Les deux derniers nés de la famille nombreuse Savanna

Je vous avais dit, il y a bien longtemps de ça, que je devrais m’intéresser de plus près à Savanna, cette distillerie réunionnaise à la gamme incroyablement variée et riche. Pour vous donner une idée, mais sans être exhaustif, ils ont dans leur répertoire des rhums pur jus de canne, des rhums de mélasse, des bruts de fûts, des single casks, des finitions, des grands arômes… Amusez-vous à associer certains de ces éléments et vous tomberez sans doute sur un rhum qu’ils proposent 🙂

Bref, quand la distillerie m’a contacté pour me demander si je serai intéressé par la dégustation de leurs deux nouveautés à venir, j’ai répondu présent ; une occasion toute trouvée pour me pencher un peu plus sur Savanna.

Lontan duo

Les deux Savanna Lontan dégustés il y a quelques semaines – Cela permet aussi de vous donner une idée de ce à quoi ressemblent les bouteilles, parce juste avec les samples c’est compliqué…

C’est d’ailleurs dans cette optique que je n’étais pas mécontent de déguster, il y a bientôt deux mois de cela, deux de leurs grands arômes (la gamme Lontan) ; un single cask 10 ans réduit à 46% et un 11 ans brut de fût, ma préférence ayant nettement été pour ce dernier.

Il faut aussi savoir que j’ai du mal avec les rhums de la Réunion. Rivière du Mât, Isautier, Savanna… Il y a bien quelques rhums dans leurs gammes qui sortent du lot et se démarquent, mais rien qui ne m’ait vraiment enthousiasmé – bien sûr je suis loin d’avoir tout dégusté. De plus, je leur trouve régulièrement un arôme plastique brûlé – qui certes m’aide à identifier leur origine lorsque je les goûte à l’aveugle – que je n’apprécie que modérément…

Revenons-en aux deux rhums de cette dégustation.
Nous avons d’abord un rhum pur jus de canne brut de fût (61.8%) de 9ans, puis un second brut de fût (50.8%) mais traditionnel (de mélasse donc) de 10 ans et, détail qui a son importance, finit en fût ayant contenu du HERR (pour High Ester Rum Réunion). Oui, en fait ce n’est pas vraiment un détail, ce rhum sorti l’année dernière lors du Whisky Live 2016 a ses fans et… les autres. Je fais partie de ce second groupe. J’ai pu le déguster il y a un an et je dois bien avouer que ça a été un choc. Il se passe énormément de choses, l’intensité qu’il offre est hors du commun, mais voilà pour moi, il était trop, juste trop !
Mais que peut donc donner quelques mois de vieillissement en fût de HERR ? Ce dernier prend-il le pas sur le rhum lui-même ? On va bien voir.

Agri

Savanna Agricole 9 ans brut de fût – 61.8%

Mais nous allons commencer avec le plus fort des deux ; cela peut paraitre étonnant mais voyant le pedigree de l’autre, il y a un risque qu’il marque sacrément le palais.
Au nez, nous sommes bien devant un agricole, mais atypique et il est difficile de croire qu’il est à un degré alcoolique aussi élevé tant l’alcool est bien intégré. Ce sont avant tout des arômes fruités qui se distinguent, avec dans le désordre la poire, le pruneau, le zest d’orange et une olive marquée. Vient ensuite le caramel légèrement chauffé et onctueux. Avec du repos, le boisé ressort mais sans dominer l’ensemble et l’on fait face à un rhum pur jus de canne plus classique (même si l’olive se fait encore une petite place) mais très agréable au profil très fondu et équilibré (boisé, fruité légèrement confit : abricot et pèche, et frais : zest d’orange toujours).

En bouche, l’alcool est plus présent et il se fait très vif. La texture est légèrement épaisse et enrobe bien le palais. L’orange est intense et accompagnée par l’abricot (encore une fois très mûr, voire confit). Il possède une légère douceur qui aide à encaisser les watts. Le bois est assez discret et là aussi c’est relativement équilibré et gourmand.

La finale, assez longue, est bien plus chaude, sur un boisé toasté, voire grillé (et très légèrement amère, sans que cela dérange). Des notes torréfiées se font aussi sentir. Sur le milieu de cette finale, des notes brûlées pas très agréables trainent un peu puis disparaissent. Après quelques instants, des notes de caramel cuit apparaissent et vous accompagnent jusqu’à la fin, où une pointe de tabac ressort.

Ce Savanna est une jolie réussite. Le nez et la bouche n’ont pas à pâlir face à des poids lourds martiniquais. Et si ce n’est ce passage « brûlé » lors de la finale, c’est vraiment très bon !

Tradi

Savanna Traditionnel 10 ans brut de fût finition HERR – 50.8%

Passons maintenant au redouté cousin du HERR ^^
Au nez, ouhla ! Il se passe beaucoup de choses, des choses intenses et un peu pêlemêle. Le côté finish grand arôme sous amphétamines se fait sentir, mais (heureusement) bien moins que sur le HERR lui-même. Nous avons des arômes fruités très variés, avec des fruits exotiques proche du pourrissement (et légèrement âcres) mais aussi une acidité de fruits rouges. Le caramel n’est pas loin derrière et se fait tantôt onctueux et crémeux, tantôt proche du brûlé. Voilà la base, mais ensuite au fil des minutes et selon la distance entre votre nez et le verre, vous aurez une assez grande évolutivité : un boisé qui ressort, une acidité accrue, une fraicheur orangée, une olive en saumure, une pointe humide presque moisie… Après encore un moment il a tout de même tendance à s’assagir et à « s’unifier ».

En bouche, c’est explosif, l’alcool ressort un peu plus (il ne se faisait pas sentir sur le nez), l’acidité se fait remarquer en début de bouche et une légère sucrosité enrobe les papilles. Le boisé est un peu plus présent ainsi que l’orange et on perd l’influence du finish ; il se fait donc plus classique.

La finale est longue et marque vraiment le palais pour de très longues minutes. Des notes empyreumatiques se font immédiatement sentir. On passe ensuite sur un profil typique de vieux rhums de mélasse comme ceux qui nous viennent de Guadeloupe, sur le caramel cuit, l’olive, le bois… En fait sur cette finale à l’aveugle, j’aurais définitivement pensé à un vieux Bellevue/Damoiseau.

Alors ? Qu’est-ce qu’on en pense de ce rhum ? Afin de pouvoir l’apprécier il est nécessaire, pour moi, de passer outre le côté grand arôme, avec lequel j’ai du mal, et d’embrailler en mode analyse. C’est à ce moment qu’on découvre des arômes qui vont au final rendre ce rhum intéressant et agréable. Bon selon moi, il est malgré tout, plus intéressant qu’agréable 😉

Deux dégustations qui n’ont rien à voir l’une avec l’autre. J’ai ma préférence pour l’agricole mais je dois avouer que le traditionnel est loin d’être dénué d’intérêt.
Reste à découvrir les prix et s’ils seront ou non distribués dans l’hexagone (certaines cuvées de la marque restant pour la marché local, à la Réunion).

One thought on “Les deux derniers nés de la famille nombreuse Savanna

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