Les dégustations : Noël, Nouvel An et Neisson, trois “N” pour des rhums d’exception – partie 1

Les fêtes de fin d’année, prétexte récurrent pour s’en mettre plein la panse, certes, mais plein de qualité s’il vous plait ! Vous allez vous rassasier de foie gras (fait maison), d’huitres (bien grasses), de saumon (mariné), de volaille (accompagnée de marrons) et j’en passe.
Ce qui est vrai pour le solide l’est aussi pour le liquide. Des bons vins pour accompagner tous vos bons petits (ou pas si petits) plats, sans doute du champagne avec votre bûche. En tout cas, ça devrait être mon cas 😉
Mais vous vous en doutez, il y aura aussi du rhum. Mais pour marquer le coup en cette fin d’année et pour célébrer la nouvelle, je me suis dit que j’allais amener ça au niveau supérieur avec une dégustation spéciale. Dégustation étalée sur plusieurs semaines, de produits d’une unique distillerie qui se distingue par la qualité de ses rhums et l’intransigeance des hommes et des femmes qui la font vivre. Histoire d’être encore plus dans le thème, je me suis cantonné à certains millésimes et très vieux rhums de la maison.
Je vous emmène donc avec moi en Martinique, du côté du Carbet, chez Neisson.

Avant de nous jeter dans le vif du sujet, je vais vous parler un petit peu de ma “relation” avec Neisson. Tout a commencé bien doucement entre nous, avec un extra vieux qui ne m’a jamais vraiment conquis et que j’ai même eu du mal à finir. J’ai ensuite découvert certains des blancs de la gamme, avec le fameux 52.5%, à mes débuts de l’exploration des blancs pur jus de canne. Je dois avouer ne pas avoir été totalement séduit alors que d’autres agricoles non vieillis venaient lui faire de l’ombre. C’est à la dégustation de l’Esprit de Neisson que j’ai senti qu’il pourrait peut-être se passer quelque chose entre nous. Il nous a cependant fallu encore du temps avant de mieux se connaitre mais surtout d’être définitivement conquis. En effet, l’élevé sous bois et une des versions du millésime 2005 n’ont pas aidé – ces deux facettes de Neisson n’ont pas grand-chose à voir l’un avec l’autre, si ce n’est que je ne suis pas reparti de chez mon caviste avec ces bouteilles sous le bras. Notre relation était alors encore loin d’être une idylle, avec certes quelques bons moments mais une impression générale pas folichonne, ce genre de situation où l’on en vient à se demander “ne serait-il pas mieux pour nous deux de nous arrêter là et de suivre des chemins différents ?”. Mais non, nous avons persévéré ! Et que de belles choses depuis, un millésime 2004 à Paris, un 15 ans en Belgique, un millésime 2005 à Milan… Bref, comme souvent les voyages sont un formidable outil pour révéler une relation balbutiante. Depuis, j’ai appris à mieux cerner la personnalité de la distillerie martiniquaise. Elle fait l’effort de ne pas laisser notre liaison se banaliser en se renouvellant constamment. Sa nouvelle gamme n’a fait qu’intensifier mes sentiments et voilà qu’elle s’encanaille vers le bio – ce qui n’est pas pour me déplaire. On ne se fréquente pas quotidiennement, et peut-être cela aide-t-il aussi à ne pas tomber dans la monotonie et à rendre chacune de nos rencontres magiques.
Attention, tout n’est pas parfait, et c’est tant mieux ; les premiers blancs bio et leurs arômes de légume bouillis ne sont pas à mon goût. Mais d’un autre côté, rarement une distillerie m’a conduit si haut dans les sphères du plaisir.
Et après tout ça alors ? Eh bien, je crois que je suis amoureux.

Bon aller, cette introduction est bien trop longue, il est temps de boire un coup ! Et pourquoi ne pas commencer par ma claque du salon de Spa 2016 ? Oui ça va démarrer fort, mais en même temps, comme vous allez le voir, il y a du lourd à suivre !

Neisson 15 ans – batch 1

Neisson 15 ans

Neisson 15 ans – batch 1 – 44.7% (dégusté la première fois à Spa en 2016)

Au nez, il se dévoile rapidement sous des airs frais et plaisants. Le boisé est fin et gourmand, et les fruits riches, avec l’orange, l’abricot et les fruits à coque (amande et noix), ainsi qu’une pointe de pruneau. Des notes de vanille et de caramel – qui serait en train de roussir – apportent encore plus de gourmandise ainsi qu’une touche grillée. Le tout est très bien assimilé/unifié/osmosé pour un bel et riche équilibre. Avec du repos se dégage une fort sympathique impression de pâte à gâteau accompagnée d’une pointe végétale, sans doute la canne. Après un repos additionnel, le profil pâtissier se simplifie et devient beurré alors qu’une touche miellée apparait.
En bouche, nous avons droit là aussi à un profil très séducteur, composé d’un boisé frais, de l’orange aux accents acides et sucrés mais aussi de fruits secs, de fruits à coque et d’épices douces, et peut-être d’un poivre timide. Oui il y a de quoi faire ! Equilibrée, cette bouche, bien que devenant plus boisée au fil de secondes, est dans lignée du nez.
La finale, comme souvent sur les Neisson se fait plus boisée, se donnant même des accents torréfiés ; l’ensemble restant sur le côté plaisir. Le boisé reste sur cette gourmandise pendant un long moment.
Putain c’est bon ! Cette nouvelle dégustation n’a fait que confirmer ma haute opinion de ce rhum 🙂

Neisson 18 ans – batch 1

Neisson 18 mod 2

Neisson 18 ans – batch 1 – 43.6% (crédit photo : Référence Rhum & DR)

Maintenant, voyons voir ce qu’il se passe avec 3 ans de plus.
Au nez, plus chaud, plus concentré mais aussi plus timide, comme s’il restait au fond du verre. On retrouve un lien entre le 15 et le 18, sans doute sur le boisé. Après une vingtaine de minutes dans le verre, il se livre plus. Il perd un peu de fraicheur, et le boisé, qui prend alors plus de place, se fait plus sombre. Avec encore plus de repos (on approche de l’heure), les fruits sont confits et prennent de l’ampleur, au détriment du bois ; très sympa.
En bouche, il offre une belle texture et une très légère sucrosité. Le boisé est bien présent, légèrement tannique et allié aux épices et au caramel brun (je ne sais pas si ce terme existe mais j’avais envie de l’utiliser). Il n’est malgré tout pas dépourvu d’une certaine fraicheur qui équilibre l’ensemble. Une pointe torréfiée – qui vient accroitre le côté sombre et chaleureux – se fait aussi sentir.
La finale est torréfiée à tendance empyreumatique grillée. Après un moment, alors que le boisé demeure, une impression de chocolat en poudre apparait. Le rhum est alors un peu tannique mais loin d’être désagréable.

Au nez, les deux sont proches, mais en bouche et sur la finale le 18 ans est plus sombre et moins fin, c’est pour cela que j’ai une préférence pour son cadet qui semble plus délicat et plus équilibré. Mais vous l’avez compris, les deux sont excellents, avec de parfaits exemples de ce que peut être Le Boisé Neisson, une merveille !

Je ne vais pas tout de suite vous parler du rhum qui a été vieilli trois ans supplémentaires, je le garde pour plus tard 😉
En revanche, pour finir ce premier article sur des rhums d’exception de chez Neisson, je vous propose un des derniers sortis, pour l’anniversaire Velier, ici le 2007.

Neisson 2007 (70 ans Velier)

Neisson 2007

Neisson 2007 – 70 ans Velier – 58.1% (dégusté la première fois à Milan lors du Velier Live 2017)

Au nez, il n’est pas très expressif, et il faut lui donner du temps. Beaucoup moins vif que le 2005 Velier (dont nous parlerons par la suite), plus sombre aussi, toasté, torréfié, boisé grillé, avec en prime de la réglisse et de fruits à coque, qui ne nous sortent pas vraiment de cette impression assez noire et empyreumatique. Il ne démarre que plus tard, lorsqu’il gagne en vivacité après un long moment passé dans le verre, entre autres du fait de l’apparition du zest d’orange.

En bouche, il est légèrement sucré, et l’alcool est bien présent (bien plus qu’au nez). Nous sommes toujours sur un profil chaleureux même si l’alcool le rend plus vif. On retrouve donc notre profil torréfié, boisé, grillé, orangé et réglissé.

La finale est assez longue et dominée par le bois chaud et la réglisse et à nouveau cette orange qui est nécessaire pour donne à ce rhum un relatif équilibre.

Pas très équilibré (surtout juste versé dans le verre) et un peu en retrait face au 2005 Velier et au 1995 que j’avais dégustés en parallèle. Il gagne à s’ouvrir pendant 30 voire 45 minutes, au moins. J’ai rarement vu un rhum qui bénéficiait autant d’un long repos. Il passe de « médiocre » à excellent, avec la réglisse et l’orange qui prennent plus de place et balancent de mieux en mieux les autres arômes !

Voilà, on a démarré doucement, mais au ne devrait pas tarder à passer la seconde 😉
Une préférence pour le 15 ans sur cette série-ci, suivi par le 18 ans et enfin le 2007 Velier, relativement jeune par rapport aux deux autres.

 

La suite avec le plat principal : partie 2

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