Les Dégustations : Rasta Morris – partie 1

Il est de ces rares embouteilleurs dont j’ai entendu parler de nombreuses fois mais dont je n’ai jamais rien goûté. Rasta Morris est un parfait exemple de cette catégorie. J’avais pu lire bon nombre de choses au sujet de ces embouteillages sans jamais avoir l’opportunité de les déguster. Relativement nouveau sur la scène rhum, c’est dans le whisky que cet embouteilleur belge (sous le nom d’Asta Morris) a fait ses armes.
C’est par Facebook que j’ai pu rentrer en contact avec Bert Bruyneel, l’homme qui se cache derrière Ratsa Morris, qui m’a rapidement proposé de me faire découvrir son travail en m’envoyant quelques échantillons. J’étais très impatient de connaitre ses rhums, alors quand j’ai découvert que pas moins de huit samples m’attendaient, vous comprendrez que j’ai pu être pour le moins enthousiasmé !
Je me suis organisé pour faire deux cessions dégustation, de quatre rhums chacune.
Le premier line-up se compose – dans cet ordre – d’un blend maison, d’un Venezuela, d’un Barbade (Foursquare) et d’un Caroni. Oui, on va voyager ! Alors attachez vos ceintures, on est parti 🙂

Rasta Morris – Maman Brigitte Blended Rum – 43%

Barbados 8 ans, Dominican Republic 5 ans, Jamaica 3 ans

MamanBrigitte mod

Rasta Morris – Maman Brigitte Blended Rum – 43%

Le premier nez nous présente un rhum relativement gourmand avec plusieurs arômes qui jouent à armes égales. Le coco, le zest d’orange et les fruits exotiques « à la jamaïcaine » forment la colonne vertébrale de ce rhum, mais il faut y ajouter des touches vanillées et crémeuses pour être complet. Sans être exubérant il est agréable sur une veine assez légère. Le second nez est plus concentré et plus chaud. On découvre des notes torréfiées et caramélisées (mais toujours crémeuses) mais aussi moins fruitées, ou alors avec des fruits compotés et caramélisés et un peu plus discrets. Intéressante évolution que nous offre ce blend avec deux facettes très différentes et sympathiques.

En bouche, il est très léger et manque un peu de texture. C’est plutôt son ascendance dominicaine qui domine ici ; on est sur la vanille et le caramel crémeux et c’est bien la douceur qui caractérise ce rhum. Une touche de vernis jamaïcain tente de se faire une petite place mais la Barbade, elle, a disparu.

La finale démarre sur une impression crémeuse et vanillée même si elle est un peu plus sèche que ce à quoi on pouvait s’attendre après la bouche. Elle retombe assez vite et on garde juste un voile vanillé, sans toutefois totalement perdre sa part jamaïcaine. C’est une très timide note de noix de coco qui viendra conclure la dégustation.

Un rhum au nez prometteur mais la suite de la dégustation ne sera pas tout à fait au niveau, avec, j’imagine, une forte proportion de République Dominicaine dans le blend, ce qui aura pour conséquence de le rendre un peu trop « plat ». Un blend abordable et bien trouvé pour guider les novices vers un peu plus de complexité.

Rasta Morris – Venezuela 11 ans (2008-2019) – 63.1%

Venezuela2008-2019

Rasta Morris – Venezuela 11 ans (2008-2019) – 63.1%

Le premier nez est très porté sur des arômes que j’associe au fût, puisqu’outre le bois lui-même (qui a d’ailleurs un léger accent humide), c’est un côté balsamique et une noix verte (qui mûrit, les minutes passant) qui sautent aux narines. On devine la puissance de l’alcool sans que les poils du nez soient inquiétés. Un voile de caramel vanillé et saupoudré de noix de coco fraiche surnage et apporte un certain équilibre. Le rhum étalé sur les parois du verre, l’alcool ressort un peu mais toujours sans excès. On retrouve les arômes trouvés plus tôt mais plus intenses, plus profonds : la noix se fait torréfiée, l’impression balsamique est amplifiée et le coco devient grillé. En prime, l’orange apparait aux côtés du chocolat façon orangette. Bien que sur un profil assez noir, il garde un certain équilibre grâce à une fraicheur qui demeure. Je suis franchement surpris – positivement – par le nez de ce rhum vénézuélien.

En bouche, l’alcool est bien là mais sans brûler, et l’attaque est légèrement sucrée. On garde la noix, la vanille et le bois mais le sucre gagne en intensité et tend à emporter un peu tout sur son passage, ce qui est bien malheureux.

La finale reste sur cet équilibre sombre et frais mais est partiellement diminuée par le sucre qui rend la langue un peu pâteuse. Heureusement la noix est toujours là et moi, j’aime la noix.

Le nez ne me faisait pas penser à ce que je connais du Venezuela, la bouche en revanche a changé la donne, avec un sucre très présent, trop présent ; et c’est dommage car ce nez laissait entrevoir de belles choses et offrait même un axe étonnant et surprenant pour un rhum de cette origine.

Rasta Morris – Foursquare 14 ans (2005-2019) – 63.6%

Foursquare2005-2019

Rasta Morris – Foursquare 14 ans (2005-2019) – 63.6%

Le premier nez est assez timide et donne l’impression que l’essence de ce rhum reste nichée au fond du verre mais l’on perçoit cependant des notes typiques de la distillerie de la Barbade : noix de coco, boisé, orange et vanille. Pour l’instant rien de nouveau sous le soleil foursquarien même s’il laisse entrevoir une potentielle jolie concentration. Le deuxième nez nous offre en effet cette concentration avec des arômes plus sombres qui surgissent, comme par exemple le tabac ou la noix de coco qui est désormais bien grillée. De manière intéressante et surprenante, nous avons quelques arômes atypiques de la distillerie qui font leur apparition : sciure de bois poivrée (ah quand même) et un côté crémeux. Sans s’écarter bien loin de ce qu’est Foursquare, ce rhum parvient à se créer une identité entre autres de part sa forte concentration.

En bouche, une simple goutte suffit pour avoir la bouche tapissée d’un liquide enveloppant et soyeux. On retrouve cette très forte concentration, avec le coco grillé, la vanille grasse et le boisé bien serré. Certes on retrouve l’identité Foursquare en plein, mais avec une texture et une concentration assez remarquables. Ce qui ne gâche rien, l’alcool est bien dosé.

La finale est longue et reste expressive un bon moment. La noix de coco ne nous quitte plus mais on revient sur un profil plus noir avec le tabac qui réapparait et qui va progressivement – et agréablement – assécher la bouche.

Un joli Foursquare. Rien de vraiment révolutionnaire mais cette impression qu’une seule goutte parvient à livrer tout ce que ce rhum a à livrer – une bouteille qui dure longtemps, même si son goût de reviens-y est sans doute dangereux.

Rasta Morris – Caroni 20 ans (1997-2018) – 63.1%

Trinidad-1997-2018

Rasta Morris – Caroni 20 ans (1997-2018) – 63.1%

Au premier nez, nous sommes sans aucun doute dans la distillerie « disparue » de Trinidad. On y trouve ce qui fait l’essence (sans jeu de mots) de Caroni mais de manière plutôt équilibrée, puisque, bien que présentes, les notes d’hydrocarbures, de caoutchouc (et ici de fumée) ne dominent pas sans partage et laissent s’exprimer des arômes plus gourmands et plus exotiques, fruités (orange et mangue) et vanillés. Très prometteur et potentiellement un Caroni comme je les aime. Le verre recouvert de rhum, il devient naturellement plus expressif et plus intense. Les narines sont submergées, entre arômes de vanille, de fruits au sirop, d’eau de vie de raisin (façon cognac), puis de charbon de bois et de cendres… On voyage ! Je suis bien sur un Caroni comme je les aime, avec complexité, gourmandise et… Caroni 😊

En bouche, l’attaque n’explose pas (on aurait pu penser vu le degré alcoolique) mais ce rhum va gagner en puissance et en intensité en quelques secondes pour nous offrir ce que le nez nous laissait espérer : une exubérance tropicale soutenue par la typicité caronienne.

La finale est longue (mais est-ce vraiment surprenant avec Caroni) et donne l’impression de mâcher une gousse de vanille qui se serait engluée dans du goudron encore fumant. Oui, les fruits manquent un peu mais s’ils avaient été de la partie en fin de dégustation, on n’aurait pas été loin du perfect.

Sans doute un des meilleurs Caroni à vieillissement partiellement continental que j’ai pu goûter. C’est tout simplement très bon. Belle sélection, bravo !

Line up 1

Rasta Morris – Line up dégustation n°1

Et bien ça ne commence pas mal du tout cette découverte ma foi ! Rien de mauvais, certaines surprises et un coup de coeur 🙂
On verra ce que la suite nous réserve.

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