes dans leur style. J’ai décidé de commencer par l’ancêtre de la série, un vénérable guadeloupéen de 38 ans au degré relativement bas (par rapport aux autres). Ensuite, le japonais, l’OVNI de la sélection dont je ne sais pas quoi penser pour l’instant. En troisième position, un australien survitaminé, le plus puissant des quatre, mais qui marque normalement moins le palais que le dernier, un jamaïcain de la distillerie Hampden sur un mark aux éléments non-alcools plutôt élevés.

Gardel 1983 (38 ans) – 46,6%

Rumclub Private Selection – Gardel 1983 (38 ans) – 46,6% (photo Excellence Rhum)

Le premier nez ne nous trompe pas sur la marchandise ; les arômes très intenses de sucre brûlé, de cuir, de fruits confits et de menthol sont typiques de ces vieux rhums de Guadeloupe. Du bois, mais sans excès et une pointe de café complètent cette première impression, vraiment très « prenante ». Une fois le rhum étalé sur les parois du verre, il gagne en opulence et en fraîcheur. Banane, orange et pomme sont les fruits qui sont de la partie, tandis que les autres marqueurs (bois, cuir et menthol) se voient accentués.
La bouche démarre sur un boisé astringent et acide et laisse progressivement la place (sans disparaître tout à fait) à des notes sombres de tabac, de cuir et de cacao amer.
La finale est très longue sur ces arômes provenant du fût dans lequel ce rhum a séjourné 38 ans.
Le nez est franchement réussi et il fait illusion un moment, mais la suite ne nous laisse pas de doute : il a trop pris de bois, dommage.
Un autre Gardel, bien plus jeune – mais où l’on reconnait plusieurs marqueurs – avait été dégusté à au Salon du Rhum à Spa en 2017.

Nine Leaves – Rumclub Private Selection – Armagnac Finish – 59.8%

Rumclub Private Selection – Nine Leaves – Rumclub Private Selection – Armagnac Finish – 59.8% (photo Excellence Rhum)

Alors que je le déguste, je n’ai pas son âge mais il semble plus vieux que les autres Nine Leaves que j’ai pu boire jusqu’alors (la première fois que je découvrais ces rhums c’était au Salon Dugas en 2014). Le bois semble avoir patiné le distillat. On perd en bonne partie le côté végétal pour se diriger vers des notes plus marquées par le vieillissement : tabac, fruits secs (pruneau bien présent), vanille, noix torréfiée, cacao… A noter tout de même que cette identité plus fraîche reste présente typique de la distillerie, sous-jacente et, alliée à l’alcool, permet d’équilibrer l’ensemble.
Bouche : On retrouve ces notes chaudes et gourmandes, avec une légère impression de douceur en prime. L’alcool passe mieux que sur d’autres expressions de chez Nine Leaves. Très agréable.
Finale : Réconfortante que cette finale, avec un boisé toasté, la vanille, les fruits à coque et même une impression pâtissière drôlement sympa.
Vraiment une jolie découverte. Bon il est en rupture partout, faut dire qu’il est sorti il y a deux ans ^^
Il s’agit en fait d’un rhum de 5 ans (la base est le Encrypted III), dont le “finish” en fût d’armagnac a duré deux ans.

Australia 2007 (14 ans) – 67%

Rumclub Private Selection – Australia 2007 (14 ans) – 67% (photo Excellence Rhum)

Le nez n’est pas très expressif de prime abord et il faut lui laisser du repos. S’expriment ensuite des notes torréfiées sur le cacao, une certaine verdeur épicée, de la banane verte, de la vanille et une pointe de cuir. Original ce premier nez et j’ai hâte de voir ce qu’il va donner ensuite. L’alcool ressort naturellement une fois le rhum aéré mais ce sont surtout les fruits qui ne manifestent : pèche, abricot et noix. Le boisé gagne en présence, de manière générale, se dégage de ce rhum un côté exotique et gourmand. J’aime bien.
L’alcool n’est finalement pas si omniprésent que ça, même avec plus d’une goutte. C’est une jolie explosion mais qui rend compliqué l’exercice de décortiquer les saveurs. On garde notre opulence fruitée mais les éléments ont un peu perdu en intensité.  
La finale voit la disparition des fruits et un boisé doux se fait une place, épaulée par la vanille et toujours un peu de noix. Cette ultime étape suit l’évolution de la bouche et manque un peu de caractère.
J’ai vraiment apprécié le nez ; surtout après du repos et de l’aération mais ensuite il s’engage sur une douce pente descendante.

JMH 1992 HLCF (28 ans) – 58,6%

Rumclub Private Selection – JMH 1992 HLCF (28 ans) – 58,6% (photo : Excellence Rhum)

On y trouve nos fruits exotiques sur-mûris (surtout la banane), du pain d’épices et un côté huile de moteur. De manière générale, une belle intensité mais sans excès et sans trop d’exubérance. Cette intensité arrive sur le second nez, accompagnée de la puissance alcoolique. Une facette pâtissière apparaît, la banane n’est plus seule et le bois prend du poil de la bête. C’est pas mal mais un côté acide et en même temps brûlé, le rend moins attirant à mes narines.
La texture se remarque sur l’attaque et s’accompagne d’une explosion d’esters qui envahit toute la bouche. On y retrouve nos fruits à la limite du pourri, notre pain d’épices, le côté « chimique » et on y gagne un peu de sel qui fait ressortir les saveurs. L’alcool est vraiment très bien dosé.
Très longue est la finale, qui se voit partagée entre fruits exotiques et notes empyreumatiques.
Si ce n’est ce petit “défaut” sur le nez, il n’y a pas grand-chose à redire sur sa qualité !

Dur de faire plus éclectique que cette dégustation, un vrai grand huit des papilles pour des sélections pas communes !

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