Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1

Ça faisait un moment que cette idée me trottait en tête : faire une dégustation à l’aveugle de bruts de colonne. Réalisés sur le même modus operandi que mes précédentes dégustations de purs jus (vous pourrez trouver la dernière dans cet article), on augmente les degrés et on se jette au rhum (tentative assez misérable d’adapter un proverbe).
J’ai pu accumuler un nombre assez conséquent d’échantillons, donc attendez-vous à plusieurs articles ; articles dans lesquels seulement 5 bruts de colonne seront comparés (et ça fait déjà beaucoup pour mes petites papilles !). Les degrés s’échelonnent de 65 à 76.8 sur l’ensemble des articles à venir (voire peut-être plus).
Sans plus attendre, plongeons-nous dans ces rhums purs jus de canne à très haut degré. A votre demande, je n’indique toujours pas le nom du rhum dégusté en début de paragraphe pour vous mettre en situation, comme je l’ai été durant cet exercice.

Un nez comme on s’y attend, très porté sur la canne, qui s’offre sous toutes ses facettes (fruitée, végétale et florale). Étaler le rhum sur le verre le rend bien porté sur l’alcool mais apporte aussi des fruits rouges, de la mangue et un air marin, qui va prendre de plus en plus de place. Avec plus de repos, on a face à nous un trio qui fonctionne bien : canne, fruits (poire et mangue) et toujours cette brise marine (peut-être légèrement trop présente).
On retrouve en bouche la même identité avec les différents acteurs qui la composent. Sur la première gorgée j’ai eu une grosse bouffée de cet air marin, qui est passé au second plan sur les suivantes, pour laisser plus de place à ses petits camarades.
La finale est assez longue mais la canne devient plus végétale et légèrement poivrée. Son marqueur bord de mer est toujours présent mais équilibré.
Un pur jus qui me fait penser qu’il a été distillé sur alambic en cuivre (et non sur colonne j’entends). Cependant, ce que je crains parfois sur ces rhums n’est ici pas dérangeant, pas de cuivre (voire de sang) et même si la brise marine est marquée, elle ne prend pas le dessus sur la canne, qui, bien épaulée par les fruits, est au centre de la dégustation.
Sampan Full Proof – 65%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1 – Sampan Full Proof – 65% (photo : Excellence Rhum)

Un peu plus timide, il est aussi plus frais et moins porté sur la canne. Cette dernière est plus verte et légèrement poivrée. Une poignée d’épices et un petit zeste de citron vert complètent ce nez. Les minutes passant, rien de nouveau mais ce problème de relative timidité qui nous invite à plonger le nez plus avant dans le verre et donc à nous cramer deux ou trois poils.
En bouche, c’est une autre histoire, à commencer par une sucrosité certaine et une explosion de fraîcheur sur l’attaque. Vraiment très bien cette attaque. La suite nous ramène progressivement vers les marqueurs du nez jusqu’à la finale.
Cette dernière retourne sur la canne végétale ainsi que le touche de poivre, bouclant la boucle.
Comme souvent le nez et la finale sont en accord et la bouche s’en désolidarise. Ici, elle fait bien puisque c’est sans aucun doute la partie de la dégustation la plus plaisante.
Old Brothers brut de colonne (Bielle) – 72.6%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1 – Old Brothers brut de colonne (Bielle) – 72.6% (photo : Excellence Rhum – Oui, je sais, ce n’est pas la bonne, puisque sur la photo nous avons le 72.8% mais je n’ai pas trouvé de bonne photo du 72.6%, voilà)

Plus atypique que ce troisième rhum car bien que le canne soit présente, des notes de romarin et d’ananas (pas loin de l’acide butyrique) viennent perturber la dégustation. Plus de temps passé dans le verre ne lui sera pas bénéfique, puisque la canne tend à disparaître au profit d’une saumure d’olive verte. Il faudra à nouveau l’aérer pour retrouver fraîcheur et canne, temporairement. Ça sent moyennement bon quoi.
La bouche n’est pas d’accord avec le nez. On débute par un jus qui s’attaque à chaque centimètre carré de la cavité buccale. L’astringence (agréable) et le sucre (bienvenu) forment une avant-garde très plaisante. Ensuite se créé une association canne, olive verte saumurée, assez intense, qui fonctionne bien.
La finale est longue et nous rappelle que l’olive verte n’aime pas partager son territoire et, bien que la canne à nouveau pleine de verdeur tente de faire un come-back, elle doit se contenter du second rôle.
Ca partait vraiment mal… Mais cette bouche, conquérante est vraiment bien foutue ! Bon, moi qui aime bien passer du temps sur le nez, là c’était compliqué.
Père Labat brut de Colonne – 70.7%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1 – Père Labat brut de Colonne 70.7% (photo : Excellence Rhum)

Le plus réservé des quatre, il est également un peu alcooleux. Cependant, avec un peu de temps, une canne végétale, du citron vert et de la réglisse nous ramènent en terrain connu. J’aurais aimé un peu plus de fruits/gourmandise. Plus de repos, un peu à la manière du précédent, ne l’arrange pas mais en badigeonner les parois du verre lui octroie une deuxième jeunesse et l’améliore de manière éphémère.
Décidément, encore une attaque pleine de sucrosité (et bien sûr de puissance) ! Dur de la garder en bouche bien longtemps mais on décèle tout de même une canne un peu terreuse et la fraîcheur du citron vert.
La finale quant à elle devient progressivement moins exubérante, avec la canne qui se fait moins fraîche, plus florale et après quelques instants, on y retrouve ce côté vert et terreux humide.
Longueteau Genesis 201573.5%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1 – Longueteau Genesis 2015 – 73.5% (photo : Excellence Rhum)

On retombe sur un profil plus classique où le jus de canne est l’élément central. Assez proche du numéro 1, cette canne se présente sous différents atours : principalement végétal et floral, voire légèrement capiteux. Un tour de moulin à poivre en prime et vous y êtes. Les minutes défilant ont tendance à l’endormir un peu mais on retrouve son identité assez plaisante sur le second nez.
Une belle attaque, à la manière du numéro 3 : sucre, puissance et astringence. Franchement agréable avec la canne qui règne en maîtresse, d’autant qu’il faut y ajouter une texture épaisse du plus bel effet.
La finale, un peu plus sévère, prend étrangement de petits accents d’olive (encore elle), en plus de sa nature première de canne végétale et florale.
Nez et finale plutôt agréables sans plus et bouche super bien foutue. Cela nous donne une bonne moyenne sur l’ensemble de la dégustation.
Bologne Le Distillat – 75.5%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1 – Bologne Le Distillat 75.5% (photo : Excellence Rhum)


Et voilà pour cette première explosive. Le hasard a voulu que cette ouverture de la série fut très Guadeloupe, c’est comme ça.
Niveau classement, nous avons un vainqueur assez net, avec Bologne et son Distillat (le plus élevé en alcool par ailleurs). La dernière place est occupée par le 70.7 de Père Labat qui n’aura pas convaincu. Les trois autres se tiennent dans un mouchoir de poche et n’auront pas vraiment pu être départagés, chacun avec leurs forces et leurs faiblesses – avec une mention spéciale pour le Sampan tout de même et son profil qui l’a fait ressortir de line-up. Quoi qu’il en soit, le niveau pour cette première dégustation à l’aveugle de bruts de colonne agricoles fut assez élevé. J’ai hâte de renouveler l’exercice !

3 thoughts on “Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 1

  1. Pingback: Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 2 | Les rhums de l'homme à la poussette

  2. Pingback: Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 3 | Les rhums de l'homme à la poussette

  3. Pingback: Mon Rhum Fest 2022 – partie 2 | Les rhums de l'homme à la poussette

Leave a Reply

Fill in your details below or click an icon to log in:

WordPress.com Logo

You are commenting using your WordPress.com account. Log Out /  Change )

Twitter picture

You are commenting using your Twitter account. Log Out /  Change )

Facebook photo

You are commenting using your Facebook account. Log Out /  Change )

Connecting to %s