Le Gus’t 2022 : direction Madère

Ce n’est pas la première fois que je vous parle des sélections de cet embouteilleur indépendant du sud de la France. Si vous voulez en savoir plus sur cette entreprise familiale et leurs précédents rhums, je vous invite à lire (ou relire) ces deux articles : Demerara 2002 et Marrons de la Liberté et Cuffy.

Cette année, changement de destination et virage à 180 degrés dans le style de rhum choisi. En effet, la sélection s’est faite sur des rhums de Madère (et donc de pur jus de canne) et plus précisément de la distillerie Engenhos do Norte. Etant déjà familier avec des rhums issus de chez eux (entre autres grâce à des dégustations chez A’Rhûm), j’étais impatient de voir ce que ces trois nouvelles expressions pourraient donner.

Place à la dégustation !

Le Gus’t Engenhos do Norte 6 ans – 41,4%

Le Gus’t 2022 : direction Madère – Le Gus’t Engenhos do Norte 6 ans – 41,4% (photo : Cave Conseil)

Un 6 ans où le bois est déjà bien présent sur des notes épicées marquées (épices douces). Le cuir, le caramel cuit, les fruits cuits, des notes mentholées et tout de même un peu de canne, font penser à un rhum plus âgé, et par certains côtés à un rhum de Guadeloupe un peu old school. Il se montre très expressif.
La bouche est en adéquation avec le nez, puisque l’on retrouve nos épices – toujours aussi présentes – et de manière générale une jolie intensité sur ces marqueurs que j’associe souvent à de vieux guadeloupéens.
La finale clôt logiquement cette dégustation et va prendre son temps pour le faire. Caramel cuit, épices et toujours cette note mentholée qui apporte un certain équilibre. J’ai également eu une petite note salée.
Un rhum jeune, qui par plusieurs caractéristiques l’amènent sur le terrain d’autres eaux-de-vie de canne au compte d’âge plus vénérable. Même si ce n’est pas un style que j’apprécie particulièrement, il présente des qualités indéniables.

Le Gus’t Engenhos do Norte 2010 (full proof) – 53,3%

Le Gus’t 2022 : direction Madère – Le Gus’t Engenhos do Norte 2010 – 53,3% (photo : Cave Conseil)

On change totalement de registre, principalement du fait du fût qui s’exprime très différemment. Il offre tout simplement un boisé plus direct qui fait moins de ronds de jambes mais sans être surdosé ou gênant. On change également de registre fruité : agrumes, fruits des bois et noix. Les épices douces, elles, sont toujours là mais ne sont plus au premier plan. Ajoutez à tout ceci la concentration propre à des bruts de fûts et vous obtenez un nez qui fonctionne.
Cette même concentration se remarque également dès l’attaque, mais sans que l’alcool ne dérange. Une double impression m’est venue au niveau des arômes, avec une idée de pain d’épices, autant par ces dernières que par les fruits confits, et sur un second niveau un profil assez sombre et torréfié mâtiné de tabac. Il y a aussi un petit quelque chose de médicinal.
Cette dernière note reste d’ailleurs sur la finale mais va vite être rattrapée par une franche amertume. Assez longue, j’y retrouve là encore une pointe saline.
Plus concentré, plus boisé et plus caractériel que le 6 ans, il a ma préférence, même si l’amertume en finale est un peu trop marquée, et qui, au bout d’un moment, devient même terreuse.

Le Gus’t Engenhos do Norte 2006 (full proof) – 52,6%

Le Gus’t 2022 : direction Madère – Le Gus’t Engenhos do Norte 2006 – 52,6% (photo : Cave Conseil)

Ma première impression est très positive et il m’apparaît comme le plus gourmand des trois. Contrairement aux deux premiers, le boisé est très discret et c’est celui qui se rapproche le plus d’un agricole vieux dont on a habituellement l’image. On retrouve un certain nombre d’acteurs : épices, orange, vanille (plus présente ici que sur les autres) et fruits confits. Les fruits à coque sont à nouveau de la partie mais l’amande a remplacé la noix. Dans l’ensemble, il est bien équilibré et moins rentre dedans que le 2010.
On retrouve une belle concentration sur la bouche et une chaleur présente mais agréable. La plupart des nos arômes sont fidèles au poste mais le boisé gagne en intensité et se fait à la fois humide et réglissé. J’ai également détecté une discrète note de poudre à canon, qui se joint plutôt bien au reste des acteurs.
La finale est longue et très portée sur les épices (beaucoup de cannelle) – encore elles – la vanille, les fruits confits et, pour la troisième fois, un peu de sel.
Bon, ce 15 ans est mon préféré, malgré son excès de cannelle ^^

Une sélection de trois produits vraiment intéressante. On a des profils bien distincts, qui partagent cependant plusieurs traits communs. J’ai pu retrouver certains repères que j’avais de la distillerie, principalement sur les deux premiers où le boisé est bien marqué (même s’il l’est de manière différente à chaque fois). C’est le troisième qui m’a le plus surpris, ce qui explique peut-être pourquoi c’est celui que j’ai préféré.

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