L’ultime Rhumaton

Le Rhumaton vient d’une longue tradition familiale, que mes ancêtres ont instauré il y a maintenant plus de cinq siècles, alors que mon aïeul – capitaine de la garde écossaise de Louis XI – s’était rendu aux Philippines pour élucider une sombre affaire de complot visant à attenter à la vie du roi, par empoisonnement au glycérol.
C’est dans ces contrées lointaines qu’il fut initié par une tribu locale, entièrement composée de femmes, à l’eau-de-feu, dont il ne connaissait pas la nature ; boisson réputée accroitre le courage et les performances sexuelles de qui en ingurgiterait. Et elles lui en firent ingurgiter !
Laissé pour mort sur les berges de la rivière Pampanga, après des semaines de “torture”, il fut recueilli par une harde de tarsiers. C’est après s’être nourri de ces petits animaux – un peu naïfs – qu’il remonta, revigoré, le cours de la rivière, pour découvrir un ensemble disparate de cahutes, dont s’échappaient de lourdes volutes de fumée blanche. Plus il s’en approchait, plus une odeur gagnait en intensité : une odeur âcre et fermentaire, puis au second plan, un parfum alcooleux enivrant. Arrivé tout proche d’une hutte, les émanations lui prenaient franchement au nez.
Découvert par un indigène, alors qu’il vomissait, il fut pris pour un envoyé divin et, pour l’honorer, fut conduit de maison en maison afin d’en tester les différentes productions, cela lui pris la journée entière. C’est historiquement le premier Rhumaton de l’histoire historique.
Vous l’aurez compris, c’est bien de l’eau-de-vie de canne qui était produite ici. Mon aïeul, écossais vivant en France, en connaissait un rayon en spiritueux. Il fit don aux autochtones – appelés les Pampa, d’après la rivière toute proche – de son savoir, ce qui permis d’améliorer grandement la qualité du distillat et même de le faire vieillir dans des fûts de différentes essences de bois locaux (il y eu d’ailleurs quelques années plus tard, un conflit entre différents producteurs pour s’accorder sur quels arbres pouvaient être utilisés sans dénaturer le produit final et ainsi respecter le terroir et la “Ang indikasyon ng heograpiya”).
C’est bien cet événement, ce “don aux Pampa”, qui vit la naissance d’un rhum philippin de qualité dont vous devinerez sans peine le nom.

Voilà, voilà. C’est le genre de chose qui se passe lorsque l’on est confiné chez soi…

Sinon, fin décembre, je me suis une fois de plus livré à cet exercice périlleux de rendre visite à bon nombre de cavistes de rhum parisiens (oui la ligne 4 est mon amie !).

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Aaaaaaahhhhhh…rhum

J’avais comme premier point de chute A’Rhûm. C’est malheureusement, des cavistes spécialisés, le plus éloigné de chez moi et conséquemment je ne m’y rends que trop peu souvent. Il était donc temps de me faire une petite cure de Freddy (patron des lieux). Autre motivation : déguster un embouteillage exclusif à la boutique, un Grenada 2019. Ce que je ne savais pas, c’est que ce n’était pas le seul, puisque deux autres rhums sélectionnés par A’Rhûm étaient disponibles et en dégustation. Voici les notes succinctes que j’ai prises pour ces trois embouteillages de la boutique du 3ème arrondissement.

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A’Rhûm – Le trio du jour

Grenada XO – 52%
On lui trouvera une parenté avec la Barbade de par son profil sec et gourmand. Cependant l’addition de la poire et d’arômes empyreumatiques lui donne son originalité. Les 52% sont bien intégrés. Bien foutu. Je suis reparti avec une bouteille dont on m’avait fait commande 🙂
Cihuatan (El Salvador) – 55.9%
Il est un peu sucré mais l’équilibre se créé grâce aux 15 ans bien marqués par le fût avec boisé et tabac. L’alcool est là aussi correctement intégré et donne le peps qu’il faut.
Barbade – 58.5%
Un Mount Gilboa très expressif avec surtout un arôme dominant de sucre brûlé. Plutôt moins écœurant que d’autres rhums qui répondent au même doux nom. L’alcool est aussi plus marqué que sur les deux précédents.
Une belle dégustation, très variée, avec des rhums intéressants et bien sélectionnés par l’ami Freddy (surtout le Grenada et le Salvador en ce qui me concerne).
Bien évidemment, et comme d’habitude, cette dégustation a duré en longueur et a été ponctuée de sujets de conversation divers et variés ; toujours aussi agréable de passer du temps chez A’Rhûm, le caviste qui m’aura vraiment fait découvrir le rhum !

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LMDW & Fine Spirits

Seconde étape de mon parcours très rhum, La Maison du Whisky & Fine Spirits à Odéon. Dernier week-end avant noël, la boutique était littéralement prise d’assaut (malgré les grèves), avec beaucoup de vendeurs pour s’occuper de tout ce beau monde.
J’avais une envie de me frotter à la distillerie de whisky (eh oui !) Kavalan après avoir dégusté une bouteille au Whiksy Live qui m’avait beaucoup plu, mais il y avait vraiment trop de clients et ce n’était clairement pas le moment d’accaparer un vendeur. Je me suis donc contenté d’un coucou à Benoist et de quelques bouteilles de tonic (pour aller avec mon gin “La Poussette”).
J’y suis retourné depuis mais ils n’avaient pas de Kavalan ouvert, je n’ai donc rien eu à regretter. Je devrais sans doute attendre la rentrée prochaine pour aller sur le stand de ce whisky taïwanais lors du Whisky Live 2020.

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Excellence Rhum

Non loin de là se situe un autre caviste, celui-ci (presque) exclusivement dédié au rhum : Excellence Rhum. Outre le plaisir de m’y rendre, je “devais” y aller afin de récupérer une bouteille que j’avais achetée lors du Bordeaux Rhum Festival quelques semaines plus tôt et que j’avais préféré ne pas me faire livrer afin de bénéficier d’un prix encore plus attractif. Il s’agit du Saint James 2003 embouteillé pour la Confrérie du Rhum.

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Excellence Rhum – On Ti Dousè

Coup de bol, une dégustation était organisée ce samedi (comme bien souvent) ; les rhums arrangés et punchs On Ti Dousè étaient présentés par leur créateur. J’ai pu, entre autres, tremper les lèvres dans un RA Maracudja très très maracudja – ça peut paraitre normal et idiot de le souligner mais ce ne sont pas tous les rhums arrangés qui parviennent à garder et transmettre les saveurs et l’intensité du fruit. Un peu moins emballé par le Piment-Cannelle en revanche, mais je ne suis pas loin de détester la cannelle, ce qui n’aide pas. Cependant la sympathie et le côté jovial du maître de cérémonie aidaient à faire passer tout ça sans aucun problème 🙂

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N’y mettez pas un pied !

Pas le temps de m’attarder que je me mets en route vers la quatrième et ultime étape de ce Rhumaton : Christian de Montaguère. Et c’est en passant dans une rue me menant vers le Sénat, que je tombe sur une boutique affichant fièrement “Déstockage sur vins de Bourgogne”. Ah ! Voilà qui n’est pas tombé dans l’œil d’un aveugle. Je pénètre dans un intérieur charmant, assez chargé, tenu par deux femmes d’un certain âge. Elles m’ont très vite fait comprendre que je n’étais pas le bienvenu en m’expliquant, que oui il y avait réduction, mais qu’il fallait au moins prendre six bouteilles d’une référence pour en profiter. Le tout sans un sourire.
Merci, au revoir. Non, en fait, juste au revoir.

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Christian de Montaguère

On reprend notre chemin vers la boutique de l’art de vivre aux Caraïbes pour un passage éclair tant j’avais déjà passé de temps à écumer les autres cavistes rhums de la capitale. Un rapide coucou, une recharge en sucre de canne pour les ti-punchs (et aussi les yaourts, la pâtisserie et j’en passe ^^) et il était déjà temps de prendre congé. Christian de Montaguère étant la boutique spécialisée en alcool de canne la plus proche de chez moi, je savais que j’aurai l’occasion prochaine d’y retourner, pas de regrets 🙂

Un dernier passage chez un boucher charcutier dans la même rue pour acheter du pâté en croute spécial fêtes (quatre oiseaux différents dedans, je ne sais plus exactement lesquels, sans doute du flamant, du moineau, de l’autruche et du hibou… et des ris de veau), sans doute le meilleur que j’ai pu goûter durant ma courte vie ! La pâte était à tomber. Merci Tranber de me donner ce genre de fringales ! 😀

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Et voilà, mon butin de la journée !

Il était grand temps de rentrer chez moi, chargé d’un produit de chaque caviste, pour conclure cet ultime (jusqu’à présent) Rhumaton !

 

Et quelques autres Rhumatons :
Le Rhumaton
Le Rhumaton, le retour – partie 1
Le Rhumaton, le retour – partie 2
Le Rhumaton, la vengeance

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