Les dégustations : les nouveaux Neisson, comment n’y sont ?

C’est vrai ça, comment n’y sont ces Neisson ? N’y sont bons ? Ouais, quand je tiens une bonne blague, je ne la lâche pas (en fait, quand la blague n’est pas super – euphémisme détecté – je fais la même chose :P).

Lors du Rhum Fest à Paris cette année, j’ai goûté beaucoup de choses, sur un éventail très large, même du jus de tigre diabétique, c’est dire. Mais deux jours pleins ne suffisent pas à tout déguster. C’est d’autant plus compliqué quand on veut se faire une opinion plus poussée et donner plus de temps à certaines bouteilles. Cet article est le dernier de la série présentant précisément les rhums que j’ai préféré garder pour plus tard, afin de les déguster à tête reposée. Vous avez eu trois embouteillages de l’Esprit Rhum il y a quelques semaines de cela, les quatre rhums d’Excellence Rhum un peu plus récemment, et aujourd’hui (suite logique oblige) cinq expressions par Neisson.

Il y a quelques mois de cela, la vague de nouveautés Neisson a commencé à déferler avec l’apparition des deux premiers rhums bio du domaine. Présentés au salon Whisky Live de Paris en 2016, ils avaient attiré l’attention. D’un point de vue personnel (comme si d’habitude, je ne vous parlais pas d’un point de vue personnel :P), je trouve la démarche de passer au bio très louable et je ne peux que féliciter Neisson pour les efforts déployés depuis plusieurs années pour réaliser cette conversion d’une partie de leurs parcelles, puis pour enfin pouvoir produire de tels rhums. Mais d’un point de vue tout aussi personnel, je n’ai pas été conquis par ces deux blancs – pour résumer : trop portés sur les légumes, à mon goût.

line up

Le line-up, dégusté sur plusieurs jours

Néanmoins lorsque j’ai vu pour la première fois la bouteille d’Esprit de Neisson bio, je n’ai pu m’empêcher d’être enthousiasmé. A la lecture de certaines articles (citons par exemple celui-ci, qui passe par ailleurs en revue un bon paquet de blancs de la distillerie), cette impatience d’y tremper les lèvres n’en a été que décuplée.
Alors que j’écris cet article c’est désormais chose faite et c’est donc par celui-ci que je commencerai cette dégustation Neisson.
Pour continuer, nous irons nous frotter à la nouvelle gamme des vieux, puisque celle-ci a été intégralement refondue. En effet, un nouvel élevé sous bois, un nouveau VO et un nouveau XO constituent dorénavant leur arsenal “basique” (les guillemets sont vraiment nécessaires :)). Ils ne portent d’ailleurs pas ces noms-là, nous y reviendrons.
Il faut ajouter à ces trois rhums, un 12 ans (sans millésime mis en avant, bien que ce soit un 2004), qui lui-même vient compléter l’éventail des 15 et autres 18 ans.
J’en profite pour remercier Alex Bobby, maître de chais de chez Neisson, qui a bien voulu remplir mes quatre échantillons avec ces rhums vieux lors du Rhum Fest 🙂

Donc oui, un sacré chamboulement chez Neisson ! Mais cela est-il pour le mieux ? Qu’ont à nous offrir ces nouveaux enfants de la distillerie du Carbet ? Allons mettre le nez dans le verre, le rhum dans la bouche, les petits plats dans les grands et papa dans maman (ça va trop loin ? Oui peut-être), et trouver nos réponses !

Neisson Bio

Neisson – L’Esprit Bio – 66% (photo : Neisson)

Comme promis, débutons cette grande séance de dégustation par l’Esprit Bio.

Au nez, il y a un paquet d’arômes qui tentent de se faire une place (et y parviennent) : canne, terre, végétal, citron jaune, citron vert, léger poivre, fleurs… De plus, l’alcool est très bien intégré et de manière générale il est très intense. Dis comme ça c’est vraiment alléchant, cependant, bien que la canne soit présente, la double autorité des notes terreuses et florales n’est pas vraiment pour me plaire.

En bouche, c’est puissant bien sûr (66% ça commence à faire) mais de manière mesurée. De plus une sensation franchement sucrée contrebalance aussi le haut degré alcoolique. On y retrouve la terre mais la canne occupe cette fois le devant de la scène. Le citron vert et sa fraîcheur créent un équilibre bienvenu. Ce qui ne gâte rien : la texture, épaisse, est vraiment très agréable. Ajoutez-y, là-aussi, une intensité remarquable et vous avez une bouche extrêmement bien faite et tout simplement excellente.

La finale très longue, surtout sur la terre et une canne verte (légère amertume). La fraicheur citronnée est très présente et vous aurez un petit peu de poivre, qui se fait discret dans les rangs du fond. Elle est longue et vivante mais malheureusement pour moi, un peu trop sur la terre et une impression végétale.

Sans nul doute : intéressant, très intense, très long, complexe et à la bouche exceptionnelle (vraiment !). Mais je ne le trouve pas très équilibré sur l’impression générale et les arômes terreux sont globalement un peu trop présents pour moi.

Neisson Profil 105

Neisson – Profil 105 – 54.2% (photo : Neisson)

 

Nous avons débuté par le blanc, allons maintenant sur l’élevé sous bois, doté du doux nom de Profil 105 (nom se référant au profil de chauffe que le fût a subi).

Au nez, la première chose qui frappe c’est son boisé très marqué pour un élevé sous bois. Il est très présent et très gourmand sur des arômes caramélisés, toastés, vanillés mais aussi légèrement épicés. Les fruits sont là aussi, représentés par l’orange et l’abricot. L’ensemble est assez équilibré, même si dominé par ce boisé, qui est vraiment très gourmand. Dernière chose, les 54.2% sont étonnamment discrets !

En bouche, on garde son côté gourmand et l’alcool est plus présent mais ne gêne pas. Il est très intense sur des notes similaires au nez : orange, boisé, toasté mais avec un côté torréfié en prime.

La finale est (très) longue et sèche. Nous retrouvons le boisé toasté et les fruits ont séché. L’orange est toujours là et apporte un certain l’équilibre.

Je suis partagé. Non pas qu’il ne me plaise pas, il me plait même beaucoup, surtout le nez. C’est plus le buzz autour de ce rhum qui m’a un peu dérangé. Oui, pour un ESB il est exceptionnel, bien meilleur que beaucoup de VO, voire de VSOP. En revanche il est également plus cher que presque tous les VO et au niveau de pas mal de VSOP. Sans aucun doute, il est très intéressant de voir qu’un rhum si jeune puisse déjà être si… bon. Se pose ensuite la question du rapport qualité/prix ou plutôt de la comparaison avec d’autres rhums plus âgés mais de même prix. Et là, je n’ai pas de réponse 😛

Neisson vieux

Neisson – Le rhum vieux par Neisson – 45% (photo : Neisson)

On continue avec le prochain sur la liste, le VO, ou : Vieux par Neisson.

Au nez, loin du verre, on découvre un profil léger et chaud, sur des arômes légèrement boisés, de fruits secs caramélisés, de vanille et d’abricots. Puis lorsque l’on s’approche du verre, vous serez enivrés par des notes plus lourdes et épicées. De surprenantes touches terreuses se font remarquer alors que des arômes torréfiés s’y allient. Le bois devient également plus puissant. Cette différence de profil, selon la distance à laquelle vous vous tenez du verre est impressionnante, et après quelques tentatives, vous trouverez le « sweet spot », là où tous ces arômes se conjuguent pour un résultat de toute beauté.

En bouche, il est plus sec et boisé que ce à quoi on pouvait s’attendre. On a beaucoup plus les arômes du fond du verre trouvés au nez. On fait donc face à un rhum sec, très épicé (y compris du poivre) et boisé, manquant un peu d’équilibre. On y retrouve également les notes torréfiées et la vanille, mais plus discrète. Paradoxalement, il offre comme quelque chose de jeune, de végétal.

La finale est longue et épicée. Le boisé est sec et vous accompagne un long moment.

Un nez très bien foutu mais une bouche et une finale qui, pour moi, manquent d’équilibre, comme si quelque chose ne s’associait pas correctement. Oui je suis difficile ! Il faut garder à l’esprit qu’il ne s’agit « que » d’un VO et à ce titre il se défend très bien 😊

Neisson XO

Neisson – Le rhum XO par Neisson – 48.5% (photo : Neisson)

On est bien lancé, c’est parti pour le XO !

Au nez, bien qu’il soit relativement timide (mais il va le devenir de moins en moins au fil des minutes), on découvre un profil chaud et boisé. Les fruits (orange et pruneau) sont confits, gorgés de sucre et comme saupoudrés de cacao pour une association qui invite à la suite de la dégustation. L’alcool est très bien dosé.

En bouche, l’attaque confirme le côté chaleureux du rhum et la texture est soyeuse. On retrouve le cacao, le boisé, qui se fait précieux et les fruits toujours aussi confits. L’ensemble est très bien assemblé et très concentré, intense. Une très belle bouche où tous les arômes font jeu égal.

La finale est très longue et dominée par le boisé, qui se fait grillé, et des notes torréfiées. Le poivre blanc fait une ultime apparition. Ce rhum laisse une impression physique (un petit quelque chose de tannique mais pas seulement) en bouche très agréable, comme s’il avait laissé une fine pellicule sur le palais. Pour finir, apparait enfin une pointe de fraicheur comme mentholée.

C’est bon, franchement c’est très réussi ! Seul bémol selon moi, un certain manque de fraicheur (qui n’apparait finalement qu’à la toute à la toute fin de la dégustation). Etant donné la richesse de la bête, ce n’est pas un gros défaut mais je voulais le souligner.

Neisson 12 ans

Neisson – 12 ans – 52.7% (photo : Neisson)

Aller, cerise sur le gâteau : le 12 ans !

Au nez, chaleur et intensité ! Le bois est toasté, les épices dominées par la cannelle, légèrement poivrée et le cacao poudré. Tous ces arômes très noirs et profonds accueillent avec joie des notes de fruits exotiques compotés et vanillés qui apportent la gourmandise et l’équilibre nécessaires. Donnez-lui du temps, il le mérite et vous le rendra bien. Dernière précision, les presque 53% ne se font pas sentir – oui c’est bon signe !

En bouche, quelle intensité encore une fois. Le profil est encore plus « noir », très boisé, épicé, torréfié, tout ça à la fois ! Ouhlala quelle concentration et quelle chaleur. Un peu comme sur le Vieux par Neisson, ce sont vraiment les arômes les plus sombres qui ressortent au détriment des fruits, mais dans un unisson mieux maitrisé.

La finale est très longue, ça tombe bien, elle est délicieuse. Mais c’est surtout cette explosion de toute fin de bouche et les quelques secondes qui suivent qui sont séduisantes. Sont toujours présents le boisé noble et les épices, puis on retrouve après quelques minutes un côté végétal.

Surprise, c’est bon ! Bon j’avoue ce n’est pas vraiment une surprise 😉
Puisqu’il est de bon ton de le comparer au 2004 sorti il y a quelques temps, je dirais que ce dernier est plus délicat, plus fin ; alors que le 12 ans est plus intense et concentré, plus sombre et aussi plus persistant. Petite préférence personnelle pour le 2004.

Quel tour d’horizon ! Et que de rhums intéressants ! Je sais ce n’est pas très original mais je me penche de plus en plus sur cette distillerie, il y a tant à découvrir, même si les samples sont souvent la seule solution étant donné le prix des bouteilles (qui n’est pas nécessairement injustifié, mais simplement élevé). Bref, une chose est sûre : je vais rester à l’affut des prochaines sorties chez Neisson mais je vais aussi m’intéresser à des bouteilles sorties par le passé ! A la prochaine 😉

future lin up

Des petites choses qui trainent à la maison…

2 thoughts on “Les dégustations : les nouveaux Neisson, comment n’y sont ?

  1. Pingback: Mon Rhum Live 2017 – partie 2 | Les rhums de l'homme à la poussette

  2. Pingback: A few new Neissons – Single Cask Rum

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