Salon Club Expert ou "pas mal de nouveautés en cette rentrée 2014"

A peine 8 jours après le Whisky Live, dont je vous déjà rabattu les oreilles, était organisé un autre salon consacré à différents alcools ; ces vins et spiritueux ayant pour point commun d’être distribués par Dugas, l’organisateur du salon.
Je tiens à remercier avant tout Freddy qui a pu me fournir une invitation !
Lundi 6 octobre, direction le Musée des Arts Forains du côté de Cour Saint Emilion dans le 12ème arrondissement. C’est là qu’a lieu, pour sa neuvième édition le Salon Club Expert.
Après un trajet – trop long – en métro et quelques minutes de marche, me voilà devant une des entrées de ce lieu d’arts à Paris.
J’entre dans le bâtiment et après m’être fait tamponné (le poignet :P), plusieurs choses me frappent immédiatement.
Avant tout la beauté des lieux, les couleurs vives, le décor rococo, les nombreux drapés, tout rappelle le cirque, mais en version classe, donc plutôt en version arts forains 😀
Ensuite le monde, c’est plein ! Cela présage quelques files d’attente avant de pouvoir déguster.
Et enfin, il n’y a pas que du rhum, loin de là. je ne m’étais, à vrai dire, pas posé la question et avais supposé qu’il n’y aurait que du rhum… Pas du tout.
Il y avait pas mal de stands de vin et champagne, des whiskies, des sherrys, des sakés etc…
Je consulte le plan fourni à l’entrée et repère rapidement où se situent les quelques 25 stands consacrés au rhum.
25 ça fait beaucoup et je sélectionne donc mes cibles. Mes critères sont : les marques présentant des nouveautés, les marques que je ne connais pas, les agricoles et si possible les trois en même temps.
Je commence fort : La Favorite !
Cette distillerie de Martinique, de taille presque familiale, produit des rhums AOC de grande qualité et est particulièrement connue pour leurs cuvées “La Flibuste” et “Privilège”, toutes deux vieillies très longtemps.
La première des deux, que l’on pouvait déguster au salon est vieillie 30 ans ! C’est donc le “millésime” 1984 qui était disponible. Mais nous y reviendrons.
Cinq bouteilles en dégustation chez La Favorite.
Le blanc tout d’abord, le Cœur de Canne. Je n’avais jamais eu l’occasion de le goûter et bien maintenant je sais : il est très bon ! On retrouve tous les marqueurs d’un rhum agricole blanc avec une complexité en plus. Il peut, selon moi, se boire comme ça mais doit également être parfait en ti’punch.
Leur vieux ensuite, le Cœur de Rhum. Je passe vite sur celui-là, il ne m’a pas séduit.
L’un des produits phares du salon, ou plutôt devrais-je dire, deux des produits phares, étaient les nouveautés de La Favorite. En effet, leur offre entre leur vieux et leurs cuvées spéciales (donc grosso modo entre 3 ans et 30 ans) était quasi inexistante. Voilà qui est oublié avec la Réserve du Château version 2000 et version 2002.

La différence principale, autre les deux ans de plus du 2000, vient des fûts choisis. En effet, le 2000 a été vieilli en fût de chêne français ayant préalablement contenu du Cognac, ce qui accentue son côté sec et fruité alors que le 2002 a été vieilli en fût de chêne américain ayant servi à faire vieillir du bourbon, ce qui lui apporte un côté un peu plus gourmand.

Je n’ai, de manière générale, pas de préférence pour le chêne français ou américain, ils peuvent apporter tous deux des choses intéressantes et au final certaines matières premières iront mieux avec l’un ou avec l’autre.
Une caractéristique intéressante de la Réserve du Château est aussi qu’elle offre, sous ces deux formes, une puissance qui est absente des ses très vieux millésimes.
La Flibuste justement, rhum vieilli 30 ans… Le millésime à déguster était le 1984 et cela a son importance, car d’une année sur l’autre le produit change.
Nous sommes sur des produits d’une très grande finesse et d’une grande douceur. Ce qui m’a surpris sur celui-là c’est qu’il est “sucré”. Evidemment quand je dis sucré on se comprend, il n’y a pas de sucre ajouté et nous ne sommes pas sur certains traditionnels qui tiennent plus du sirop pour la toux que du rhum. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître que c’est très bon mais ce ‘est pas vraiment mon truc, pour moi cela manque de puissance. C’est d’ailleurs pour cette raison que ma préférence irait plutôt à la Réserve du Château.
Autre gros morceau ensuite et une des marques dont je voulais le plus goûter les nouveautés : Trois Rivières.
Cette année, ils font les choses en grand dans cette vieille maison martiniquaise, toute la gamme est revue (ainsi que les bouteilles) et il y a donc plein de nouvelles choses à découvrir et c’est ce que j’ai fait, j’ai tout dégusté 🙂
Personnellement, j’aime beaucoup le nouveau design 🙂
Leur blanc tout d’abord, la Cuvée de l’Océan dans son originale bouteille bleue. Cette bouteille fait tout de suite penser à un coup marketing, en effet, en plus de la bouteille bleue, qui se repère immédiatement, il semblerait que les cannes servant à l’élaboration de ce rhum aient les pieds dans l’eau, ce qui lui apporterait un certain côté salin. Autre spécificité, il est réduit à 42°, ce qui est une faible teneur en alcool pour un agricole blanc.
Avec tout ça, comment est-il ? Il est toujours compliqué de savoir si l’on aurait détecté un arôme ou une caractéristique particulière sans que l’on nous l’ait dit au préalable et là, j’ai en effet cru détecter un très très léger goût salé ; mais je crois en effet que si on ne me l’avait pas dit avant, je ne l’aurais pas identifié. Sinon il présente une belle fraîcheur mais malheureusement je le trouve un peu court et avec un manque de force, sans aucun doute les conséquences de la réduction en alcool.
En conclusion, il ne plaira peut-être pas aux amateurs de rhums blancs agricoles plus puissants mais a un potentiel auprès des autres 🙂
Seconde nouveauté de la longue liste, le VSOP. Jusqu’alors la gamme de Trois Rivières était composée, pour les vieux, d’un 5 ans, d’un 8 ans et d’un millésime, le dernier en date étant le 1999.
Bref, cette gamme comprends désormais un VSOP – rappelons que cela signifie que le vieillissement doit au moins être de 4 ans.
A priori, la philosophie derrière cette bouteille est de rendre abordable les rhums vieux agricoles à des amateurs de rhums plus doux, voire sucrés. Attention, nous restons clairement sur de l’agricole, il n’y a aucun doute. Il semblerait que cette douceur lui soit apporté par la chauffe spécifique lors de la distillation. Cependant, il conjugue de très belle manière ces caractéristiques des rhums de l’AOC et une certaine douceur, ce qui là aussi devrait pouvoir séduire des amateurs de rhums plus doux. De plus, il a un nez à tomber, je pourrais juste le sentir pendant des heures ^^
Pour moi, c’est une très belle réussite et elle se trouve déjà dans mon armoire. 🙂
Vient ensuite une curiosité : le Triple Millésime. Vous avez dans la bouteille une association de millésimes 1998, 2000 et 2007 et une moyenne d’âge (si je me souviens bien ce que l’on ma dit) de 6 ans et demi. Belle idée de conjuguer de la sorte différents millésimes et cela génère immédiatement un intérêt (en tout cas moi ça m’intrigue).
Je sais que certaines personnes l’apprécient beaucoup mais je dois avouer que je ne lui ai rien trouvé d’exceptionnel, loin d’être mauvais pour autant mais sans réelle identité selon moi.
Passons à leur single cask, ou plutôt devrais-je dire, à leurs single casks (les bouteilles sont donc issues d’un fût unique). En effet, il y en a deux, mais du même millésime, à savoir 2001.
Je dois avouer avoir trouvé ça curieux ; les deux ont été vieillis dans des fûts de même taille et provenance et sont donc de la même année. Je m’attendais donc à avoir des rhums très proches, et bien pas tant que ça !
Il y a deux manières de les différencier : le numéro du fût indiqué sur la bouteille et plus aisément la taille de la bouteille, une étant de 50 cl et l’autre de 70 cl.
La version 50 cl (le fût L169) a un nez superbe mais est pour moi en bouche un peu trop boisé.
La version 70 cl (le fût L1A) est le mieux réussi, à mon goût. Il est plus sec que le précédent et est plus sur les épices, ce qui est tout à fait pour me plaire.

 

Y’a du lourd !

Pour continuer crescendo, intéressons-nous maintenant au Cask Strenght (brut de fût) 2006 (présenté en 50 cl).

 

Comme vous le savez sans doute, j’aime beaucoup ces rhums dont l’alcool n’a pas été réduit et qui offrent donc une expérience plus “authentique”.
Je suis plutôt positif au sujet de celui-ci. Il est bien équilibré, une fois de plus le travail de vieillissement et de choix des fûts a été primordial (et bien réalisé). Ce rhum a été vieilli en fûts de chêne américain neuf, ce qui est assez rare, puisqu’il y a un risque que le boisé soit trop présent. Mais ici, la contenance de ces fûts était de 400 litres, ce qui va moins marquer que des fûts plus petits.
Bref, au final, l’alcool (55.5°), le boisé et les arômes sont vraiment bien associés les uns aux autres.
Le seul problème pour moi est que la finale (ce goût qui vous reste en bouche une fois le liquide avalé) part sur le bois mouillé, pour ne pas dire un peu moisi ; ce qui se confirme lorsque vous sentez le verre vide. Dommage, cela a failli être un sans faute 🙂
Le dernier que j’ai pu déguster est leur “nouveau” millésime, le 1995.
Juste bien 🙂
Une attaque très légèrement sucrée, une belle longueur ; meilleur selon moi que le 1999. Malheureusement il sera mis en vente que dans quelques mois si je ne dis pas de bêtise, alors que les autres, à l’heure où vous lirez ces lignes, devraient déjà être disponibles.
Pour être exhaustif, il faut ajouter un millésime 1980 en carafe Baccarat à presque 2000€ la bouteille et limité à une cinquantaine d’exemplaires ainsi que la Cuvée Princesse, assemblage de très nombreux millésimes (je crois 50 mais là comme je l’écris, ce me semble quand même beaucoup ^^).
Au final, je dirais que cette nouvelle gamme est une réussite et mes préférences vont donc pour le VSOP, le single cask 2001 en 70 cl et le millésime 1995.
J’ajouterai également, même si cela reste à confirmer, que les prix auxquels ces bouteilles sont/seront proposées semblent être tout à fait raisonnables, autre bon point pour la marque !
Une autre marque que je suis content d’avoir pu découvrir (d’autant plus que j’avais loupé le coche au Rhum Fest) est Nine Leaves (merci Jean-Claude de m’avoir indiqué leur présence ;)). C’est un rhum japonais élaboré à partir de sucre roux mis à fermenter (et donc ni de jus de canne ni de mélasse, même si plus proche de cette dernière – merci Pascal pour la précision).
Un des rares rhums du pays du soleil levant
Ils n’ont pour l’instant que trois rhums différents : le blanc et deux versions vieillies, l’un en fût de chêne français et l’autre en fût de chêne américain. Je regrette un peu que seule une commerciale ait été présente, car elle ne connaissait pas très bien le produit ; ce qui ne m’a pas empêché de déguster les trois 😛
Le blanc tout d’abord. Il est à 50°, mais est tout de même assez délicat. Il est original à plusieurs égards. Tout d’abord par ses arômes de pomme verte assez présents mais aussi par son finish frais et soyeux.
Les versions vieillies sont toujours à 50° ! C’est bien, ça 🙂 Ou plutôt, c’est bien pour l’une des deux…
Celle utilisant du chêne français donne quelque chose de plus sec mais malheureusement l’alcool est, selon moi, trop présent et brûle un peu la langue, dommage.
La version chêne américain, en revanche, est très très bonne ; pas de souci avec l’alcool et un finish qui m’a fait pensé à certains vins blancs de Bourgogne par son côté beurré, un délice. J’ai hâte de connaitre le prix !
Sucré
Alors que je m’apprêtais à repartir du salon après ces presque deux heures de dégustation et de discussion, je me suis dit qu’il serait dommage de ne pas goûter deux autres nouveautés de cette rentrée, dans un tout autre style que les rhums agricoles décrits plus haut.
Pour commencer, le Diplomatico 2001. J’ai eu à la maison, une bouteille de 2000, qui m’avait relativement plu mais que j’avais eu un peu de mal à finir de par son côté sucré.
Celui-ci par comparaison, m’a semblé un peu plus sucré mais aussi plus fruité et moins boisé que son prédécesseur. Ce n’est plus quelque chose qui me plait mais c’est une porte d’entrée (assez onéreuse tout de même) d’une certaine qualité dans le monde des rhums.
Encore beaucoup plus sucré
Et enfin, le Don Papa 10 ans.
Don Papa, rhum philippin, qui a énormément de succès sur sa version 7 ans. Moi, je n’aime pas, du tout. Trop sucré, arômes trop artificiels.
Je me suis dit qu’avec 3 ans de plus, le produit allait peut-être se bonifier, naïf que j’étais. Toujours très sucré (peut-être un peu moins que le 7 ans), avec cette fois-ci des arômes d’orange, de chocolat et de café. En fait, pour résumer, ça n’a rien à voir avec du rhum.

 

Et c’est sur ces notes sucrées que s’achève cet article. Et comme quoi on ne garde pas toujours le meilleur pour la fin 😀

One thought on “Salon Club Expert ou "pas mal de nouveautés en cette rentrée 2014"

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