Longueteau Genesis, dégustation verticale

Longueteau – maison guadeloupéenne que l’on ne présente plus – avait fait le buzz avec son brut de colonne nommé Genesis. C’était il y a plus de 6 ans, j’y avais même goûté lors de sa présentation en avant-première au Festival du Rhum de Spa en 2016. Mais ce n’était que le début puisque la famille Longueteau avait dans l’idée de décliner ce brut de colonne en un ambré, un vieux et un XO, qui vient tout juste de sortir et qui en fait un brut de colonne ET brut de fût !

C’est justement cette verticale que je me propose de vous faire déguster au travers de cet article. Je n’ai pas indiqué les pourcentages alcooliques dans la mesure où ils dépendent des batchs.

Longueteau Genesis Blanc

Longueteau Genesis Blanc
Longueteau Genesis Blanc

La puissance alcoolique se sent mais se place au service des arômes. Ceux-ci s’ouvrent sur une canne exotique, qui se révèle droite sans être austère. Elle se voit épaulée par une pincée de poivre, puis c’est l’olive verte et les fleurs capiteuses qui apparaissent après quelques minutes. Le deuxième nez replace la canne en point focal et c’est comme ça que je la préfère.

L’attaque, à la sucrosité marquée, masque dans un premier temps la force du rhum. Cette dernière arrive rapidement et empêche de garder le liquide en bouche. L’intensité est au rendez-vous, elle porte la canne, ainsi qu’une pointe de saumure d’olive.

La finale, longue, apparait étonnamment saline. La puissance de l’alcool s’estompe pour laisser la place à une canne végétale non dénuée d’une légère amertume.

Nous en sommes au 4ème batch de ce Genesis blanc, celui-ci n’est sans doute pas mon préféré, entre autres du fait d’un alcool plus marqué que sur de précédentes versions. Cependant, la canne conquérante est fort agréable.

J’avais dégusté à l’aveugle deux versions de ce Longueteau Genesis lors de mes line-ups bruts de colonne :

Les bruts de colonne – partie 1 et Les bruts de colonne – partie 3

Longueteau Genesis Ambré

Longueteau Genesis Ambré
Longueteau Genesis Ambré

Juste après la dégustation du blanc, c’est l’apport du fût qui frappe : un boisé tendre et vanillé. Et puis, doucement, la canne reprend ses droits – en partie seulement – sous des airs de jus et de fibres, sucrée et herbacée. L’alcool apparait plus discret que sur le blanc, peut-être cela vient-il d’un petit déficit de fraicheur. Efficace et gourmand, il semble plus simple que le blanc.

La douceur sucrée accueille le rhum en bouche et alors qu’il se montre un peu moins fort que sa version blanche, l’intensité est tout de même présente (certes le contraire fut étonnant). La texture grasse accentue encore la rondeur perçue. La fraicheur apparait ici, entre sensations poivrée, citronnée et végétale.

C’est sur la finale que sa nature de rhum agricole se fait la plus évidente. Le jus de canne se place entre gourmandise et légère amertume végétale.

Pas mal cette version ambrée qui répond à la définition de la catégorie : aromatiquement entre blanc et vieux.

Longueteau Genesis Vieux

Longueteau Genesis Vieux
Longueteau Genesis Vieux

Les deux années de plus passées sous bois modifient et complexifient le profil. Plus profond, il offre quelques notes torréfiées, mais, chose pas si courante pour un rhum vieux, c’est encore la canne qui domine. Elle s’est transformée pour devenir confite tout en gardant une facette florale entêtante. Le fût a bien changé le profil sans vraiment marquer le rhum de ses douelles, intéressant. Comme sur l’ambré, la puissance se montre très discrète pour le pourcentage alcoolique.

On baisse encore d’un ton en termes de puissance – à moins que ma langue ne soit engourdie – mais ne vous y trompez pas, ça reste fort. Heureusement, pas besoin d’en prendre une grosse quantité pour en apprécier le profil. Ce dernier évolue sur une double partition, à la fois moelleuse et plus sèche, à tendance herbacée. Cela confirme bien la position centrale (et surprenante) de la canne sur ce quatre ans.

La finale est ambivalente, entre boisé presque pâtissier et verdeur de la bagasse.

Un rhum vieux (et qui aurait même pu être un VSOP du fait de son compte d’âge) qui étonne. La présence de la canne à sucre à toutes les étapes de la dégustation est exceptionnelle pour un rhum de cet âge.

Longueteau Genesis XO – 70.9%

Longueteau Genesis XO
Longueteau Genesis XO

Il aura donc fallu six ans au total, pour que le Genesis se pare d’atours plus boisés. Cet élevage met en avant les fruits à coque, la noix de coco et des notes pâtissières pour un profil riche de gourmandise. Le chêne neuf s’exprime pleinement sans sombrer dans la moindre « grossièreté ». Je ne vous parle pas de la puissance, incroyablement discrète – j’anticipe qu’elle se manifestera un peu plus tard.

On retrouve notre rondeur dès l’attaque et cette sucrosité est immédiatement accompagnée de notes issues du vieillissement. L’association marche diablement bien. Malgré le degré et grâce à ce profil, le rhum se fait presque confortable. La fin de bouche, par sa puissance mais surtout l’apparition de la canne, nous rappelle que l’on est bien sur un rhum agricole.

La finale est incroyablement gourmande grâce au chêne français, qui continue de se développer sur des notes pâtissières et de coco.

On voit ce que le chêne sessile peut apporter à un rhum, entre souplesse et arômes. Un bel élevage qui ne gomme pas complètement la matière première, tant celle-ci étant aromatique.

Exercice intéressant que cette dégustation verticale du brut de colonne Genesis. Il aura fallu six ans pour que le fût dompte la canne à sucre, impressionnant !

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