Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4

Voilà, il est temps de finir cette série de quatre articles (et donc de 20 échantillons) avec le quatrième et dernier, où je vais déguster à l’aveugle 5 nouveaux rhums purs jus de canne bruts de colonne. On a déjà voyagé en Guadeloupe (dont Marie-Galante), au Vietnam, en Martinique et à Tahiti, terminons maintenant notre périple à très haut degré.
Bon, le temps que je publie cet article, le 5ème est déjà bien entamé 🙂

Ce premier rhum nous emmène immédiatement en territoire de la canne. Cette dernière est veloutée, de nature fruitée et végétale à la fois. Il faut y ajouter quelques notes de mangue et d’amande fraîche. Il est engageant malgré un petit déficit de fraîcheur. Une fois les parois internes du verre recouvertes du précieux liquide, l’alcool, ainsi que les arômes et la fraîcheur, gagnent en intensité et on voit apparaître un invité surprise : une note anisée, qui se mêle bien aux autres acteurs.
Premier rhum de la série, l’alcool m’a un peu surpris, même si une belle impression sucrée aide à faire passer les degrés. La seconde gorgée m’a permis de mieux apprécier une canne gorgée de jus, relevée d’un peu de citron vert. Il prend bien la bouche et une toute petite gorgée suffit (de toute manière il est compliqué d’en prendre une plus grosse). On a ce côté « ti’punch prêt à l’emploi », qui me plait beaucoup.
La finale, plutôt longue, est plus verte mais reste sur la canne et le zeste, sans excès de verdeur et sans amertume.
Pas mal du tout, ce rhum ouvre bien les hostilités avec un très joli profil agricole dans le genre ti’punch, mine de rien il ne va sans doute pas être aisé de faire mieux.
Old Brothers x 1802 (Bielle) – 76.8%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4 – Old Brothers x 1802 (Bielle) – 76.8% (photo : Excellence Rhum)

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Si le premier manque de fraîcheur, celui-ci en est totalement exempt. Il est également moins expressif. Ce sont des arômes de canne à sucre, de fruits exotiques, ainsi qu’une touche terreuse et une pointe cuivrée qui le caractérisent. Se remarque, après un peu de repos supplémentaire, une note organique difficilement identifiable – quelque part entre légume, fruits pourris et… sueur – qui est plutôt désagréable. A peine le rhum agité et aéré, la terre, rejointe par le poivre, prend beaucoup d’assurance. La fraîcheur fait son apparition, ainsi que quelques touches végétales. Cependant, cet arôme dérangeant que je décrivais plus haut est toujours là, diminué, mais toujours présent.
Vive, la bouche est cependant moins puissante que sur le numéro 1, on va pouvoir le garder un peu plus longtemps sous le palais. La fraîcheur est là, la canne aussi et le défaut devient définitivement “fruits trop mûrs”, ce qui est tout de même beaucoup moins ennuyeux.
La finale, qui débute de manière fort agréable (et intense) va changer d’atours pour en porter de plus secs et végétaux, sans jamais se transformer totalement.
Sans cet arôme problématique, il se serait vraiment bien défendu ! La bouche et la finale sont d’ailleurs réussies.
Dillon Brut de Colonne – 71.3%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4 – Dillon Brut de Colonne – 71.3% (photo : Excellence Rhum)

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Décidément, ce n’est pas la fraîcheur qui les caractérise les rhums de ce line-up… Ce rhum-ci se distingue cependant du précédent par une identité plus ronde, on imagine presque la mâche sucrée qu’il va nous offrir. La canne est bien mûre et on a juste envie d’y croquer. Le second nez voit là aussi la naissance d’une certaine fraîcheur et l’alcool reste très bien maîtrisé. Avec du repos il prendra un visage plus vert et végétal et gagnera à de nouveau être agité afin de revenir sur la canne à sucre gourmande et fruitée.
Moins concentrée aromatiquement et moins puissante (ce qui n’est pas forcément un mal mais qui associée au déficit d’expression, le devient) que sur les deux premiers rhums, cette bouche tombe un peu à plat. Elle manque de… goût et la texture imaginée n’est pas au rendez-vous. Ah ben zut. Déception. Elle n’est pas mauvaise pour autant mais je m’attendais à nettement mieux.
La finale est logiquement assez moyenne, tant en longueur qu’en intensité
Le nez laissait présager un niveau global supérieur, dommage.
A noter que ce rhum n’a pas été commercialisé et que je n’en connais pas le degré exact (autour des 70), qui est peut-être un peu inférieur aux autres et expliquerait partiellement le « creux » sur la bouche. Quelques fioles avaient été bien gentiment données par Cat Arnold sur des salons.
Je lui préfère nettement la version Confrérie du Rhum à 60%.
Toucan brut de colonne “Toucanette” – ?%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4 – Toucan brut de colonne “Toucanette”

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Beau nez ! On garde la gourmandise du précédent mais on y ajoute un zeste de citron vert et un poil de verdeur, qui apportent équilibre et complexité (relative). Assez classique mais qui fonctionne très bien. Le rhum étalé dans le verre ne va que magnifier ce profil gourmand et complet, avec un côté ti’punch très agréable. Là encore, pour garder cette très jolie silhouette, il faudra en re-badigeonner le verre, sans quoi il « s’éteint » un peu.
On retrouve un rhum qui envahit bien la bouche et « colle aux dents », comme on peut parfois en trouver à haut degré. On ne pourra pas le faire tourner trop longtemps sous le palais mais suffisamment pour y retrouver notre duo : canne et citron vert, qui décidément forme une paire faite pour s’entendre. Il me semble également détecter une touche de distillation, qui n’est ni positive, ni négative.
Il va rester avec vous un moment, sur une canne végétale et un zeste de citron vert, sans pour autant développer une amertume qui pourrait déranger.
Réussi que ce rhum, sur une trame classique de rhum pur jus de canne et à la texture qui se remarque.
Reimonenq Brut de Colonne – Les Frères de la Côte – 76%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4 – Reimonenq Brut de Colonne – Les Frères de la Côte – 76% (photo : Excellence Rhum)

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Voilà un autre nez assez complet et séduisant. La canne se présente sous ses trois visages : floral, fruité et végétal et est rejointe par le citron vert et un tour de moulin à poivre. Pas mal. Le second nez nous offre la même image mais un ton au-dessus, ce qui fonctionne vraiment bien. Une nouvelle fois, le repos va le changer et l’amener vers des rivages très verts et poivrés, moins sympathiques. La solution : faire très régulièrement tourner le verre pour en refaire sortir les arômes plus gourmands, qui apportent cet équilibre.
Texture et sucrosité sont en rendez-vous pour un brut de colonne aussi puissant qu’on l’imagine et aussi expressif. Vraiment sympa avec la canne au premier plan, qui est bien épaulée par le citron vert et les fruits exotiques et même un peu de poivre.
La finale nous offre un medley canne végétale et florale, fruits (sur les premiers instants seulement) et poivre, qui fonctionne bien et ce un bon moment.
Vraiment sympa, il ne demande qu’à en reprendre une gorgée. Ce n’est pas non plus un coup de cœur mais entre sa complexité et sa gourmandise, c’est une réussite.
L’Esprit Brut de Colonne (La Favorite) – 73%

Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4 – L’Esprit Brut de Colonne (La Favorite) – 73%

Un niveau moyen peut-être un tout petit peu moins élevé que sur d’autres séries mais quelques beaux rhums malgré tout. Au sommet, nous retrouvons l’embouteillage de Old Brothers pour le Bar 1802, un Bielle très bien foutu et gourmand à souhait. Une semi-surprise sur la seconde marche du podium avec l’embouteillage d’un brut de colonne de La Favorite par l’embouteilleur rennais L’Esprit. C’est le second rhum de cette distillerie que je passe au banc d’essai des dégustations à l’aveugle à très haut degré et dans les deux cas, ils ont très bien fonctionné. Quand je dis “surprise”, c’est essentiellement du fait d’un souvenir mitigé du Brut 2 Colonnes, alors peut-être lui faut-il un peu de temps pour faire ressortir la canne fruitée et gourmande face au poivre et aux notes végétales… Un joli rhum en troisième place avec le Reimonenq Frères de la Côte. Il fonctionne bien et m’avait d’ailleurs fait bonne impression lors du Rhum Society 2020. Vient ensuite le Dillon et cet étrange arôme qui m’a déstabilisé et que je ne n’avais pas eu lors de ma première dégustation pendant la présentation des nouveautés 2019 chez Excellence Rhum. Fermant la marche, le Toucan brut de colonne, qui fut pour moi une déception, tant j’apprécie le version à 60%.

Et voilà, ça en fait 20 ! Mais bonne nouvelle, une 5ème et dernier article devrait donc voir le jour d’ici peu 😉

Dégustation à l’aveugle de bruts de colonne partie 1.
Dégustation à l’aveugle de bruts de colonne partie 2.
Dégustation à l’aveugle de bruts de colonne partie 3.

One thought on “Une transversale de blancs pur jus de canne – Les bruts de colonne – partie 4

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