Mon Rhum Fest 2016 – partie 2

Vous vous en doutez, après les blancs, nous allons maintenant nous attarder sur les vieux, et il y en a beaucoup, des vieux !
Faisons donc, pour commencer, un petit tour par deux embouteilleurs indépendants, l’un écossais et l’autre danois ; deux fameuses nations du rhum 😛
Le premier est Rum&Cane, dont on n’a pas trop entendu parler. Ils ont deux cordes à leur arc, avec un rhum de Grenade, le Six Saints et plusieurs single casks.

Ce rhum de Grenade est leur entrée de gamme en quelque sorte, et pour une entrée de gamme c’est plutôt réussi. Il est sans sucre ajouté et plutôt sec mais avec des arômes fruités au nez, banane et poire.

Un autre embouteilleur indépendant, écossais cette fois

 

Le choix en termes de single casks, lui est assez vaste, avec sept ou huit rhums d’origines différentes.

Je n’en ai cependant dégusté “que” quatre.

“Pour commencer, un rhum des Philippines.
– De où ?
– Des Philippines.
– Pardon ?
– Des Philippines.
– Ca ne serait pas là d’où vient le Don Papa ?
– Si, tout à fait.
– Ah, mais tu as dû te régaler alors !
– Eh bien, à vrai dire, ce n’est pas si loin de la réalité que ça.

– Très drôle…”

Voilà un rhum au profil plutôt original et éloigné de son cousin que l’on connait. Seul point commun, l’orange, bien que moins présente ici, et surtout de manière moins liquoreuse. Ajoutez-y la cerise et des arômes empyreumatiques et vous avez un nez agréable.
En bouche c’est moins gourmand, les notes brulées sont très présentes et associées à d’autres, légèrement chimiques (plastique) et médicinales. La finale est longue sur ces mêmes notes médicinales et de réglisse.
Bref, intéressant 🙂
Des bouteilles bien reconnaissables

Leur Belize ensuite (donc de la distillerie Travellers), qui offre ce que l’on peut attendre d’un rhum de cette provenance, à savoir de la gourmandise, avec de la vanille, de la noix de coco et ici, un peu de pâte d’amande. C’est sympa, mais rien de neuf.

Je suis assez fan des rhums de Jamaïque, et j’ai donc sauté sur leur rhum de cette île, mais là je dois avouer que j’ai été déçu. Si ce n’est une banane relativement timide, pas de marqueurs jamaïcains ici. Si vous aimez ces rhums “puants” et très expressifs, passons à la suivante.
Et elle nous vient des Fidji, et là ça envoie ! Il m’a rappelé la version Berry Bros, si ce n’est que cette dernière est à plus de 60°. En réduit à 46°, eh bien on a toujours les mêmes arômes mais en peu plus abordable (la version Berry’s pique un peu). Une bouteille pour les amateurs de finesse et de délicatesse… ou pas :p
En fait pas goûté

Allons maintenant faire une excursion au Danemark avec cette énigmatique marque qu’est Ekte.

A ma connaissance, personne n’avait même eu vent de l’existence de cet embouteilleur indépendant. Comme beaucoup je suis allé faire un tour sur le stand pour découvrir ce nouvel arrivant, au quelques douze bouteilles.
Ces rhums sont divisés en deux groupes, les assemblages et les single casks ; les deux ayant des identités visuelles très différentes.
Commençons par les bouteilles fines et allongées. Il y a six blends aux profils très variés. Ils offrent un dégradé, du rhum le plus doux à celui qui a le plus de caractère.
Je n’ai goûté que deux références de cet arc-en-ciel de saveurs (mon âme de poète qui parle – ou pas). Les deux plus secs et intenses. Le Aged and Geeky qui est un blend Guyana/Barbade/Jamaïque/Trinidad, sec, boisé et torréfié (surtout sur la finale), qui fait le boulot. Le Pungent and Geeky, blend Jamaïque/Barbade, est assez clairement sous l’influence de l’île de Bob Marley : intense, puissant (un peu plus fort en alcool d’ailleurs avec ses 47°), empyreumatique et aux marqueurs jamaïcains. Pas mal du tout, il faudrait voir le prix (j’y reviendrai).
Je regrette un peu de ne pas en avoir goûté plus, il aurait pu y avoir de bonnes surprises.
Long Pond, meilleure distillerie de Jamaïque ?

Les single casks maintenant. Là aussi je n’ai pu en goûter que deux, je suis resté sur la Jamaïque dont ils ont deux expressions, un 12 ans issu de la distillerie Monymusk et un 15 ans, venant lui, de chez Long Pond. Les deux sont bons, leur style particulier (comme un benêt je n’ai pas pris de note, mais mon souvenir est vraiment sur quelque chose typique de cette île). Les non amateurs de sensations fortes sont priés de circuler. J’ai également eu de bons échos sur d’autres de ces bouteilles.

Tous ces single casks sont brut de fût et sans altération. Il me semble qu’ils sont partiellement vieillis sous les tropiques mais c’est à confirmer. Précision importante, toutes les informations nécessaires sont indiquées sur les étiquettes de ces bouteilles.
Nous avons donc affaire à des produits de grande qualité. La question suivante est : à quel prix ?
C’est un point qui a fait débat durant le Rhum Fest. Le problème c’est que l’on ne sait pas à l’heure actuelle à combien ils seraient vendus en France. En effet les seules indications de prix que l’on peut trouver sont ceux pratiqués au Danemark. Or les tarifs danois, principalement du fait des taxes sur les alcools, sont bien plus élevés que dans d’autres pays d’Europe. Alors oui, ils sont très élevés, allant environ de 150€ à 300€ mais il est dur de deviner leur coût une fois distribués en France.

A suivre.

 

Habillement reconnaissable (comme celui des hôtesses…)

Nous sortons du monde des embouteilleurs indépendants pour aller en Colombie, avec la marque Dictador.
Je ne m’étais jamais penché sur ces bouteilles opaques jusqu’à récemment.
Après avoir dégusté l’ensemble de leur gamme, je les vois comme une alternative à d’autres rhums de tradition espagnole, avec leurs arômes qui sortent un peu des (trop) classiques vanille et caramel.

En plus des arômes “courants”, le 12 ans nous donne du café, le 20 ans de la noisette et de l’orange. L’Insolent de la noix, de l’orange, du café et du poivre tandis que le Perpetual apporte de la coco en plus du précédent mais en reste très proche.
L’ensemble ne donne pas une impression (très) sucrée et permet de découvrir d’autres arômes que ceux qui nous sont présentés par les poids lourds de ce marché des rons. Pour moi, pas à se damner non plus, vous l’aurez compris.

 

Je leur souhaite toute la réussite possible

Une petite curiosité maintenant, dégustée au bar des nouveautés, dont javais vaguement entendu parler auparavant et qui avait titillé ma curiosité : le rhum Matugga.
Ils ont deux bouteilles à leur arc : un gold rum et un spiced. Je n’ai dégusté que le premier.
Petite info sur ces rhums : ils sont élaborés à base de mélasse d’Ouganda et distillés en Angleterre, puis vieillis juste quelques semaines.

Niveau dégustation, il nous offre des arômes étonnants. Il est très expressif sur des notes médicinales (camphre) et torréfiées (chocolat noir). Ces arômes marqueront votre palais un long moment.

Un rhum qui sort vraiment de l’ordinaire, tant par son origine que par ses caractéristiques gustatives (même si ce n’est peut-être pas un modèle d’équilibre), intéressant !

Finissons cette seconde excursion au Rhum Fest (en attendant la troisième) avec des agricoles vieux, et pas des moindres.

J’y suis allé sans conviction et là : bonne surprise

Commençons par Saint James et deux nouvelles expressions de cette maison.
Le Cuvée Excellence pour débuter.
Un assemblage des rhums d’âges différents pour une moyenne de 6 ans.
Au nez, le boisé est présent de différentes manières, entre autre de par les fruits à coque. Il est gourmand et des notes mentholées amènent de la fraîcheur.
La bouche est moins boisée et trouve un bel équilibre.
Le fût revient sur la finale qui est relativement longue sur des notes torréfiées et de sucre roux. La fraîcheur est toujours présente.

Le millésime 2001 ensuite (même forme de bouteille que le 2000 sorti il y a quelques temps et qui ne m’avait pas vraiment convaincu).
Le nez est très différent du Cuvée Excellence, il offre des notes florales capiteuses mais aussi des arômes de café, d’orange et de fruits (au sirop et confits). Gourmandise et complexité sont au rendez-vous.
C’est en bouche que le boisé apparaît et même assez nettement (il apporte même un aspect tannique). Les épices accompagnent le fût.
La finale est très longue et reste intense, sur le boisé et les fruits à coque. Elle n’est pas exempte d’une certaine fraîcheur. Après quelques minutes, des discrètes notes de bois mouillé se font sentir (seul bémol à mon avis, même si d’autres personnes pourront apprécier).

Deux Saint James simplement bons, en revanche je ne connais pas leurs prix. On peut les penser relativement bon marché – comme la plupart des rhums de cette maison – ce qui les rendrait d’autant plus attractifs.

 

Un des meilleurs rhums proposés cette année

Et donc pour finir, allons faire un tour chez Depaz avec leur millésime 2002.

Depaz est la distillerie de Martinique qui m’a fait arriver sur les rhums agricoles, avec lesquels j’avais beaucoup de mal, grâce à leur XO.
On peut regretter le manque de nouveautés proposées par cette maison tant leurs produits sont bons. Alors oui, de nouvelles bouteilles – le contenant – ont été adoptées pour la gamme mais ce n’est pas ce que j’appellerais une nouveauté (le contenu est annoncé comme le même, ce qui fait froncer quelques sourcils – n’ayant pas pu faire de comparatif, je ne vais pas me prononcer).
Donc cette année avec le blanc, dont je vous ai parlé la semaine dernière et ce millésime, c’est un peu la fête ^^

Et alors que donne-t-il ?
Le nez est riche et équilibré. Boisé, fruits à coque (noix), pâte d’amande, orange, pruneaux et un léger aspect minéral constituent son profil aromatique. La bouche est dans la même veine et offre un superbe équilibre. La finale est longue, boisée et toujours légèrement minérale.
Un superbe rhum agricole !

C’est ainsi que s’achève cette seconde partie de mon Rhum Fest 2016.
Rendez-vous pour la troisième et dernière !

Retrouvez la première partie ici : Mon Rhum Fest 2016 – partie 1

10 thoughts on “Mon Rhum Fest 2016 – partie 2

  1. Ah voilà un courageux qui s'est frotté aux Philippinnes ! Je vois que ton courage a été récompensé 🙂
    Super compte rendu, vivement la suite !

    Like

  2. Je partage totalement les appréciations sur rum&cane sauf pour le six saints qui avait un aspect trop bon bon pour moi. Je partage aussi l'enthousiasme pour Ekte qui a été ma bonne découverte du rhumfest 2016. Si on se réfère au marché allemand, les blends sont accessibles (moins de 50 €) mais les single cask sont assez chers, peut être un poil trop…. on peut penser qu'en France les prix seront similaires, voire légèrement supérieur

    Like

  3. Salut Stéphane,
    Je dois avouer que je m'attendais peut-être à quelque chose de loupé sur le Six Saints et ça a été une bonne surprise.
    Oui pour les single casks de chez Ekte, j'ai vu les prix sur un site allemand et bien que moins chers qu'au Danemark, ils restent à des prix élevés, même si plus abordables.
    Il va falloir que je trouve le moyen des goûter à ceux que j'ai loupé 🙂

    Like

  4. Bonjour,
    Petite question concernant le Six Saints : on vient de m'en offrir une bouteille, je ne l'ai pas encore entamée car j'avoue avoir un gros doute concernant la qualité de ce rhum…et dans ce cas, j'essaye de revendre la bouteille sans l'entamer… 😉 Tu confirmes ton appréciation sur ce dernier ???
    Il me semble que tu dois lire toi aussi le blog “Durhum” et, question rhums, je rejoins ds 90% des cas l'avis de Cyril sur les dégustation de rhum qu'il fait. Donc, barre un peu haute qd même et donc plutôt fan des productions de nos Dom-Tom et des produits Veliers, pour résumer…
    Bref, tu confirme la qualité de ce rhum ?? Comment sais-tu qu'ils n'ont pas ajouter de sucres…?
    Merci 😉

    Like

  5. Salut,
    Concernant le sucre ajouté, je n'ai pas regardé les mesures pour voir si ce rhum y figurait, je me suis fié à mon palais et aux dires du producteur ; je ne peux donc affirmer à 100% qu'il n'y en a pas 🙂
    Je te rejoins sur tes goûts, Velier et pas mal de martiniquais trouvent grâce à mes yeux également.
    Ce rhum-ci, pour une entrée de gamme, qui vaut environ 45€, est assez réussie oui. Maintenant – et mon souvenir est assez lointain – il n'est pas aussi complexe que ceux que tu cites (mais bon il faut dire que des Velier à 45€ ça n'existe pas et que des agricoles à 45€, y'en n'a pas tellement de bons à boire purs).
    Pour finir, je dirais que je m'attendais à moins bien avant d'y tremper les lèvres et que même s'il m'a agréablement surpris, je ne l'achèterais vraissemblablement pas.

    Like

  6. Ok, merci bcp pour ta réponse. Je vais donc suivre ma 1ère idée et essayer de le refourguer… 😉 (oui, je sais, c'est pas bien de se debarasser d'un cadeau 😉
    PS : désolé pour les quelques fautes que je viens de voir ds mon post précédent, j'étais pressé….

    Like

  7. De rien 🙂
    Oui c'est mal, mais je pense que ça nous est tous arrivé 😀

    PS : il m'arrive de tomber sur des fautes dans mes articles après publication, alors tu sais, je ne vais certainement pas te jeter la pierre ^^

    Like

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out / Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out / Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out / Change )

Google+ photo

You are commenting using your Google+ account. Log Out / Change )

Connecting to %s