Le Rhumathon, la vengeance

“Quelle meilleure utilisation d’une journée de repos que d’aller se balader à Paris pour rendre visite à des cavistes ?
– Aller à Milan pour les 70 ans de Velier !
– Certes, mais malheureusement (ou heureusement pour le foie) cela n’arrive qu’une fois dans une vie et c’est déjà fait :)”

Comme je le fais plus ou moins une fois par an (je vous ai déjà parlé de ces jours rhum ici et ), j’ai décidé de consacrer la majeure partie de cette journée à essayer de trouver de jolies bouteilles et à parler rhum (et pas seulement rhum, comme vous allez le voir).
Il est toujours important d’avoir un plan, sous peine de ne pas être aussi efficace que possible. Ces occasions sont tallement rares qu’il faut optimiser 🙂
Sur le papier, mes étapes étaient au nombre de cinq mais je me suis finalement arrêté à quatre.
Ma stratégie était la suivante : point de départ le caviste le plus lointain, pour revenir progressivement vers le sud et la maison ; avec “quelques” arrêts en chemin.

9h30, c’est parti !

Ligne 13 jusqu’à Miromesnil, et après 5 minutes de marche et un café gratuit en chemin (ouais je suis comme ça moi, on me propose des choses gratuites quand je me ballade), arrivée aux Caves Augé, boulevard Haussmann.

Augé

Les Caves Augé – Laissez votre sac à dos à l’entrée, sous peine de casse !

Ça faisait bien longtemps que je n’avais pas mis les pieds chez ce caviste historique parisien. Soyez prévenus, le rhum n’est pas leur spécialité ; vins, Cognacs, Armagnacs, Whiskys, Calvados oui, et pas qu’un peu ; rhums nettement moins, mais tout de même un choix assez éclectique et de qualité. Lorsque vous rentrez dans la boutique, vous êtes projetés plusieurs dizaines d’années en arrière, tant le lieu ne semble pas avoir changé depuis bien longtemps ; des boiseries partout, un dédale à peine praticable (dont les parois sont des bouteilles), un ascenseur au grillage de métal… Bref, on s’y sent bien 🙂
Je prends mon temps et admire tous les flacons qui m’entourent. Ce n’est qu’après plusieurs minutes que je me dirige enfin vers l’étagère des rhums, que je scrute de mon œil expert 😉
Rien qui ne sorte immédiatement du lot, mais je veux regarder les choses en détails. Grand bien m’en aura fait puisque je vois une bouteille de Depaz blanc à 62%, que je n’avais jusqu’alors jamais vu nulle part. J’aime tellement leur 50%, que cette expression plus puissante a fini dans mon sac en un tour de main.
Et puis, tout en haut de l’étagère, j’aperçois un HSE à étiquette bleue, ainsi qu’un Titouan Lamazou, malheureusement ils sont trop hauts, et je ne peux pas voir respectivement leur année ou leur degré d’embouteillage. Je vais donc demander ces informations à un vendeur, qui, non sans peine, parvient à glisser un tabouret entre cartons et les flacons et me dit que le millésime est un 2003, tandis que le Titouan est un 40%. Pas de bol, moi qui aurait espéré un 1998 et un 50%… Mais alors qu’il s’apprêtait à redescendre de son escabeau, il m’indique que l’autre blanc HSE est un 2007. Ah ? Allez hop, je prends. Ça fait un bon moment qu’on ne trouve plus ce millésime, je saute donc sur l’occasion.
Eh bien je ne suis pas venu pour rien moi. Je repars – avec en prime un Pouilly Fuissé 2011 sous le bras – en me disant que cette journée commence bien.

A'Rhûm

A’Rhûm et ses étagères bien chargées – pour la dernière fois dans l’ancienne boutique.

Je reprends mon périple : Saint Lazare où je prends la ligne 3 pour aller jusqu’à Réaumur Sébastopol, pas bien loin de chez A’Rhûm. J’arrive tout pile à 11h00 pour l’ouverture mais trouve porte close et ce n’est que quelques minutes plus tard que le vendeur de la boutique arrive et m’explique qu’il est lui-même surpris que ce soit fermé et que Freddy doit être à l’autre adresse. QUOI ?! Un autre magasin ?! Qu’est-ce que c’est que cette histoire ?! Il m’invite à l’y accompagner – je ne me fais pas prier – et on se retrouve quelques cinquante mètres plus loin face à une devanture arborant les couleurs d’A’Rhûm. Après avoir toqué à la porte, elle s’entrebâille et laisse apparaitre le visage jovial et souriant de Freddy, qui est un peu surpris de me voir ici. Il m’invite malgré tout à rentrer et je découvre alors un espace bien plus grand que celui de la rue du Grenier Saint Lazare, qui plus est sur deux niveaux, avec quelques très belles bouteilles aux murs. On papote un peu et j’en apprends plus sur ce nouvel emplacement. Je suis bien content qu’ils aient pu trouver un local plus spacieux, étant donné qu’ils cherchaient depuis un bon moment. Il m’explique que l’inauguration se fera le jeudi 7 avec des animations les jeudi, vendredi et samedi soir, rendez-vous est pris !
Après un rapide passage à “l’ancienne” adresse, où je fais le plein de sucre roux de Martinique, je prends congé et repars à l’aventure.

La ligne 4 à Etienne Marcel (vous savez, ma ligne du rhum ;)), où je prends le métro qui m’emmènera chez LMDW Fine Spirits à Odéon, où cela fait également ne nombreux mois que je n’avais pas mis les pieds.
J’y rencontre une veille connaissance de Milan (salut Benoist o/) et on commence à discuter de tout et de rien, mais surtout de spiritueux 🙂
J’évoque entre autre le Domaine de Charron et ses Armagnacs, en expliquant que j’en entends le plus grand bien, depuis un moment. C’est alors qu’il me propose de le suivre à l’étage, précisément pour goûter certains de ces Armagnacs ; ma réaction simple et directe : “D’accord !”. Nous dévorons les quelques marches et je me retrouve dans un endroit familier. Il met rapidement la main sur de jolis échantillons de la maison Charron (une bonne dizaine), puis m’en conseille trois afin d’avoir trois styles différents (mais tous bruts de fût). J’ai pris quelques notes :

Charron

Les Armagnacs du Domaine de Charron – Depuis le temps que j’en entends parler !

Le nez du millésime 2003 est sur les fruits à coque, le noyau de cerise, la vanille et un boisé sec. J’y ai trouvé une pointe de savon, mais d’après mon hôte, cela pouvait venir du verre.
En bouche, c’est avant tout la texture qui m’a surpris, comme si le rhum se transformait partiellement en gaz, ce qui lui donne un cheminement en bouche tout à fait incroyable. Ceci étant dit, la bouche est moins intéressante que le nez et on sent un peu l’alcool. L’impression est très sèche.
Le 1995 se distingue par un nez plus sombre, avec une impression torréfiée et des arômes de pruneau et de tabac.
Là aussi, cette super intéressante sensation de fumée en bouche, alors qu’on ne retrouve pas vraiment les mêmes marqueurs que sur le nez et que c’est un boisé très sec qui domine.
Au nez le 1990 offre, lui, un profil plus chaleureux, sur des notes de fruits confits et une impression bien plus gourmande.
Décidément, autant cette impression très volatile est présente là aussi mais on perd en gourmandise et en fruits confits. L’alcool est bien intégré et on a une finale plus sympa que sur les deux autres. Dans l’ensemble il n’y a d’ailleurs pas que la finale qui soit supérieure aux deux autres. C’est définitivement ce 1990 qui m’a le plus emballé sur les trois dégustés.
Je n’y connais vraiment rien en Armagnacs mais je me suis souvenu, durant cette dégustation, que j’avais déjà eu cette impression d’une bouche en deçà du nez. Nez, qui d’ailleurs est vraiment sympa sur ces trois Armagnacs, dans des styles très différents les uns des autres – sec et vif, sombre et torréfié, équilibré et confit.

Mon hôte a ensuite tenu à me faire déguster autre chose, à l’aveugle cette fois.
Au premier nez, une noix qui saute aux narines, mais qui disparait par la suite, pour laisser la place à des fruits et entre autres à l’amande. Le boisé est bien plus discret que sur les Charrons.
Mais là où la vraie différence s’opère, s’est en bouche, puisqu’ici elle est complexe, pleine, évolutive, riche, fruitée et au boisé très secondaire. Vraiment super agréable et, à mon goût, au-dessus des trois Armagnacs dégustés juste avant.
Mais alors de quoi s’agit-il ? Et bien il s’agit en fait d’un quatrième Armagnac par un embouteilleur indépendant,  celui-ci et également brut de fût. Voici donc un Armagnac de 1989 de chez l’Encantada du domaine des Bidets à 49.9%. Au cas où vous n’auriez pas compris j’ai été sacrément emballé par cette petite chose. Malheureusement il semblerait qu’elle soit désormais bien compliquée à trouver 😦 Tant pis…

Encantada

Bas Armagnac L’Encantada 1989 (les Bidets) – 10 ans après ma naissance, je prends ça comme un hommage 😀

Mais avant de partir je n’ai pu me résoudre à laisser seule sur son étagère un Long Pong embouteillé par The Whisky Agency à l’occasion du 60ème anniversaire de LMDW (si je ne m’abuse), que j’avais eu l’occasion de redéguster récemment et qui m’avait vraiment fait bonne impression ; une bouteille à haute buvabilité comme dirait l’autre 😀

Pas de métro pour me rendre à la prochaine halte de mon expédition, mais une petite balade dans un quartier bien sympathique, entre Odéon, Saint Sulpice et la rue du Cherche-Midi. Mais avant d’arriver chez Christian de Montaguère (oui vous l’aviez sans doute deviné), il y a eu trois étapes gourmandes en chemin, et pas des moindres.
Tout d’abord, arrêt chez Patrick Roger, grand chocolatier, connu entre autres pour ses dômes de chocolat aux divers parfums. J’ai une préférence marquée pour celui au caramel et citron vert, j’en ai donc embarqué une petite boite. Mais ce n’est pas tout ; quelques jours avant cette visite impromptue, un ami m’avait vanté les mérites de leur tablette de chocolat noir de Madagascar à 75%. Bon ben je suis aussi reparti avec 😀
Ensuite, une adresse dont je vous ai déjà parlé ici : la boucherie Le Bourdonnec, connue pour sa viande maturée. Mais cette fois j’ai jeté mon dévolu sur un super filet de cochon, de la compote de tête (j’en prends à chaque fois) et un peu de lard de Colonata , pour essayer – et je n’ai pas été déçu 😀

Espagnole 2

Ma Petite Epicerie Espagnole – J’y vais surtout pour la charcuterie mais il y a quelques conserves qui valent le coup !

Pour étancher ma soif de gourmandise, je me suis également arrêté dans un endroit appelé Ma Petite Epicerie Espagnole, boutique de taille très réduite, où la quantité est aisément supplantée par la qualité. En l’occurrence la qualité de la cesina absolument fantastique, avec laquelle je suis reparti sous le bras.

Bon ce n’est pas tout ça mais après tout ce solide il me fallait bien un peu de liquide. J’arrive donc chez Christian de Montaguère où je salue Christian et Jerry. On commence à papoter de choses et d’autres, entre autres de l’augmentation généralisée des prix… Mais pour continuer sur une note plus positive, j’ai pu déguster le Classic Rum de chez Cadenhead’s. Et je dois bien dire que c’est loin d’être mauvais cette petite chose. On est dans un pur style anglais avec un blend de différentes îles, sans qu’elles soient malheureusement indiquées sur la bouteille, avec cependant une dominante de Guyane Anglaise (je sais, ce n’est pas une île :P).

CdM Cadenhead's

Cadenhead’s Classic Rum – Un profil anglais dans ce rum qui vaut le coup

Alors que mon verre s’aérait, j’en ai profité, comme à chaque fois que je passe à la boutique, pour faire un tour au premier étage pour regarder autant les rhums blancs que la belle vitrine à merveilles.

Là non plus je ne suis pas reparti les mains vides, puisque j’ai doublé ma bouteille de HSE finition Château Marquis de Terme, qui je le rappelle, était la bouteille à laquelle j’avais donné ma plus haute note lors des dégustations à l’aveugle du Rhum Fest (je ne l’ai bien sûr appris que plus tard).

CdM vitrine

Christian de Montaguère, la vitrine aux merveilles

Et voilà, c’est ainsi que s’achève une autre de ces journées que j’affectionne tant et qui ne sont que trop rares.

 

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