Mon Rhum Fest 2018 – partie 3

Certes nous en avons fini avec les rhums blancs, dont une grosse majeure partie de pur jus de canne, mais ce n’était qu’une (un peu longue) entrée en matière. Et en parlant de rhums de vesou, je vais maintenant vous parler des élevés sous bois, des VO, des VSOP, des XO, des millésimes et autres finitions que j’ai pu découvrir lors de ce Rhum Fest 2018. Assez naturellement, une bonne majorité de rhums de Martinique et de Guadeloupe.
Débutons par ces derniers et par cette maison que j’aime tant pour ses blancs : Longueteau. Je n’ai jamais été très fan des vieux de la marque ; un côté Reimonenq que je trouve personnellement écoeurant. Oui je sais, des personnes très bien sont de grands amateurs de Reimonenq mais ce n’est pas mon cas.
Bref, j’étais impatient de découvrir la nouvelle gamme Longueteau, pour – avec un peu de chance – découvrir un autre profil.

Cette collection, nommée Harmonie, se compose d’un élevé sous bois et de deux rhums vieux, dont l’âge n’est volontairement pas indiqué, ni sur les bouteilles, ni dans les communications de la distillerie. La raison étant de vouloir placer le consommateur dans une position où il se concentre sur le goût et le plaisir, sans avoir d’apriori ou d’idées préconçues liés à la durée de vieillissement de ces rhums. C’est un parti pris intéressant mais je suis un peu partagé. J’aime savoir ce que je bois (et potentiellement ce que j’achète) et suis partisan d’une transparence accrue de manière générale dans le monde du rhum. Malgré cela, je ne trouve pas cette initiative de Longueteau complètement négative, car il y a là-dedans un côté “dégustation à l’aveugle” qui me plait.
Voyons voir donc ce que cela donne gustativement.

Longueteau Harmonie

Longueteau Harmonie : Prélude, Symphonie et Concerto – et un François Longueteau en chef d’orchestre

J’ai suivi l’ordre de dégustation préconisé par Jessica, la talentueuse auteure du blog Rumantics, qui signe également des billets fort bien écrits pour le site La Compagnie du Rhum.
Nous avons donc – si mes souvenirs sont bons – commencé la dégustation par le Symphonie, qui est vieilli en fût de cognac avant de passer deux mois en fût neuf de chêne français et embouteillé à 49.2%.
Au nez, on se rend rapidement compte que l’on est face à un rhum très fin, au boisé discret, où se sont les épices et la vanille (relativement timide) qui dominent.
En bouche, l’alcool est bien dosé et l’attaque est un peu tannique. Le boisé est cependant mesuré, et est confirmé le ressenti d’avoir un rhum tout en finesse et un peu léger.
La finale est moyennement longue et aucun élément ne l’emporte.
Un rhum fin (oui vous l’aurez compris), qui manque un peu de caractère et de gourmandise à mon goût.

Je me suis ensuite laissé guider vers le Concerto, lui aussi vieilli en fût de Gognac, puis passé un mois et demi en fût de chêne neuf.
On se rend, dès le nez mis dans le verre, que son profil est plus chaud, avec des notes de vanille mais aussi d’orange (plus de jus frais que de zest). Le boisé n’est pas trop présent.
En bouche, le fût se fait un peu plus sentir, et on confirme la relative chaleur de ce rhum, avec entre autres une arrivée remarquée des épices. L’alcool est maîtrisé, les 47.2% sont agréables.
La finale, longue, est plus marquée par un boisé épicé, et des notes de caramel cuit et de torréfaction font leur apparition. On reste malgré tout là aussi sur un rhum fin et équilibré et pas si facile que ça à cerner.
Je l’ai préféré au Symphonie.

Nous avons terminé par le plus jeune de la gamme mais aussi le plus puissant, du haut de ses 50.3%, un paille, appelé Prélude. J’ai eu la chance d’y gouter à Spa l’année dernière mais dans une version non définitive.
Au nez, j’ai retrouvé une présence boisée, plutôt gourmande et qui ne fait pas “planche”. Il se caractérise également par de légères épices, de l’amande et des agrumes.
C’est en bouche que le jus de canne se fait remarquer et ce de manière assez surprenante. Il est allié au fût, mais qui se fait bien plus timide ici.
Sur la finale, qui est assez longue, le boisé revient, associé à des touches de vanille et au côté végétal de la canne.
Au final ce rhum paille est peut-être bien mon préféré des trois, avec son profil plus singulier, qui correspond plus à mes goûts 🙂

Bologne line up

Gamme Bologne (sur la table) – Merci Jean-Louis pour la photo

On reste sur Basse-Terre, mais on change de distillerie pour faire un arrêt chez Bologne. Cinq nouveautés en rhums vieux pour le maillot jaune. Un ESB que je n’ai pas dégusté, un nouveau VO nommé Dark Sail, qui est plus que décent avec quelques accents originaux de raisin et un côté empyreumatique.
Voilà pour les deux qui étaient en vue de tous sur le comptoir, mais trois autres attendaient les amateurs avertis sous ce même comptoir. Deux bruts de fûts et un hors d’âge, tous trois de 2009 si je ne dis pas de bêtise.

Bologne confidentiels

Gamme Bologne (sous la table) – Merci Jean-Claude pour la photo

Le premier titre à 46.5% et malgré des qualités indéniables (vivacité, fraicheur, alcool bien intégré…) je n’ai pas été emballé.
Le hors d’âge (à 49.9%) ensuite. Une dominante d’orange et de bois, de caramel cuit, d’épices et de menthol, pour un résultat un peu supérieur au précédent.
Le troisième, qui a été sélectionné par Christian de Montaguère pour sa boutique est donc un brut de fût, qui est lui à 49.5%.
Au nez, il développe des arômes de zest d’orange, de bois et d’épices et l’alcool, bien que vif, n’est pas trop fort.
La bouche est du même acabit, avec une jolie attaque, vive et équilibrée et non sans offrir une certaine sucrosité.
La finale est longue, sur un boisé cognac et le caramel cuit.
C’est pour moi, le meilleur des trois ! Bien sélectionné Christian 😉

Karukera 2008

Karukera 2008 L’Expression

Avant de prendre le bateau pour aller en Martinique, un dernier arrêt du côté de chez Karukera, qui proposait une nouvelle version (à 47.5%) de l’Expression, excellent 2008 qui était sorti pour les 60 ans de la Maison du Whisky.
Au nez, il est fin et possède un boisé complexe. Heureusement il devient plus gourmand et plus chaud avec du repos. On y trouve des arômes de fruits à coque, d’épices ainsi que des notes légèrement torréfiées.
En bouche, il est vraiment sympa et possède une réelle identité. Il se fait “plus simple” qu’au nez, ou plutôt, les arômes si bien fondus les uns aux autres qu’il est difficile de le décortiquer.
La finale est longue sur une impression boisée et caramélisée.
C’e rhum est vraiment bien, mais je lui préfère la première version.

Allez, prenons notre bateau et allons accoster chez Trois Rivières pour une courte escale avec leur nouveau triple millésime. La canne, un bois gourmand, de l’orange, des épices et une fraicheur végétale pour un rhum qui ne m’aura pas vraiment convaincu :/

JM 2005

Rhum JM 2005 10 ans

Attaquons-nous à un autre monument martiniquais (il faut dire qu’il y en a beaucoup), avec JM.
Cette année, ils présentaient quatre nouveautés au Rhum Fest, avec leur 10 ans millésimé 2005 (il me semble que le 2006 est déjà sorti sur l’île) et les trois nouvelles versions de leurs finitions armagnac, calvados et cognac.
Petite erreur de ma part d’avoir commencé par le 2005, qui a peut-être un peu éclipsé les finitions.
Un nez très boisé et très gourmand. Des arômes de fruits à coque (surtout amande), une fraicheur, un fruité (dont de la noix de coco), de la vanille, voilà ce qui constitue l’épine dorsale de ce rhum, très facile à boire (dans le bon sens du terme) !
La bouche est un peu plus élégante (non pas que le nez fut grossier) et toujours très gourmande. La finale, qui est longue, est sur la même lignée.
Un très bon 10 ans de chez JM !

JM finitions

Rhum JM finitions armagnac, calvados et cognac

Les finishs maintenant ; j’étais une des rares personnes à avoir trouvé mon compte sur la première série de finitions chez JM. J’avais apprécié leurs différences marquées. Ont-ils décidé cette année de garder un fort impact des finitions ou de “respecter” le produit de base ? Voyons voir.
Commençons par l’armagnac (41.5%). Il s’agit de mon favori des premières finitions JM. Au nez, l’influence de ce finish n’est pas facilement détectable (comme sur la première version). Bien qu’il soit très bien fait, il est moins expressif que le 10 ans dégusté juste avant. Et si on continue sur cette comparaison, la bouche est plus simple et moins grasse. Et la finale est marqué par un bois frais/blanc, très sympa.
Le calvados maintenant (41.4%). C’est sans nul doute la finition, il y a deux ans, qui avait fait le plus parler, avec une influence très marquée de la pomme. Je dois avouer que d’une certaine manière, il s’agissait d’un mix rhum/calvados. Mais cela ne m’avait personnellement pas déplu, même s’il était très atypique, ou plutôt précisément parce qu’il était très atypique !
Eh bien cette année, le fût utilisé pour les derniers mois de vieillissement a beaucoup moins marqué ce rhum. Il reste gourmand et on détecte la fraicheur du fruit mais la pomme se fait extrêmement discrète. En bouche, cela ne change pas vraiment, avec du bois et du tabac principalement mais toujours pas de calvados. Sur la finale, le boisé devient plus sec et légèrement tannique.
Il plaira sans doute à tous ceux qui avaient trouvé ce finish trop marqué, moi, je suis un peu déçu.
Et pour finir, le cognac (41.2%). Au nez, on remarque tout de suite un boisé très différent. C’est le plus singulier des trois, avec une plus grande profondeur. La bouche est plus boisée et offre un peu plus de mâche que les deux autres. Cela se confirme sur la finale et ce côté tannique prend un peu trop d’importance.
Pour conclure, je suis donc moins emballé par ce nouveau trio et j’achèterai plutôt le 10 ans millésime 2005 😛

Depaz 2000

Depaz 2000 brut de fût

La Martinique toujours avec une distillerie que j’aime beaucoup pour plusieurs de leurs rhums. L’ancienne version du XO, est le rhum qui m’a amené à l’agricole, leur rhum blanc classique est un de mes rhums préférés pour le ti’punch et leur millésime 2002 est d’une gourmandise assumée à un prix imbattable ! Vous l’aurez compris (ou pas), je parle de Depaz.
Cette année, une nouveauté attendue avec un brut de fût 2000.
Au nez, il se présente dans un premier temps comme un parangon de rhum agricole, avec ses épices, son bois et son orange. Il se distingue par une grande gourmandise (et vous me connaissez, j’aime ça !), avec un fruité très agréable (dont des fruits à coque), une belle fraicheur (zest d’orange et menthol). Vraiment bien foutu.
En bouche, les 58.5% passent parfaitement et l’équilibre s’opère entre bois et fruits (pomme, fruits de la passion ?).
La finale est longue, boisée (légèrement tannique) et torréfiée.
Une bien belle expérience que la dégustation de ce Depaz 2000. Vu l’engouement que l’on peut ressentir sur les réseaux sociaux, il semblerait que je ne sois pas le seul de cet avis (hein Damien :D).

Favorite 1999 et 2009

La Favorite millésime 2009 et Privilège 1999

Dernière étape martiniquaise dans la distillerie familiale de La Favorite. Je vous ai déjà parlé de leur Bel’air 2017 mais, il y avait également quelques vieux à se mettre sous la dent.
Le 2009 est un 8 ans vieilli en fût de cognac, titrant 48% (auquel je m’étais frotté lors du salon Dugas).
Le nez est efficace et assez complexe avec un boisé très présent, de l’orange confite, de l’amande (et un petit quelque chose de noix torréfiée dans la famille des fruits à coque) et du poivre. Il gagne au repos et se développe sur un profil chaud et un peu poudré.
L’attaque est super, prend bien la bouche, qui est dominée par le bois, les épices et l’orange, avec une sensation tannique et légèrement torréfiée.
Les notes boisées marquent le palais un bon moment, et sont rejointes par des arômes empyreumatiques et poivrés mais cette finale garde une certaine fraicheur grâce au zest d’orange et au menthol.
Pas mal que ce 2009, très boisé, un boisé cognac, vraiment très différent de fûts de bourbon.

Passons maintenant à un rhum d’un âge pour le moins respectable avec ce 1999 de 17 ans et 43%. Son nez est beaucoup plus fondu, moins boisé que le 2009 et les fruits confits se taillent la part du lion. La bouche confirme sa relative “douceur”, avec toujours ces fruits confits, de la vanille et moins de bois. Le poivre apparait et persiste sur la finale, qui devient plus sèche.
Sans surprise, ce sont deux rhums très différents, avec de mon côté, une préférence pour le plus jeune.

Old Manada Gold

Old Manada gold

Avant d’achever notre tour d’horizon des vieux pur jus de canne dans la Pacifique, faisons à nouveau un long détour par Marseille, pour vous parler d’une version vieillie quelques mois du Old Manada (dont je vous parlais il y a deux semaines ici-même), le Gold. Mais soyons précis, ces 8 mois de vieillissement ne constituent pas la seule différence d’avec le Old Manada blanc. En effet, comme Guillaume Ferroni le dit sans artifice, sont ajoutés à ce rhum 10 grammes de sucre par litre (contre 5g pour la version non vieillie).
Au nez, on retrouve le blanc, sur une canne végétale à tendance florale mais avec une légère vanille et de la rondeur. En bouche, cette fois-ci, le sucre se fait sentir mais sinon on reconnait tout à fait le pur jus de canne. Et sur la finale, le sucre reste un peu, tandis que le vieillissement apporte de discrètes épices.
On s’interroge souvent sur ce qui peut faire office de porte d’entrée vers les rhums agricoles ou de manière générale vers des rhums plus secs, peut-être tient-on quelque chose…

T Rhum élevé sous bois

T Rhum élevé sous bois finition Sauternes

On retourne donc en Polynésie Française, chez T Rhum ; leur blanc m’avait laissé une impression en demi-teinte, avec deux dégustations très différentes l’une de l’autre ; mais était aussi en dégustation au bar des nouveautés, un élevé sous bois.
Il a passé 20 mois en fût de bourbon puis 4 mois en fût de Sauternes, pourquoi pas…
Ce qui m’a immédiatement sauté au nez c’est le beurre ! J’avais l’impression d’avoir du beurre fondu dans le verre 😀 Viennent malgré tout d’autres arômes, avec un côté organique (qu’il garde du blanc), de légers arômes d’agrumes et quelque chose d’humide. Un ami à moi aura même dit champignon ; dans la mesure où je me fie à son nez en temps normal, je ne vais pas aller le contredire 😉
La bouche suit la même voie, avec le beurre et une impression de pâte à gâteau crue (et j’adore ça la pâte à gâteau crue moi !). Ajoutez-y de légères notes végétales et d’autres “tanniques” et vous avez une bouche très intéressante.
La finale est beurrée (étonnant non ?!) et garde cette sensation pâte à gâteau, pour mon plus grand plaisir.
Vous l’aurez compris, j’ai beaucoup aimé cet élevé sous bois ! Du jamais vu / goûté en ce qui me concerne. Je ne sais absolument pas s’il se trouve par nos contrées et encore moins quel serait son prix, mais il va falloir que je me renseigne !

C’est sur cette jolie découverte que s’achève cette exploration des rhums pur jus de canne de ce Rhum Fest 2018. Restera à nous pencher sur la mélasse et moult embouteilleurs indépendants !

 

Mon Rhum Fest 2018 – Première partie

Mon Rhum Fest 2018 – Deuxième partie

6 thoughts on “Mon Rhum Fest 2018 – partie 3

  1. Merci pour le récit de vos dégustations du Rhum Fest. N’ayant pas pu y participer j’apprécie de lire l’avis d’un connaisseur sur ces nouveautés. Avez-vous pu goûter le rhum blanc double distillation de la distillerie de Taha’a ? Il a été embouteillé sans réduction à son degré de sortie d’alambic (74°). Appréciant les bruts de colonne ou d’alambic j’avoue qu’il me tente malgré un prix conséquent (presque 100 euros (sur excellence rhum). Cordialement.

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      • Bonjour,
        c’est dommage mais il y avait déjà beaucoup à goûter et un 74 chevaux il ne faut pas le déguster à n’importe quel moment de la séance sous peine d’altérer le discernement gustatif pour les autres produits…
        J’ai craqué et commandé une bouteille directement sur le site de la distillerie :
        https://domaineparipari.com/
        Les prix sont en francs pacifique, cela fait 44 euros la bouteille (79 euros avec les frais de livraison en métropole).
        Si vos cavistes favoris ne vous le font pas goûter d’ici là je pourrais vous envoyer un sample.

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