Famille Ricci : Collection Exception, Ovni et Cuvée Hommage

La première fois que je vous ai parlé de Famille Ricci remonte à un an. J’ai découvert cet embouteilleur indépendant du sud de la France lors du Marché de Noël du Rhum Society. Puis à deux autres reprises, à nouveau à l’Hôtel Montecristo, j’ai pu me frotter à six autres de leurs créations – trois single casks, avec la Jamaïque, le Nicaragua et la Barbade, et enfin trois blends assemblés à partir de ces rhums.
Famille Ricci met en avant son savoir-faire et sa préférence pour les assemblages, ce qui se voit au travers de sa gamme Influences. Cela a donc d’autant plus étonné les amateurs de rhum de voir quatre bouteilles en contradiction avec cette marque de fabrique. Les rhums composant la Collection Exception sont en effet des single casks en provenance de grandes et célèbres distilleries (South Pacific l’étant un peu moins tout de même). Ils ont tous au moins 20 ans et sont bruts de fût. De quoi faire frétiller quelques aficionados de jus d’exception. Je vais revenir sur ce qui compose cette collection mais avant cela, un mot sur les trois autres bouteilles sorties plus ou moins en même temps que ces vieux machins.
On revient sur l’idée de blends originaux aux ingrédients surprenants ; surprenants en ce sens qu’il est rare de trouver de très vieux Caroni ou Foursquare dans des assemblages. Leur nom, Ovni, leur va à merveille.
Le dernier rhum dont je vais vous parler aujourd’hui est aussi un blend mais cette fois-ci de Bielle et de grogue et a été pensé et réalisé comme un hommage à Guillaume Ferroni.

Feu !

Famille Ricci – Foursquare 20 ans – 56.8%

Famille Ricci – Collection ExceptionFoursquare 20 ans – 56.8%

Distillé 60% en pot still et 40% en colonne, il a vieilli 14 ans sous les tropiques et 6 ans en climat continental.

Le premier nez nous emmène directement à la Barbade : coco grillé, vanille, fruits à coque torréfiés et boisé américain sec. Il offre cependant un peu plus puisque tabac et pointe citronnée sont également de la partie. L’alcool semble exceptionnellement bien intégré. Au deuxième nez, l’alcool ressort un peu mais sans excès et c’est surtout le boisé mâtiné de tabac et de notes pâtissières qui arrive au premier plan. Avec encore plus de repos, une noix torréfiée terriblement appétissante ne semble pas vouloir laisser les autres arômes s’exprimer, et ça me plait.
La bouche est logique après le nez. L’alcool est pour moi bien dosé et on retrouve les acteurs précédemment identifiés. A noter une fin de bouche où une brève touche de cassis (façon TDL) se fait remarquer.
La finale assez longue est, elle aussi, très Foursquare, du moins au début, pour ensuite évoluer vers un profil plus aérien où le boisé/tabac/épicé se fait légèrement fumé.

Un Foursquare fidèle à son origine et à l’identité de la distillerie. C’est plaisant sans vraiment apporter de nouveauté notable à ce profil.

Famille Ricci – Fiji 20 ans – 60.7%

Famille Ricci – Collection ExceptionFiji 20 ans – 60.7%

Distillé 100% en Pot still, le vieillissement se répartit 13 ans en tropical et 7 ans en continental.

Le premier nez est typique des Fidji très pot still – qui font d’ailleurs penser à d’autres provenances, telles que certains Diamond ou encore à des Monymusk. Beaucoup d’esters (dans le genre marqueur Velleda) pour un profil épicé, végétal, acide sur l’ananas très mûr, légèrement fumé et à la gourmandise pâtissière sous-jacente (mais trop discrète). Étaler le liquide sur les parois du verre aura un double effet un peu surprenant : à la fois accroître la fraîcheur mais aussi la note fumée. Après quelques minutes, l’amande est facilement décelable et vient ajouter une certaine rondeur, qui est bienvenue.
La bouche ne trahit pas le début de la dégustation. Le rhum explose aromatiquement dès la première goutte déposée sur la langue ; l’alcool n’y est pas pour rien, on le sent ici plus qu’au nez.
La finale est très longue et intense. Vanille, fumée et épices, voilà le trio qui mène cette interminable danse.

Ceux qui me lisent depuis un moment savent que je ne suis pas fan de ce genre de rhums où je prends trop peu de plaisir. Ce Fidji-là n’a pas de défaut à proprement parlé et ne s’éloigne pas de ce profil, ce qui en fait donc un rhum qui n’est pas à mon goût.

Famille Ricci – Bellevue 23 ans – 57.3%

Famille Ricci – Collection ExceptionFamille Ricci – Bellevue 23 ans – 57.3%

Vieillissement 14 ans tropical et 9 continental.

Le premier nez nous révèle un Guadeloupe caractéristique avec ses arômes chauds (caramel cuit, vanille grasse, pomme au four, épices douces, cuir et même un peu de cendres) alliés à une note mentholée. Les Bellevue 1998 sont tous plus ou moins sur ce profil, qui est très expressif et unique. Le second nez ne révèle rien de plus mais fait monter d’un niveau chaque marqueur. Les minutes passant, j’ajoute à la longue liste d’arômes la réglisse, désormais bien en place et accroissant la facette sombre de ce Bellevue. Et si on y ajoutait encore l’olive et le pruneau ? C’est fait.
La bouche est vraiment expansive est c’est bien sa nature obscure qui domine, même si un passage pâtissier ravi les papilles mais trop brièvement.
Le palais est marqué durablement pas un boisé carbonisé, une réglisse bien noire, un sucre qui caramélise et l’olive. Et punaise, c’est long…

J’ai longtemps trouvé les Bellevue 1998 – qui sont légion chez les IB – intéressants et complexes mais manquant de gourmandise et passant à côté de l’élément plaisir. Mais j’ai revu ma copie il y a quelques années de cela et je me plais à en déguster occasionnellement. Celui-ci est réussi.

Famille Ricci – Caroni 23 ans – 63.6%

Famille Ricci – Collection ExceptionFamille Ricci – Caroni 23 ans – 63.6%

Un vieillissement de 14 ans tropical et 9 ans continental.

Le premier nez ne trompe pas, il s’agit bien d’un de ces rhums de la distillerie disparue. Il y a plusieurs « styles » de Caroni, celui-ci semble de prime abord être un gourmand/vanillé assez simple. A noter la puissance qui parait mesurée, en dépit du haut degré. Une fois le rhum aéré, il nous confirme bien cette facette caronesque de vanille engluée dans le goudron chaud. Certes ce n’est pas très complexe mais ça fonctionne bien, d’autant qu’il faut tout de même ajouter une pointe fermière.
La bouche offre ce qui avait été promis : identité Caroni et gourmandise vanillée. La puissance est très bien dosée et porte une certaine fraîcheur en plus de pousser les saveurs. Comme je le disais : plutôt monodimensionnel mais qui ne demande qu’à y revenir.
La finale débute sur une note pâtissière franchement gourmande avant de revenir progressivement vers les hydrocarbures et la fumée, toujours mêlées de vanille. Ça va vous surprendre : la finale est interminable.

Il m’a fait penser au Bristol 1995 (si je ne m’abuse, à moins que ce ne soit le 1997) avec cette trame très vanillée, qui le rend facile, sans pour autant lui enlever son identité Caroni.

Famille Ricci – OVNI 1 – 58.3%

Famille Ricci – OVNI 1 – 58.3%

Caroni 23 ans 30%, Bielle 6 ans 70%, Fûts de bourbon finish fût de Foursquare 20 ans

Le premier nez est plus timide que ce à quoi je m’attendais. Il est compliqué d’identifier l’un et l’autre des composants et même s’il nous laisse penser qu’il est agricole, Bielle n’est pas vraiment là (et Caroni encore moins). Assez frais (végétal et un peu citronné), il laisse entrevoir une gourmandise dans le fond du verre. Ça y est, sur le second nez, Caroni fait son apparition, alors que la fraîcheur agricole est toujours présente. Là ça marche plutôt bien. Le repos ne fait que confirmer cette association, assez heureuse.
La bouche démarre sur une impression de fraîcheur, puis le duo se met en place, même si l’on revient un peu sur le départ de la dégustation avec un certain manque d’intensité aromatique.
La finale, longue, est menée de main de maître par le Caroni, qui se fait à la fois fumé et vanillé.

Intéressant que ce blend où les cartes vont être redistribuées au fil de la dégustation, le Bielle laissant progressivement sa place au rhum de Trinidad. A noter tout de même qu’il donne une petite impression selon laquelle le mariage n’est pas tout à fait homogène, les deux partis n’étant pas tout à fait prêts à se livrer l’un à l’autre.

Famille Ricci – OVNI 2 – 56.6%

Famille Ricci – OVNI 2 – 56.6%

Fiji 20 ans 40%, Bellevue 23 ans 35% & Foursquare 20 ans 25%, Fûts de bourbon et finish fût de Caroni 23 ans

Le premier nez est immédiatement très Fidji (et son fameux marqueur marqueur, haha), puis laisse se faufiler le guadeloupéen sur des notes plus chaudes et plus sombres. Végétal, caramélisé, épicé avec un peu d’amande et de pomme, il se passe pas mal de choses, mais le Foursquare est aux abonnés absents. Étaler le liquide à l’intérieur du verre va donner un coup de boost au Bellevue, qui passe au premier plan. Il est vraiment très expressif ce blend mutant.
L’attaque reprend le début de la dégustation avec le rhum des îles Fidji qui démarre fort. La puissance est bien mais on ne peut pas le garder trop longtemps en bouche malgré tout. La texture est agréable.
La finale est très très longue (pas étonnant vu les longueurs respectives du Fidji et du Bellevue) et très très intense sur un mix de ces deux origines, d’où se créé une vraie complexité.

Pour moi un de ces rhums hyper intéressants, sur lequel on peut vraisemblablement passer des heures à le décortiquer et à voir comment il évolue, mais aussi un rhum qui ne me procure qu’un plaisir modéré (l’influence du Fidji sans doute). Une vraie jolie création cependant.

Famille Ricci – Cuvée Hommage Guillaume Ferroni – 48.1%

Famille Ricci – Cuvée Hommage Guillaume Ferroni – 48.1%

Bielle 6 ans 40%, Grogue Ferroni 60%, Fûts de bourbon – fût de Rasteau, finition fût de Bellevue 23 ans

Le premier nez est dominé par le grogue et son côté sauvage, le Bielle est plus en retrait et c’est au travers de deux arômes qu’on le repère : la réglisse et un boisé discret mais gourmand, légèrement beurré. C’est pas mal mais l’eau de vie du Cap Vert prend trop le dessus. Recouvrir les parois du verre ne va faire qu’augmenter son côté frais (citronné et végétal) et faire ressortir la réglisse qui devient même anisée. Les minutes passant, la fraîcheur végétale et anisée demeure mais le rhum s’arrondit et le beurre devient brioche. Franchement original.
La bouche est saisie par le grogue et sa fougue et s’en voit même un peu asséchée. Le liquide est concentré et prend bien le palais.
La finale est assez longue et composée des éléments trouvés au nez : fraîcheur anisée/épicée et relative rondeur boisée/beurrée. Elle se conclue par un fugace et surprenant passage de fruits rouges.

Franchement, c’est pas mal, un peu simple et très grogue, mais c’est original et, ma foi, assez plaisant. Ah et petite précision qui compte : non, Guillaume Ferroni n’est pas mort.

Eh bien, en voilà un grand huit des papilles ! Beaucoup d’intensité et des identités fortes sur la plupart de ces références. Des typicités classiques sur les single casks, qui assument tout à fait leur provenance (et où l’alcool est vraiment bien maîtrisé) et des blends surprenants et uniques. A noter que sur la Cuvée Hommage et l’Ovni 1, le Bielle n’est sans doute pas de ceux que j’affectionne particulièrement, qui sont plus opulents et expansifs que celui-ci, qui reste plus sur la fraîcheur.
Sinon, il va falloir que parle à Morgan de cette identité visuelle pleine de loups et de flammes 😀

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