Le Week-end de la Canne 2.0… 2.0

24 heures ce n’est pas long. Pourtant cela peut être tellement intense que vous serez marqués pour longtemps. C’est ce qui m’est arrivé il y a quelques semaines de cela.

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Le logo

Il y a à peine un an je vous faisais le récit d’un trop court week-end passé dans un cadre privilégié en compagnie d’autres fanatiques du rhum. On a remis ça !

Enfin… je dirais plutôt : ils ont remis ça ! Je parle de ces tarés d’administrateurs du groupe de la Canne 2.0, qui non contents de nous avoir fait vivre un week-end exceptionnel l’année dernière, on décidé de faire tout en mieux pour cette seconde édition. Je ne vais pas vous faire mariner : ils ont réussi ! Ces vingt-quatre heures auront été à la hauteur de leurs aspirations et de nos espoirs. Seul point noir : le même que l’année dernière – il serait temps d’y remédier – une journée c’est trop court.

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On voit la piscine dans le fond

Bref, c’est une fois de plus accompagné de mon compère belge, que depuis Gare du Nord nous nous rendîmes à Nanteuil le Haudouin, lieu des festivités. Étonnamment (ou pas) il n’y a pas énormément de train pour aller dans ce coin là de l’Oise et ne voulant pas arriver tard, nous avons ciblé un train de bonne heure (synonyme de lever avant six heures tout de même). Après une petite marche dans la forêt, l’arrivée fut donc matinale et nous avons pu découvrir les lieux à neuf heures et demi du matin. Tout était déjà prêt, ou presque, et j’ai ainsi pu me rendre compte qu’à certains égards l’échelle n’était pas la même : plus de tentes pour abriter les bouteilles, plus de place pour s’asseoir, une piscine plus grande et surtout… plus de bouteilles et ce déjà à 9h30 du matin et donc avant même que les convives (autour de 70 cette année) ne ramènent leurs rhums à eux !

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À notre arrivée il y avait déjà de quoi s’hydrater, et encore tout n’est pas sur cette photo

Deux chiffres pour illustrer cette inflation : 25 partenaires cette année et un nombre vertigineux de bouteilles offertes (sans compter les goodies) : quatre-vingts quatorze ! Ah quand même… Beaucoup auront servi à constituer les cadeaux des différents jeux du week-end mais la plupart aura été en libre dégustation tout au long de l’événement.

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Les Hampden dont on pouvait gagner des échantillons

Les jeux justement, avec outre le désormais traditionnel coffre dont il faut estimer le poids à bout de bras, un second coffre était entouré de corde dont il fallait deviner la longueur. Vous vous en doutez les deux étaient remplis de joyeusetés rhumesques. Mais ce n’est pas tout puisque des échantillons de vieux jamaïcains brut de fût de chez Plantation étaient également mis en jeu pour quelques questions, parfois pas si faciles que ça (moi j’ai eu une question sur Neisson, alors j’ai gagné ;).

Trois masterclass ont également ponctué cette journée de samedi : Jérôme Rhum Héritage et les techniques de dégustation, Alexandre Mourigué (Plantation) et l’impact des essences de bois utilisées pour le vieillissement et enfin Anthony Martins (Old Brothers) et son récent tour des distilleries des Caraïbes. Je reviendrai sur ces deux dernières auxquelles j’ai participé.

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Pour l’atelier cocktails

Marc Battais, mixologue de son état (je sais à quel point il aime ce terme :D) a également, deux heures durant, donné des cours de cocktails à une foule nombreuse et avide d’apprendre – et de boire de bonnes choses !

Ajoutez à tout cela des repas, un barbecue, de la musique, beaucoup d’eau et vous avez une brève idée de ce que ce week-end aura pu être et de l’organisation qu’il aura nécessité.

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Avant que la horde n’arrive 🙂

Je ne peux que féliciter et remercier les instigateurs de ce projet fou ! Les administrateurs du groupe Facebook La Canne 2.0 et Jérôme, “gérant” du lieu. Messieurs, chapeau bas 🙂 Cette année, il y aura eu plus de tout !

Bon ce n’est pas tout ça, vous me connaissez, avec tant de rhums à déguster, je n’ai pas attendu que tous les convives soient présents ; j’ai demandé un verre et ai commencé à bosser, avec comme à mon habitude, les blancs pur jus.

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Mes deux premiers rhums de la journée

Mana’o Rangiroa

Un rhum qui m’avait bien plu au Rhum Fest 2018 mais m’aura laissé une impression un peu plus en demi teinte cette fois avec un nez et une bouche assez semblables sur une canne organique sympa mais aussi des notes un peu alcooleuses moins agréables. Peut-être cela vient il du fait que la bouteille était tout juste ouverte.

Dillon Ti Fé Blé

Là c’est l’inverse : je n’en avais pas un souvenir très positif mais nous nous sommes réconciliés grâce à son profil gourmand et complet.

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Ma préférence à la Guadeloupe entre ces deux-là

Karukera Canne Bleue

Toujours un bon classique, meilleur que les Canne Bleue de chez Clément à mon goût. Il m’a même offert une certaine sucrosité dont il me semblait pourtant dépourvu.

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On n’y retrouve pas trop le profil marin de la distillerie mais on reconnaît la distillation sur alambic. Pas vraiment mon truc quoi qu’il en soit, avec un manque de gourmandise certain (contrairement aux mono variétaux de la maison par exemple).

HSE Canne d’Or

Confirmation qu’il est bon et que je suis bien content d’être revenu avec une grosse bouteille de mon séjour en Martinique 🙂 Mystérieusement pas de photo.

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En rouge et bleu, j’exilerai ma peur…

Grays pur jus

Autre marque de chez New Grove, avec donc cette expression de pur jus en blanc. Très bonne première impression avec gourmandise et intensité qui sont au rendez-vous. Peut-être une impression légère de présence de ce que j’appellerais « têtes de distillation », pas forcément très agréables. A suivre.

Dillon Canne Rouge 2018

Moins expressif que le précédent, mais qui s’améliore avec du temps passé dans le verre. Là  encore une légère sucrosité se fait sentir.

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Peut-être mes deux blancs préférés du week-end

Manutea Quintessence

Très bien, on y reconnaît leur patte mais je l’ai trouvé encore mieux que le 50 (celui-ci est à 59,9), malgré une finale un peu métallique.

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Toujours aussi impressionnant de fraîcheur, d’intensité, de complexité et de plaisir. Meilleur blanc ?

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Les échantillons pour notre petit test du jour

Après cette mise en jambe, faisons une petite “pause” à la masterclass Plantation. Le thème : l’influence des différentes essences de bois sur le profil du rhum. Afin de tester ces effets, deux rhums blancs ont chacun été mis à vieillir dans trois fûts différents pendant deux mois et demi. Comme je sens bien que j’ai perdu les deux du fond, je vais reformuler.

Un Vulcain blanc a été mis à vieillir dans trois fûts, chacun fait d’un bois différent, pour une durée de deux mois et demi, côte à côte dans un même chais. Tout est fait pour que les conditions de vieillissement soient identiques, si ce n’est la nature des fûts, afin de pouvoir en mesurer l’influence. Ces derniers sont de merisier, de châtaigner et d’acacia. Pour rappel, le Vulcain est un alambic unique en son genre, qui se trouve à la distillerie West Indies à la Barbade, distillerie dont la maison Ferrand (et donc les rhums Plantation) est propriétaire.

Vous faites la même chose avec un Long Pond (mark HJC) et vous regardez les résultats sur vos six échantillons.

Avant tout et bien que ce ne soit pas très important : la couleur varie grandement d’une bouteille à l’autre. Pour ce qui est des caractéristiques gustatives, je dois avouer avoir été moins catégorique que certains autres convives sur les différences de l’un à l’autre. Elles étaient discrètes, ce qui ne change en rien l’intérêt de l’expérience, puisque voir des différences aussi subtiles soient-elles après seulement dix semaines en fût, démontre tout de même ce qui était l’objet de cette masterclass : les essences de bois utilisées ont leur rôle à jouer sur le profil organoleptique du spiritueux. Sans vous retranscrire l’intégralité des notes que j’ai prises, un nez va être plus crémeux, un autre plus boisé, une bouche sera un peu plus poivrée et une seconde plus fondue. Bref l’impact est réel et offre tout un pan de d’expérimentations à explorer.

Retournons à nos dégustations avec quelques vieux.

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Hâte de voir le prix de celui de gauche, celui de droite n’est déjà plus disponible nulle part à ma connaissance

Dillon 2004

Un joli rhum assez complexe et agréable sur la finesse et la douceur, ce qui nous change un peu des surenchères gustatives récentes, pas mal.

Toucan vieux 2015

J’en avais entendu énormément de bien, alors certes ce n’est pas mauvais mais cela reste jeune et moyennement intéressant. J’espère qu’il en reste dans les fûts pour voir comment il vieilli.

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Direction le sud ouest !

Deux petites infidélités au rhum avec un cognac Grosperrin Bons Bois 1992, qui m’aura paru jeune et trop vif et un armagnac Charron 2004, un peu plus à mon goût mais j’ai toujours un peu de mal avec les armagnac et leur boisé très prononcé. Alors revenons-en au rhum.

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Victoire du pur jus ici

New Grove Royal Rum Blend

Quelque part entre le 8 ans et les single casks. Un peu le cul entre deux chaises, il ne m’aura pas marqué.

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Un nez gourmand sur les fruits compotés et la pâte à gâteau mais aussi des accents boisés et sombres. Franchement super. La bouche est plus boisée et épicée, alors que l’alcool est très bien dosé et offre un bon peps. Il me fera penser au small cask 2004 en bouche. Bref, un des meilleurs rhums dégustés durant ces 24 heures.

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Deux rhums plaisants avec un Bielle vraiment bien foutu

Bielle Cave Passion

Une autre réussite, avec pour moi un profil très Bielle, avec un bon équilibre entre gourmandise et notes végétales et des arômes anisés bien présents. Belle sélection pour ce rhum qui a voyagé plusieurs mois sur le Tres Hombres.

Ferroni Australia 2013

Que ce soit au nez ou en bouche, il est agréable, sur un cocktail coco, pomme et amande, auxquels s’ajoutent le bois et les épices en bouche.

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Sans moi

Clairin ansyen 27 mois, Vaval fût de whisky

Un nez très porté sur les herbes avec un côté eau de vie des Alpes, on perd totalement le clairin. La bouche est plus équilibrée mais n’aura su me convaincre malgré tout. Je n’ai pas encore goûté de clairin vieilli qui m’ait enthousiasmé.

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Je n’aime pas.

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Beaucoup de choses à déguster avec Old Brothers

Il est alors temps d’assister à ma seconde masterclass avec Anto qui nous parlera des visites effectuées dans bon nombre de distilleries des Caraïbes (Martinique, Barbade, Guadeloupe, Marie-Galante, Sainte Lucie et la Jamaïque) et de certaines de ces sélections lors de ce bon mois de vadrouille.

Intéressant de voir que le choix de fût sur place s’étend à plus d’embouteilleurs indépendants, après entre autres Ferrand, Velier ou encore Compagnie des Indes.

Certaines bouteilles seront disponibles plus tard cette année et nous devrons attendre un peu plus longtemps pour les autres.

Une sélection de plusieurs échantillons de chez Santa Lucia Distillers nous attendait pour commencer. C’est une des rares distilleries à produire à base de jus de canne et de mélasse, sur des alambics (John Dore et Vendome) et sur colonne. Ils peuvent ainsi offrir des rhums aux profils bien différents les uns des autres.

Ma préférence est allée vers un John Dore de 19 ans aux notes empyreumatiques, d’amande mais aussi aux accents végétaux (dont de menthol) et au boisé présent. Ce fut pour moi le plus complet et bien qu’il soit intense, il ne l’est pas à l’extrême, comme pouvait l’être le premier échantillon goûté, un pur pot still, blend de leurs deux alambics, qui a été plébiscité par une bonne partie des convives.

Afin de choisir le fût qui leur plaisait le plus, les Old Brothers ont dû également acheter un Clément (les propriétaires de Santa Lucia Distillers et Clément sont les mêmes). Son choix se sera porté sur un 4 ans vieilli en fût de bourbon, pas si mal que ça pour son jeune âge.

En plus des embouteillages brut de fût, Old Brothers compte également créer une gamme de rhums réduits (aux alentours de 48%), plus entrée de gamme, très représentatifs d’une origine. Pour ce faire, ils sont par exemple allés à la Barbade, choisir un tonneau chez West Indies, sur un profil très Barbade avec une coco bien présente (et assez loin de ce que l’on connaît de cette distillerie chez les embouteilleurs indépendants). Ce fût devrait être blendé avec un autre de chez Foursquare pour arriver au résultat escompté.

Nous avons terminé par une bombe aromatique, un blanc de chez Hampden au mark LROK à 86,3% typique de la distillerie et non dénué d’une certaine sucrosité. Il y a eu des fans, mais c’est trop pour moi.

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Surcharge d’esters sur ce coup là

Je suis ensuite retourné profiter du vaste choix de rhums, de poulet au barbecue et surtout de la très bonne compagnie des autres rumaniacs. J’ai par la suite fait une overdose d’esters avec le tout nouveau Rum of the World de chez LMDW, le Mhoba 101 et le Habitation Velier HGML. Je ne vais pas me prononcer sur mes impressions ou les qualités et défauts de ces rhums, je n’ai été en position d’en apprécier aucun. Trop d’esters tue l’ester et je crois que mon palais était alors saturé.

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Une belle surprise de la journée

Cela ne m’aura cependant pas empêché d’avoir un petit coup de cœur sur un El Dorado Rare Collection, le Diamond 1998. Un Diamond gourmand, typiquement tropical sans être trop boisé, une jolie réussite.

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Ou comment bien finir ce trop court week-end

Pour finir, j’ai enfin dégusté deux des dernières créations de Cédric Brément avec les Graal, rhums arrangés plus fort en degré d’alcool et ainsi proportionnellement moins sucrés (gustativement parlant) que certaines autres des Ti’arrangés de Ced. Alors que le Citron Passion n’était pas trop à mon goût (un peu trop amère), le Ananas Framboise est peut-être bien le meilleur rhum arrangé qu’il m’ait été donné de boire, avec des fruits bien présents et surtout un équilibre en toutes choses : rhum, fruits, puissance, sucre. Bravo !

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Quelques rhums loupés 😦

C’est ainsi que s’est clôturée cette intense journée dégustation. Quelques regrets avec certaines bouteilles que je n’ai pas pu déguster, dont les trois bruts de colonne de La Favorite, un Caroni de la récente sélection vers Cognac ou encore un ESB de Bologne spécialement pour la Canne 2.0.

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Les potes de jour

Mais mon principal regret sera de ne pas avoir pu passer une journée de plus en compagnie de tous ces furieux, qui malgré leur nombre bien plus important que l’année passée, se seront tout aussi bien, voire mieux, comportés.

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Les potes de nuit

Un dernier coup de chapeau aux organisateurs s’impose et je vous quitte sur un court échange que j’ai justement eu avec l’un de ces organisateurs (dont je tairai le nom mais vous pouvez y aller de vos propositions) :

« Ben alors, t’es pas en train de chauffer le dancefloor ?!

– J’ai juste envie de tous les cramer avec leur musique de merde…

– Ça marche aussi pour chauffer le dancefloor ! »

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Le poulet qui en a sauvé plus d’un !

A l’année prochaine ! 🙂

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