Le 2 mars 2018, une journée placée sous le signe du rhum

Hiver rime souvent avec rhume (oui, malheureusement avec un “e”) et donc nez bouché. Je déteste de plus en plus cette période. Alors que j’écris ces quelques lignes, ça fait un bon mois que je ne peux déguster à pleine capacité. Oui, cette année je douille. Grave.
Mais il y a quelques courtes périodes de rémission. Quelques heures, voire une demi-journée entière (Byzance !) durant lesquelles vos narines fonctionnent à nouveau.
La semaine dernière, j’étais cloitré à la maison, avec la fièvre, la toux, le nez bouché… Mais à partir du jeudi j’ai commencé à sentir une amélioration et le vendredi, ça allait encore un peu mieux et je n’en pouvais plus de rester chez moi à regarder Food Network – même si j’aime beaucoup cette chaine, 5 jours de frustration gustative, c’est trop.
Et donc, si nous allions rendre visite à nos cavistes préférés – se dit alors mon esprit torturé mais étonnamment lucide. Et puis ça fait bien longtemps que je n’étais pas passé chez A’Rhûm plus qu’en rapide coup de vent.
Allez, on ne réfléchit pas trop et on file prendre l’air. Prudent, je prends d’abord la direction de Christian de Montaguère, destination moins lointaine pour voir si je n’ai pas surestimé mes forces. Malgré un trajet en métro quelque peu éprouvant, j’arrive dans le 6ème ou juste avant d’arriver dans la boutique de l’art de vivre aux Caraïbes, je passe par le boucher dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois “Le Bourdonnec”, où je choppe une échine de porc noir de Bigorre pour mon déjeuner (oui j’ai profité au maximum de ces quelques heures durant lesquelles mon sens du goût avait repris du poil de la bête).
Bref, arrivée chez Christian de Montaguère – ce dernier n’était pas là puisqu’il venait de commencé son séjour de presque deux semaines en Guadeloupe 🙂 Mais le reste de l’équipe est là et je vois sur le meuble de dégustation le Clément Canne Bleue 2017, tout dernièrement sorti. Comme vous le savez, les derniers millésimes de ce rhum blanc de chez Clément n’ont pas été à mon goût, j’avais donc envie de voir si cette nouvelle version redressait un peu la barre.

Clément Canne Bleue 2017

Clément Canne Bleue 2017 chez Christian de Montaguère

Et bien force a été de constater que je l’ai trouvé supérieur aux trois dernières années. Il est très expressif et saute aux narines sur des notes végétales, florales et poivrées. Alors oui ça manque de gourmandise, mais heureusement en bouche une sensation sucrée rattrape l’impression globale. La finale est longue et reste sur cette “fleur de poivre”. Ce n’est pas mal mais cela manque quand même cruellement de canne.

Voilà pour cette mise en bouche apéritive et me voilà requinqué. Direction le 3ème arrondissement et son attraction principale : A’Rhûm 🙂
Après quelques stations de métro supplémentaires, me voilà arrivé à bon port. Freddy est là ainsi que son nouveau vendeur, déjà rencontré lors de l’inauguration de la boutique il y a quelques mois de cela en excellente compagnie (coucou Flo, Tranber et Roms ;)). C’était, je crois, son premier jour, il a bien pris de l’assurance depuis, tant mieux pour lui 🙂
Je prends mon temps, regarde de droite et de gauche. Cette nouvelle boutique est vraiment sympa et offre bien plus d’espace pour mettre les bouteilles en valeur !
Freddy, après avoir gérer un nouveau fournisseur de rhums arrangés, me demande ce qu’il peut faire pour moi, et après avoir commencé par le Clément Canne Bleue 2017, je me dis que je continuerais bien sur des rhums blancs. Il regarde dans son armoire à merveilles et, l’une après l’autre, ne me sort pas moins de six bouteilles ! Bien sûr ce ne sont pas six bouteilles prises au hasard, il en avait plus d’ouvertes mais m’a demandé pour chacune d’elle si je la connaissais ou non. Ces six bouteilles ont donc été le résultat de cette sélection.
Il les installe sur le comptoir, chacune assortie de son verre de dégustation, ainsi qu’un verre rempli d’eau. Peu de temps après un professionnel qui avait rendez-vous avez le maître des lieux, rentre dans la boutique et Freddy doit s’absenter en me lançant cette petite phrase : “Bon je dois y aller, je te laisse travailler”. Ça me va 😀
Je me sers donc un petit centilitre dans chaque verre et commence à travailler 🙂

Chairman's Reserve White et Branca 50

A’Rhûm – Chairman’s Reserve White et Aguardente de Cana Branca 50%

On commence par le seul non pur jus du line up avec un Chairman’s Reserve White Rum. Il s’agit en fait d’un rhum vieux blanchi. Je dois avouer ne toujours pas comprendre l’intérêt de la démarche de faire vieillir un rhum puis de le faire blanchir (sur du charbon actif). Ce rhum de Sainte Lucie n’est pas passionnant, pas mauvais non plus, mais pas franchement intéressant. C’est un rhum vieux (mais blanc) facile sur des notes de vanille, de banane et au boisé léger. Peut-être peut-il présenter un certain intéressant en cocktail, je n’en sais rien. En tout cas en dégustation, pas folichon.

On continue avec ce qui restera mon coup de cœur de cette dégustation, un rhum pur jus de Madère. Les rhums de Madère sont vraiment méconnus et pour cause, ils ne sont pour ainsi dire pas distribués en France, et c’est bien dommage. Ce Branca à 50 degrés (il existe aussi une version à 40 et une autre à 60, que l’on découvrira un peu plus tard) est tout de suite sur une canne très organique, fraiche et fruitée, tout en gardant une sensation sèche. C’est très expressif.
En bouche, on garde les mêmes marqueurs et l’alcool est parfaitement dosé.
C’est une très belle eau de vie de canne. Malheureusement il n’avait plus de bouteille en vente, sinon je serai clairement reparti avec (surtout pour moins de 30€).

Or de Guyane et R. St Barth Cool

A’Rhûm – Or Blanc de Guyane et R. St Barth Cool

Troisième rhum, on file en Guyane Française, avec l’Or Blanc de Guyane. Il est issu de la même distillerie que La Belle Cabresse ou les rhums Toucan, et pour cause, il n’y a qu’une unique distillerie en Guyane Française, la distillerie Saint-Maurice à Saint-Laurent-du-Maroni.
Beaucoup plus floral et végétal que le précédent, il souffre sans doute de la comparaison. En bouche, il se fait frais et avec des notes marquées de réglisse.
Loin d’être désagréable, il doit – tout comme la Belle Cabresse – faire des ti’punchs tout à fait respectables.

Un rhum un peu “mystérieux” ensuite, le R. Saint Barth Cool. La gamme R. Saint Barth, composée de trois rhums et lancée par le joueur de foot Mikael Silvestre il y a quelques années, se distingue entre autres par des prix quelque peu exubérants. Il faut également savoir qu’il n’y a pas de canne à sucre sur Saint Barth et que ce rhum vient en fait de Guadeloupe, de la distillerie Reimonenq.
Au nez il se distingue tout de suite. Très différent des précédents, il offre un côté gras (oui oui même au nez). Relativement doux et végétale sur les fruits un peu passés. Il manque globalement de fraicheur et il se fait encore plus floral avec du repos. La bouche est meilleure, avec une canne qui prend de l’ampleur. Et alors que le côté floral tend à disparaitre, le sel apparait. Il se fait également plus sec (et moins gras). Ajoutez-y une touche poivrée et vous avez la carte d’identité gustative de ce rhum.
Ce n’est pas mal et pas si classique que ça, mais je trouve que pour le prix, il y a meilleur.

Fighting Spirit Gold et Branca Fire 60

A’Rhûm – Chantal Comte Fighting Spirit Gold et Branca Fire 60%

Allons voir du côté de Chantal maintenant. Embouteilleuse indépendante que l’on ne présente plus, Chantal Comte propose dans sa gamme quelques rhums blancs. Si je ne m’abuse ils sont au nombre de cinq et le petit dernier est le Fighting Spirit Gold. J’ai justement récupéré un échantillon récemment (merci Ad !) mais ne l’ai pas encore ouvert ; c’était la parfaite occasion de m’y frotter.
Au nez, c’est une canne végétale qui domine, associée de citron vert et de sel. C’est expressif et fin à la fois. La bouche se fait plus sèche, plus droite et on y retrouve cette canne fraiche et végétale. La finale est longue, toujours sur ces notes végétales et devient plus salée.
Pas inintéressant, mais comme un manque de gourmandise là aussi.

Le dernier de la série, avec un retour à Madère, pour un rhum que j’avais déjà eu l’occasion de déguster à La Table du Loup il y avait quelques mois de ça. Le Branca Fire est la version à 60 degrés du rhum testé plus haut.
Il est moins canne que son petit frère et plus organique (à tendance clairin), plus éthéré aussi. Le repos lui fait du bien et il dégage une légère astringence assez agréable, que l’on retrouvera d’ailleurs plus tard.
En bouche justement, il offre une belle explosion de saveurs et prend bien le palais. La canne est là, la puissance est mesurée et une impression de douceur sucrée est la bienvenue. La finale est longue et développe, en plus du reste, des notes salées.
Ben ouais, c’est bon ça aussi. Décidément les rhums de Madère… J’ai trouvé la version à 50 degrés plus équilibrée et plus gourmande, mais ce Fire n’a pas grand-chose à lui envier.

Rum 970 6 ans - 2008 et 2009

A’Rhûm – Rum Agricola de Madeira 970 – 6 ans, 2008 et 2009

Eh bien voilà un beau line up de rhums blancs ! J’en ai encore beaucoup à découvrir, et c’est tant mieux 🙂 Ça va me faire un bon paquet de dégustations à l’aveugle, comme la dernière dont je vous parlais il n’y a pas si longtemps.
Je pensais alors que ça s’arrêterait là, mais Freddy fraichement revenu de son rendez-vous, et devant mon engouement pour les rhums de cette île portugaise, m’a alors proposé de déguster trois vieux de cette même distillerie. Si vous vous souvenez, ça ne sera d’ailleurs pas mon premier contact avec ces vieux, puisque ce même Freddy m’avait fait déguster un millésime 1977 pour son anniversaire 🙂
Je ne vais pas vous faire des notes de dégustations détaillées pour ceux-là, qui étaient un 6 ans, un millésime 2008 et un millésime 2009, mais ils ont clairement une trame commune avec un boisé (vanillé) bien marqué, même sur le 6 ans. Le vieillissement (au moins partiel) en fût ayant contenu du vin de Madère se fait sentir avec des notes de poudre à canon. Mais il n’est pas écœurant pour autant. Franchement, pas mal et comme un lointain air de Reimonenq.
Freddy devrait recevoir des bruts de fût dans le jours qui viennent ! Voilà un truc à ne pas louper 🙂

C’est guilleret et après une conversation dont je raffole tant avec mon hôte, que je prends congé.

Le hasard voulu que le soir même je sois invité aux 50 ans d’un ami grand amateur et collectionneur de rhum. J’ai pu y déguster, outre un Pessac-Léognan de 2001, deux spiritueux de 1968 ; un cognac fins bois de chez Grosperrin et un bas-armagnac de chez Gelas, ce dernier m’ayant d’ailleurs, contre toute attente, plus enthousiasmé. Et pour finir, un rhum que Benoît, le birthday boy du jour, apprécie tout particulièrement, un Bielle 2002 brut de fût. Vraiment bonne cette petite chose 🙂 La bouteille a d’ailleurs très rapidement baissé de moitié ! 😀 Une sorte d’essence de ce que Bielle peut être. Je lui préfère le 1994, mais ce 2002 fait plus que bien se défendre.
Encore merci pour l’invitation Benoît !

Bielle 2002 - Grosperrin Fins Bois 1968 - Pessac Léognan La Louvière 2001 - Gelas 1968

Rhum Bielle 2002 – Bas-Armagnac Gelas 1968 – Château La Louvière 2001 – Grosperrin Cognac Fins bois 1968

Et voilà comment s’est achevée cette journée riche en émotions rhumesques 🙂

Enfin pas tout à fait parce que pour être vraiment complet, j’ajouterai que dans la nuit, j’ai eu une bonne gastro, histoire de bien me remettre de ma grippe…
J’adore cet hiver 😦

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