Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise

Et hop, on dépasse désormais allègrement les 90 rhums blancs purs jus de canne dégustés à l’aveugle. Pour ce 14ème article, on sera aux alentours des 50% et le hasard aura voulu que l’on ne soit presque que sur des rhums de Martinique.
C’est donc parti pour 6 nouveaux rhums agricoles !

Premier rhum et un premier nez très engageant ; classique sur une canne à mi-chemin entre le fruité et le végétal, puis une touche de citron vert. Ça et une impression de douceur et nous voilà face à un ti-punch. Après avoir étalé le liquide dans le verre, l’alcool gagne en puissance, ainsi que la fraîcheur, à la fois végétale et citronnée. On perd malheureusement un peu en fruité. Après une minute de repos, le poivre fait une apparition remarquée. Je préférais ma première impression même si la seconde est loin d’être catastrophique.
La bouche est moyenne. Manquant d’un peu de texture et d’intensité gustative, elle est néanmoins assez complète, avec canne, poivre et zeste d’agrume.
La finale, relativement courte, est végétale et poivrée et même un peu amère.
J’ai cette sensation d’avoir suivi une pente douce au fil de cette dégustation, qui se conclut par une impression générale médiocre.
HSE Cuvée 2012 – 50%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – HSE Cuvée 2012 – 50% (photo : Rhum Attitude)

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Le nez dévoile un rhum agréable et pas si simple. Bien que l’on ait des acteurs habituels, avec canne à sucre et zeste de citron vert, d’autres agrumes sont de la partie, ainsi qu’une pincée de poivre et une discrète touche métallique. Expressif et à l’alcool discret, voilà un beau profil. Le second nez est très proche du premier, avec un peu plus d’intensité aromatique et alcoolique.
La bouche est plus intense que sur le premier malgré un alcool très discret. Il est agréable de le garder un moment en bouche et cela permet de bien l’analyser et d’y retrouver tous les acteurs du nez sans exception.
La finale devient progressivement dominée par les facettes végétales et florales de la canne, en perdant sa fraîcheur au fil des secondes.
J’ai apprécié ce rhum sans que ce soit un coup de cœur.
La Favorite La Digue 2019 – 52%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – La Favorite La Digue 2019 – 52% (photo : Excellence Rhum)

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On change de direction avec un pur jus où la canne ne manifeste de manière plus complète, sa facette florale se remarquant, particulièrement après les deux premiers rhums qui en étaient dépourvus. En quelques minutes dans le verre il a déjà évolué et se fait plus gourmand et équilibré. Avant de faire tourner l’alcool dans le verre, il a encore évolué et est devenu plus lourd, sur des notes capiteuses et de légumes (sur lesquels il resterait un peu de terre). Très étonnant, même si moins agréable. Une fois les parois recouvertes, on retrouve notre profil initial, ou plutôt une association de ses différents visages, avec tous les éléments qui les composent. J’ai rarement été face à un rhum blanc aussi complexe et évolutif !
La texture est soyeuse mais l’intensité n’arrive pas dès l’attaque. L’alcool ne gêne pas (même si une sensation pimentée arrive graduellement) mais il lui manque un côté explosif qui me laisse sur ma faim. Il manque même un peu de saveurs ; elles sont là mais trop emmêlées et pas assez franches ou vives.
La finale reste bien présente un long moment et, entre agrumes, canne, poivre et fleurs capiteuses, le palais est marqué durablement.
Le nez m’avait impressionné mais la bouche ne s’est pas révélée au niveau et bien que la finale reprenne bien ensuite, c’est une petite déception. Bon niveau global malgré tout.
Maison la Mauny Acacia – 50%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – Maison la Mauny Acacia – 50% (photo : Excellence Rhum)

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Moins expressif, ce numéro quatre semble aussi plus léger, comme moins concentré. La canne végétale est rejointe par un peu de poivre et une surprenante impression lactée, qui lui procure une certaine identité. Cette identité s’en voit même renforcée par quelques épices ; encore plus étonnant. Il gagne en fraîcheur sur le deuxième nez mais garde cette étonnante typicité. Intéressant, il manque pour l’instant de gourmandise pour me convaincre mais il m’intrigue.
L’attaque est un peu molle mais après quelques secondes, l’intensité est là entre canne et agrumes, ça fonctionne. Il y a bien un petit quelque chose d’atypique mais tellement discret que je n’arrive pas à l’identifier.
La finale relativement longue, reste sur ces deux derniers acteurs et est donc assez classique. Une légère acidité rôde mais sans déranger. Après quelques instants elle devient un peu amère. Et sont-ce des épices que je crois détecter ? Peut-être.
Un rhum étrange, qui démarre sur une identité qui se remarque, pour ensuite devenir un peu passe-partout. Moyen plus.
Neisson Bio 2018 – 52.5%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – Neisson Bio 2018 – 52.5% (photo : Rhum Attitude)

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C’est avant tout une impression de rondeur qui m’a frappé sur ce rhum. L’équilibre se créé lorsqu’une vive fraîcheur – huile essentielle de citron vert – rejoint la canne gorgée de sucre. Il donne l’impression d’avoir deux extrêmes qui se rejoignent, ce qui marche très bien. Un peu de poivre, de graine de fenouil et une très légère note de distillation complètent le premier nez. Sur le second, la douceur s’estompe un peu au profit de la fraîcheur (mais pas de l’alcool). Niveau arômes, si ce n’est la canne qui a perdu de son sucre, nous conservons les mêmes participants.
Toujours pas d’explosion sur l’attaque mais une tension et des arômes qui arrivent progressivement, jusqu’à tout à fait prendre la cavité buccale, l’alcool jouant bien son rôle de porteur de saveurs, saveurs qui fonctionnent bien les unes avec les autres.
La finale reste remarquablement fraîche et ce sont poivre, canne végétale et toujours cette huile essentielle qui le permettent.
J’ai vraiment apprécié ce rhum, qui parvient à se forger une identité tout en développant des arômes typiques des rhums agricoles.
Rhum Survi – 50%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – Rhum Survi – 50% (photo : Excellence Rhum)

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Voilà un rhum qui se distingue des cinq autres. La canne à sucre est plus organique, sans l’être tout à fait autant que sur un rhum en provenance de Polynésie, elle se remarque et se trouve bien épaulée par les agrumes (pamplemousse et citron vert). Belle intensité et alcool peu marqué. Je suis intrigué et me demande de quoi il peut s’agir (d’autant qu’après quelques minutes ressort une certaine acidité). Le rhum bien aéré dans le verre, il perd en partie de son identité pour voguer vers des rivages plus habituels, avec une canne fruitée, qui arrive juste derrière une grande fraîcheur des agrumes. Il faudra à nouveau le laisser se reposer pour que resurgissent les marqueurs initiaux, où l’acidité se fait d’ailleurs légèrement cuivrée.
L’entrée en bouche est belle avec une canne fruitée et gourmande complimentée par les agrumes et où l’acidité accroît l’intensité. Le genre de rhum qui prend possession du palais en s’insinuant dans le moindre recoin.
On garde sur la finale un sentiment « ti’punch » des plus agréables, avant qu’il ne se transforme progressivement en un classique des rhums purs jus, entre canne végétale et zeste de citron vert légèrement amer.
Eh bien en voilà un autre qui est vraiment très réussi !
Domaine de Séverin – Grand rhum Blanc (circa 1980) – 50%

Une transversale de blancs pur jus de canne – 14ème prise – Domaine de Séverin – Grand rhum Blanc (circa 1980) – 50%

Eh bien voilà une session pleine de surprises, de déceptions et d’un coup de cœur.
Si on met tout ça dans l’ordre, on se retrouve avec le seul guadeloupéen du line-up en tête de classement. Ce Séverin – dont je n’ai qu’un échantillon – fonctionne vraiment très bien, avec ce tour de force d’être à la fois gourmand et intéressant (il n’y en a finalement pas tant que ça qui peuvent y prétendre). Ça remonte à bien longtemps mais merci Aurélien pour l’échantillon. Sur la seconde marche du podium on trouve le Rhum Survi produite chez La Favorite. Voilà une vraie surprise, étant donné que ce rhum, initialement uniquement destiné au marché local, est positionné comme l’entrée de gamme de la distillerie, aux côtés de l’Authentique. Pour environ 30€ le litre lorsqu’il aura enfin atteint la métropole, est-il vraiment utile de se poser la question avant de l’acheter ? En troisième place, le Maison La Mauny Acacia et son finish en fût d’acacia. Un rhum que l’on peut toujours considérer comme blanc dans la mesure où le fût n’a pas laissé d’arômes boisés. En revanche, explique-t-il la complexité et l’évolutivité de ce rhum ? Peut-être bien. Viennent ensuite ex aequo la récolte 2018 du Rhum Bio par Neisson et la fournée 2019 de La Digue de La Favorite, dans des styles bien différents. Les deux ont eu un peu plus de la moyenne mais sont deux déceptions. Je n’ai par ailleurs pas du tout retrouvé mon image mentale de ce Neisson. Et pour finir, une autre déception avec ce HSE Cuvée 2012. Je la savais moins à mon goût que la 2010 mais j’en aurais tout de même attendu plus.

Et voilà, la prise 14 est dans la boite !

Retrouvez les précédentes dégustations à l’aveugle ici :
Transversale n°1
Transversale n°2
Transversale n°3
Transversale n°4
Transversale n°5
Transversale n°6
Transversale n°7
Transversale n°8
Transversale n°9
Transversale n°10
Transversale n°11
Transversale n°12
Transversale n°13

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