Les dégustations : un sac d’Enmores

Ceux qui se procurent régulièrement des échantillons le savent, il est très facile de se retrouver avec énormément de samples sur les bras. Les nombreuses envies de déguster des nouveautés, des licornes, d’anciens embouteillages… Les motivations ne manquent pas, en revanche, les occasions, si.

Enmore line up 1

Enmore – et de trois échantillons

Je me suis rendu compte que j’avais quelques Enmore dans mes tiroirs. Différents embouteilleurs, différents millésimes, différents degrés, différents vieillissements… Qu’à cela ne tienne, je me suis mis en tête de les déguster en un line-up de six rhums !
Alors voyons voir ce que le profil Enmore a de plus varié à nous offrir, c’est parti.

Samaroli – Enmore 1988 – 45%

Samaroli - Enmore 1988 - 45%

Samaroli – Enmore 1988 – 45% (photo : Pietro Caputo)

Au premier nez, il reste un peu en retrait et semble plutôt végétal, floral (camomille) et léger (bien loin des Enmore qui tachent). Un boisé discret et un citron timide ressortent et c’est tout pour l’instant. A noter que j’ai eu un petit effluve bouchonné (comme sur un vin) mais qui a rapidement disparu. Au deuxième nez, l’impression de liège un peu moisi est malheureusement revenue de manière un peu plus insistante. Par ailleurs, son côté végétal s’atténue, l’orange remplace le citron, un côté cire apparait et de fines épices douces surgissent du fond du verre. C’est donc un peu mieux qu’au départ mais loin d’être folichon, surtout avec ce défaut.

En bouche, il est franchement mauvais. Cela vient-il du sample ou est-ce le profil de ce vieux Samaroli ? Je ne sais pas mais je m’arrête là.

La finale est longue, malheureusement…

Bon ce n’était vraiment pas bon, mais cela peut venir de l’échantillon (cela m’étonnerait qu’un rhum pareil ait été mis en bouteille franchement), je n’en tirerai donc pas de conclusion.

Duncan Taylor – Enmore 1985 (2012) – 52.5%

Duncan Taylor - Enmore 1985 (2012) - 52.5%

Duncan Taylor – Enmore 1985 (2012) – 52.5% (photo : Alan Van Hal)

Au premier nez, cet Enmore apparait plus riche et tropical que le Samaroli, sur des notes plus chaudes, avec un boisé plus présent et épicé, ainsi que des fruits qui commencent à se faire sentir. Il n’est tout de même pas opulent et lui aussi a une facette végétale bien là. Avec l’aération le bois épicé prend encore un peu plus de poil de la bête et il offre même un côté médicinal, ou plutôt cette odeur que l’on sent en arrivant chez le dentiste, voire même en l’occurrence, un cabinet de dentiste qui aurait été fraichement repeint. Moyen.

En bouche, le changement fait du bien, même si ce Duncan Taylor n’est pas franchement réussi. On retrouve le boisé/épicé qui domine clairement et qui est un peu astringent. Ses notes végétales n’arrangent rien. Une légère impression de chaleur se répand en bouche de manière plutôt agréable cependant.

La finale est moyennement longue, et encore une fois sur ce trio : bois, épices, végétal. Les secondes passant il a tendance à devenir un peu plus sombre.

Ce rhum de 27 ans (quand même !) ne présente, à mon goût, aucun intérêt.

Silver Seal – Enmore 1996 – 55%

Silver Seal - Enmore 1996 - 55%

Silver Seal – Enmore 1996 – 55% (photo : Silver Seal Rum Collectors)

Au premier nez, il est très différent des deux autres, bien plus sur des notes torréfiées de café, et des arômes de sucre cuit et de vanille, comme avec un toffee bien « foncé ». Il est bien plus lourd et on pourrait penser que c’est celui dont la part de vieillissement tropical a été la plus longue. Avec le liquide étalé sur les parois du verre, on garde le même profil que précédemment mais comme accentué, ce qui est sympa, si ce n’est qu’il offre également une note d’acide butyrique, ce qui l’est beaucoup moins.

En bouche, il est un peu plus vif que prévu, grâce à l’alcool qui est bien dosé et l’on retrouve bien les différents marqueurs du début de la dégustation, avec le café, le caramel et le bois. L’ensemble est saupoudré d’épices pour un résultat pas désagréable mais pas équilibré. Heureusement la petite touche « vomis » a disparu.

La finale reste longuement dans cette vaine « saucée » et la langue devient un peu pâteuse et sèche, ce qui n’est pas très agréable.

Le moins mauvais de ces trois premiers dégustés, mais seulement parce les autres sont vraiment foirés.

DDL – Enmore 1996 (2017) – 57.2%

DDl - Enmore 96 mod

DDL – Enmore 1996 (2017) – 57.2% (photo : Référence Rhum)

Au premier nez, il semble relativement lourd sur un bois vanillé et cacaoté mais des notes d’éthanol dérangent. La puissance de l’alcool, elle est en revanche mesurée et une facette exotique pointe le bout de son nez. Avec un peu plus de temps, la noix de coco fait une apparition et une percée tonitruante ; elle est accompagnée d’un peu d’abricot et cette alliance chasse les notes alcooleuses perçues plus tôt. Sur le second nez, les choses se mettent en place et le profil devient résolument chaud et gourmand. La noix de coco fait jeu égal avec le bois et le tabac, alors que l’abricot gorgé de soleil n’est qu’au second plan. Agréable ma foi, d’autant que la noix fait une apparition timide mais remarquée.

En bouche, l’alcool réveille (ça surprend et ça brûle même un peu) et la texture est épaisse, alors qu’une impression sucrée se dégage. Tabac, bois puis coco se disputent la première place mais le coco commence déjà à disparaitre. Cette bouche n’est pas au niveau du nez, sans être complètement loupée pour autant.

La finale est moyennement longue (je m’attendais à plus de longueur) et c’est le tabac qui domine. Les fruits sont loin mais cette impression de douceur ne nous quitte pas (sucre ajouté ?).

Dégustation en demi-teinte avec un nez vraiment sympa sur la gourmandise et l’opulence puis une bouche très très puissante et une finale relativement courte, gâchée par un sentiment de sucre ajouté.

Velier – Enmore 1990 – 61%

Velier - Enmore 1990 - 61% mod

Velier – Enmore 1990 – 61% (photo : Olivier Scars)

Au premier nez, cet Enmore par Velier se présente sous une apparence très végétale et même à tendance eau-de-vie de plantes. L’alcool est ici assez présent et il faut se méfier. Son vieillissement continental ne fait pas de doute et il n’est pas sans faire penser à des rhums jamaïcains de certains autres embouteilleurs indépendants. On y décèle tout de même de légères notes de fruits avec la pomme, qui serait épicée, et le citron, ainsi qu’une discrète impression lactée. Une fois les parois tapissées, il révèle d’étonnantes notes empyreumatiques cendrées et les plantes épicées demeurent. Agréable ? Non.

En bouche, on retrouve ce que le nez nous avait présenté et ce de manière très intense avec un alcool qui porte les arômes. Du coup, c’est loin d’être bon. Ah et on a aussi la brûlure de l’alcool. Zut.

La finale est dominée par les notes cendrées et est plutôt longue.

Vraiment pas une réussite que cet Enmore vieilli sur le vieux continent (tout comme son frère le 1988). Un gros manque de gourmandise et de plaisir, le tout empiré par un alcool vraiment trop fort.

Velier – Enmore 1998 (9 ans) – 64.9%

Velier - Enmore 1998 (9 ans) - 64.9%

Velier – Enmore 1998 (9 ans) – 64.9% (photo : Alan Van Hal)

Au premier nez, il est très vif et ses 64.9% se font sentir, la prudence est de mise. Ses arômes sont difficiles à identifier et il semble un peu avare de courtoisie. Du bois légèrement épicé à tendance médicinale, il y en a, et il y a aussi pas mal de verdeur (peut-être son jeune âge). Il offre un peu d’orange, ainsi qu’une pointe de framboise mais également un côté alcooleux pas du meilleur effet. Le second nez n’est pas franchement plus expressif mais fait encore ressortir la puissance de l’alcool. De timides touches cendrées et de tabac font tout de même leur apparition, alors que les fruits tentent de résister et de se garder leur (petite) place.

En bouche, bien que puissant, l’alcool est mieux intégré que sur d’autres (le 1990 pour ne pas le citer). Attention ça envoie quand même fort. Il n’est pas désagréable mais semble débuter dans une certaine voie sans tout à fait l’emprunter jusqu’au bout. Il pourrait être gourmand mais ne l’est pas malgré un début de quelque chose de sympa et une attaque non dénuée de douceur. On retrouve quelques notes médicinales qui se font boisées et réglissées et… c’est à peu près tout.

La finale est longue et on y retrouve le tabac du nez tout en gardant la réglisse de la bouche.

Que penser de ce rhum ? C’est peut-être sa jeunesse qui fait que l’on reste sur sa faim ; peut-être quelques années de plus sous son climat tropical l’auraient bonifié… Dur à dire, en tout cas, bien que meilleur que le 1990, il est loin d’être réussi.

Enmore line up 2

Dégustation Enmore – et les trois autres

Dire que je m’attendais à mieux sur l’ensemble de cette dégustation serait un euphémisme. Comme quoi se procurer certains samples ne sert à rien, si ce n’est dépenser de l’argent :/ Enfin, si, si acheter un sample permet de ne pas mettre plusieurs centaines d’euros dans la bouteille…

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